Étranger

Manuel Neuer, c’est du béton

Depuis deux saisons, le géant allemand Manuel Neuer était considéré comme le meilleur gardien du monde. Mais ça, c’était avant. La Coupe du monde au Brésil est venue surligner la chose. Qui ne se discute plus. Et c’est parti pour durer. Gros plan sur un grand format.

C’est vrai que le bleu et le jaune des sièges atténuent considérablement l’émotion quand on arrive et que l’on s’apprête à voir pour de vrai ce que les images en noir et blanc des photos nous ont donné l’habitude d’imaginer. C’est vrai que la capacité s’est quasiment réduite de moitié (ils étaient près de 200 000 à se pisser dessus un soir de défaite en finale de Coupe du monde contre l’Uruguay, en 1950). N’empêche… Quand on pénètre dans l’enceinte mythique, la profondeur des virages et l’impression de gigantisme cueillent un peu le nouveau venu. Le Maracana s’est fait refaire le portrait mais c’est toujours le Maracana.
Lorsque les Bleus ont buté sur l’Allemagne en quarts de finale de la Coupe du monde 2014 (0-1), vu d’en haut, on s’est d’abord dit que les buts étaient trop petits. Comment Karim Benzema a-t-il pu ne pas marquer sur cette occasion ? Impossible ! Et puis, à la fin du match, Manuel Neuer est sorti de la douche. Et là, on a compris. Les buts sont bien à la dimension réglementaire, c’est juste lui qui est hors gabarit. Plus proche d’un intérieur au basket que d’un gardien de football. Le portier allemand (1,93 m) est sorti de la douche et on a tout de suite su pourquoi l’avant-centre des Bleus, excentré mais presque à bout portant, à l’angle de ses six mètres, avait buté sur lui.

L’intimidateur à la gueule d’ange
On a compris pourquoi les Allemands nous paraissaient si sereins, si tranquilles, sur chaque coup de pied arrêté des Français. On est toujours plus serein avec un golgoth comme ça derrière soi. Quand Manuel Neuer est dans ses buts, les cages de foot sont grandes comme des cages de hand. Ce n’est pas qu’il fasse peur, avec sa gueule d’ange blond qui pourrait toujours faire 20 ans (il en a déjà 28, bientôt 29), mais on peut bien parler d’un intimidateur. Aussi bien en hauteur qu’en largeur, le garçon est affûté compèt’. Même sans les gants, il a des mains à faire trembler les poignets, pour peu qu’il vous en tende une. Même sans les crampons, il est perché bien au-dessus des autres. Il est sorti de la douche et on n’a vu que lui.
À 28 ans donc, le meilleur gardien du monde a touché le ciel avec son équipe nationale, après avoir tout gagné avec le Bayern Munich. Il avait le pedigree, le voilà bardé d’un palmarès grand comme lui. Nommé meilleur gardien du monde en 2013 par l’IFFHS (la Fédération internationale de l’histoire et des statistiques du football), Neuer avait mis fin au règne sans partage d’Iker Casillas pendant cinq ans. Là, on se dit qu’il n’est pas près de rendre sa couronne.

Il dégage un sentiment de puissance
Élu, bien évidemment, meilleur gardien du tournoi brésilien, il s’est montré décisif jusqu’au bout de la finale, découpant notamment Gonzalo Higuain sur un contre dangereux des Argentins en fin de match. Une sortie à la limite de sa surface, comme si personne n’avait la permission d’y entrer sans son autorisation préalable. Cette action aurait pu coûter un penalty et lui valoir un carton, jaune ou même plus foncé, mais cette sortie illustrait aussi la puissance et le mental de Golgoth Ier.
Tout au long du tournoi, le natif de Gelsenkirchen n’a jamais hésité à évoluer loin de ses bases, allant couper les balles en profondeur à la manière d’un libéro. Depuis Fabien Barthez (qui avait découpé Ronaldo en finale de la Coupe du monde 1998), aucun gardien n’avait dégagé ce sentiment de puissance jusqu’aux 16,50 m. Si l’Allemagne s’est fait coudre une quatrième étoile sur son maillot, elle le doit aussi à son géant des cages. Champion du monde, Manuel, mais toujours une gueule d’ange et un sourire scotché sur le visage. Comme candide.

Une idole nommée Jens Lehmann
« C’est tout simplement incroyable ! C’est de la folie, commentait-il après le sacre sur l’Argentine (1-0). Nous sommes enfin champions du monde. C’est un rêve qui devient réalité. Après toutes ces années pendant lesquelles le rêve est resté inaccessible… Le moment était venu. Nous sommes de retour au sommet. » Et lui bien installé dessus. « Mais c’est le collectif, notre grande force. Nous méritions vraiment ce titre. Je suis évidemment satisfait de mes performances, je sais que j’ai réalisé un bon tournoi. Mais ce qui compte, c’est de gagner tous ensemble. Moi, je ne suis rien sans mes coéquipiers. » La trajectoire était linéaire, comme bloquée vers le ciel. Elle est désormais coincée dans les étoiles.
Munichois depuis 2011, Neuer a fait ses classes à Schalke. Il avait, comme tout gamin du coin qui enfilait des gants de foot à l’époque, Jens Lehmann comme idole. « Ah oui ! Les jours de match, j’arrivais bien avant l’heure du coup d’envoi pour voir tous ses trucs, comment il s’échauffait. Dans sa préparation, dans ses matches, c’était le gardien le plus moderne d’Allemagne. » Aujourd’hui, c’est lui le modèle. Et le modèle est toujours brut de décoffrage. « Vous savez ce que je retiens aussi de ma Coupe du monde ? Je suis tombé amoureux du Brésil ! Les gens y sont merveilleux et très ouverts. Les Brésiliens ont tous un cœur en or. Nous avons appris à apprécier le pays et ses habitants au cours de notre séjour. Ils adorent le foot, ils sont très enthousiastes et n’ont pