Basket

Michael Jordan, « Sa Majesté »… pour longtemps

Celui qui privera Michael Jordan du titre de meilleur basketteur de tous les temps n’est pas encore né (désolé, LeBron…). Peut-être ne verra-t-il jamais le jour. Le numéro 23 des Bulls fut l’ambassadeur rêvé pour la NBA. Dieu du basket, icône publicitaire, « M.J. » a énormément fait, du milieu des années 80 à la fin des années 90, pour la popularité de sa discipline partout dans le monde. « Sa Majesté » avait tout : le charisme, le sens du spectacle, la maîtrise des airs, une technique parfaite. Véritable cannibale des parquets, Jordan a mis coaches, coéquipiers et adversaires au supplice. Comme premier joueur propriétaire d’une franchise, il relève un challenge encore plus difficile. Black is beautiful…

Le Hall of Famer et propriétaire des Charlotte Bobcats Michael Jeffrey Jordan a aujourd’hui 49 piges. Il y a neuf ans, il mettait un terme définitif à sa carrière, chez les Washington Wizards. Ecarté sans ménagement du front office, il allait rebondir à Charlotte comme actionnaire minoritaire avant de prendre le contrôle de la franchise. Jordan a été le boss toute sa vie et il entend le rester. Au soir de sa troisième et dernière retraite, en avril 2003 à Philadelphie, il résumait ainsi son extraordinaire carrière : « En sortant de North Carolina, tout est allé très vite. J’ai eu du mal à être généreux, à partager, à laisser Scottie (Pippen), Bill (Cartwright) et d’autres s’avancer et goûter eux aussi à la notoriété. » Plus loin, il ajoutait : « (Comme décideur), je devrai vivre avec cette nature de compétiteur. Mettre une bonne équipe sur le terrain, ce sera une autre forme de victoire pour moi. » Choisir les hommes avec lesquels il veut travailler comme autrefois, il pouvait choisir ses coéquipiers et ses coaches. Michael a laissé beaucoup de monde derrière la ligne, y compris sa femme Juanita qui a fini par s’éloigner d’un être qui ne lui a jamais vraiment appartenu.

« Capable de t’arracher le cœur et de le manger devant toi »
Celui qu’on va surnommer « His Airness » pour sa grâce et son excellence dans les airs vit très vite dans une autre galaxie. Dès 1987, année de son premier titre de meilleur scoreur de la Ligue (37.1 pts de moyenne, il y en aura neuf autres derrière). Malgré un sweep au 1er tour des playoffs face à Boston, « M.J. » impose son cannibalisme sur les parquets. Un régime de terreur naît outre-Atlantique. Même lors des entraînements entre Bulls, Jordan inspire la crainte. Orlando Woolridge fut son partenaire des débuts. Il résume joliment le personnage : « Sur le terrain, il est capable de t’arracher le cœur et de le manger devant toi. »
En 1984-85, il n’y a personne pour combattre dans la catégorie « Rookie of the year ». Il faut se souvenir que dès les matches exhibitions, coaches et scouts déclaraient que Houston (Hakeem Olajuwon) et Portland (Sam Bowie) allaient se mordre les doigts d’avoir zappé Michael avec les deux premiers choix de draft. De fait, la loi que Jordan va faire appliquer pendant la décennie 90 sera la plus implacable, la plus rigide, la plus terrible qui soit. Aucun partage, aucune échappatoire possible pour l’adversaire. Jordan va jus­qu’à le ridiculiser sur un winning shot, à l’image de celui – passé à la postérité – réussi face au Jazz Bryon Russell à Salt Lake City dans le Game 6 des Finales 1998. Il restait 18.9 secondes à jouer, Jordan s’en souvient comme si c’était hier. « A cet instant, le match m’appartient, plus rien ne compte pour moi. J’ai l’impression que tout se passe au ralenti, je suis le maître du parquet, je devine les intentions de la défense. Je vois Russell devenir ma proie. » Final parfait que ce winning shot à Utah. Ses deux dernières saisons sous le maillot des Wizards, après un second break, ressembleront plus à un farewell tour.

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Dieu du basket, icône publicitaire, astre médiatique, « M.J. » a régné comme nul autre sur une Ligue en ébullition à chacune de ses sorties. Son excellence a popularisé le basket US aux quatre coins de la planète, comme les duels Bird-Magic dans les années 80. Avant Michael, Chicago n’existait pas réellement. Ou alors dans la mémoire collective, associée à la prohibition et aux noms d’Al Capone et Eliot Ness. Les titres (six bannières de champion NBA), les awards (cinq titres de MVP de la saison régulière) sont tombés dans la « Windy City » parce que Jordan était un Bull. C’est aussi simple que ça. A l’occasion de la célébration des 20 ans du premier titre de la franchise de l’Illinois, Michael a adoubé Derrick Rose. Le meneur actuel des Bulls est le premier MVP chicagoan depuis « Sa Majesté ». Mais il s’est révélé encore trop tendre pour offrir au n°1 de la saison régulière un trophée sans doute annoncé prématurément par les glorieux anciens.

Victime d’une cabale initiée par Isiah Thomas
Si on devait dégager le profil du joueur parfait, le nom de Jordan serait immanquablement couché. Taille, poids, gestuelle, détente, fondamentaux, vitesse, adresse, intelligence : tout y est. Pourtant, Mike a connu le rejet. Au lycée Emsley A. Laney, à Wilmington (North Carolina), le coach ne l’avait pas inscrit dans la meilleure équipe des seniors sous prétexte qu’il lui manquait des centimètres. « M.J. » en prend 10 au cours de l’été 1979 et rafle neuf trophées lors d’un Five Star Camp estival avant de marquer 35 points dès le premier match de la saison. Résumé de ses années lycée : « Je me suis juré qu’être assis à regarder les autres jouer ne m’arriverait plus jamais. » Never. Sauf une fois, dans ce qu’on appellera « La guerre des étoiles ». Nous sommes en 1985 à Indianapolis et le rookie a été convié au festin des All-Stars. Il est même dans le cinq de départ. Victime d’une cabale initiée par Isiah Thomas, Jordan ne verra jamais le ballon. Cette humiliation, il s’en servira pour mieux dompter la Ligue entière.

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En 1986, il marque 63 points dans une rencontre de playoffs face à Boston. Lors de la saison 1986-87, il franchit à 28 reprises la barre des 40 points. Six fois, il en inscrit plus de 50. En 1988, c’est l’explosion avec son premier titre de meilleur joueur de la saison régulière et son seul et unique award de meilleur défenseur. Les nouveaux venus à Chicago ont pour noms Scottie Pippen et Horace Grant. Si Jordan ne gagne toujours pas le titre NBA, c’est parce que les Pistons de Detroit ont mis en place un système anti-« M.J. » (« Jordan rules ») sous la férule de Chuck Daly. Les « Bad boys » font main basse sur le trophée de l’Eastern Conference entre 1988 et 1990. Michael attend son heure. Sa revanche sera éclatante.
En 1991, les Bulls infligent un sweep aux Pistons en finale de Conférence. En Finales NBA, on assiste à une passation de pouvoirs entre Magic Johnson et Michael Jordan. Le showtime a vécu. Les lumières et la gloire sont pour le natif de Brooklyn qui se délecte d’un premier titre de MVP des Finales (il y en aura cinq autres) avec une moyenne de 31.2 points, 6.6 rebonds et 11.4 passes. Ni Portland (en 1992), ni Phoenix (en 1993) ne pourront contrarier l’irrésistible ascension d’un extraterrestre qui agrémente ses différentes séries de playoffs de moyennes hallucinantes (41 pts contre les Suns). Pas plus les médias que les fans n’ont accès à cette star planétaire qui s’adjuge, durant l’été 1992 à Barcelone, une deuxième médaille d’or olympique – la première datait de 1984 – avec la non moins légendaire « Dream Team ». En Espagne, Jordan n’a pas forcé son talent. Il a même laissé le scoring à Charles Barkley.

Une star planétaire et inaccessible
Mike a appris depuis longtemps qu’il ne doit pas seulement se battre contre ses adversaires mais aussi contre le star system. Une forme d’usure, surtout mentale, est à l’origine de son premier arrêt à l’aube de la saison 1993-94. Jordan a tout gagné. Il n’y a plus de défi à sa taille. Sa passion du jeu ne s’est pas éteinte mais elle vacille. « M.J. » n’a plus la flamme. Faute de motivation, il annonce son retrait des parquets le 6 octobre. La perte de son père James, assassiné en bordure d’autoroute le 23 juillet précédent, l’a terriblement affecté. « Sa Majesté » prend congé de la NBA pour deux ans. Après un essai dans le baseball, il est de retour, évidemment chez les Bulls mais nanti du n°45. Le coup médiatique parfait pour relancer une machine grippée avec le ténébreux Scottie Pippen aux commandes. Son apport ne suffira pas pour éviter une élimination contre Orlando au printemps 1995 (4-2 en demi-finales de Conférence).

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« M.J. » reprend son numéro fétiche, le 23. Dennis Rodman rejoint le gang des taureaux qui deviennent proprement injouables. Chicago signe la meilleure saison régulière de l’histoire en remportant 72 matches sur 82. En Finales, même le Seattle de l’irrésistible duo Gary Payton-Shawn Kemp ne peut lutter (4-2). L’opposition est méthodiquement pulvérisée. En 1997 et 98, Utah envoie au feu, à son tour, l’un des meilleurs binômes de l’histoire, John Stockton-Karl Malone. Sans résultat (4-2 les deux fois). Deuxième « threepeat » pour les Bulls de Jordan qui reste à titre personnel le meilleur scoreur NBA pendant trois ans, avec accessoirement deux trophées de meilleur joueur en 1996 et 1998. On reparle de lui dans la rubrique « Faits divers ». La Ligue enquête sur des sommes qui auraient été versées dans des casinos, notamment du côté d’Atlantic City. Mais rien n’arrête Jordan. Pas même une pizza avariée qui le rendit malade comme un chien à la veille d’un match crucial à Salt Lake City durant les Finales 1997. Ressuscité après ses 38 points dans ce Match 5, passé à la postérité sous le nom de « Flu game », il expliquera : « J’ai réalisé que j’ai mis ma vie en danger, tout ça pour un match de basket… »
Pour un match et pour 30 millions de dollars, son salaire chez les Bulls cette saison-là. Menue monnaie comparée au jackpot rapporté par ses sponsors (Nike, Gatorade, WorldCom, Bijan Fragrances, Wilson, Sara Lee Hanes, Wheaties…) qui lui laissent plus du double chaque année. David Falk, son agent, est un redoutable négociateur. Jamais hors-jeu, « His Airness » a toujours su s’entourer des meilleurs. Le business faisait partie intégrante de son job, évidemment. Jerry Krause, GM des Bulls, rencontra souvent des difficultés avec la star qui ne lâchait rien. Sur le terrain comme en dehors.
Aujourd’hui, son nom noircit le livre des records NBA. L’image du « jumpman » a fait le tour du monde. « M.J. » a, sinon vulgarisé, du moins popularisé le basket sur les cinq continents grâce à son histoire, son talent et son charisme hors du commun. Le personnage était rare, le joueur unique. C’est dur d’inscrire son nom après le sien au palmarès du trophée de MVP. Il est encore plus dur de marcher sur ses traces, comme le fait LeBron James. Et il est encore plus difficile de remporter un titre NBA comme proprio. Les Bobcats ont nettoyé leur roster. Après Gerald Wallace, c’est Stephen Jackson qui a pris la porte. L’avenir appartient à trois gamins, Kemba Walker, Michael Kidd-Gilchrist et Bismack Biyombo. Il faudra du temps, beaucoup de temps pour transformer ces Bobcats en simples outsiders. Mais Michael Jordan, premier joueur passé patron de franchise, en a. Quarante-neuf ans, après tout, c’est terriblement jeune pour un propriétaire.

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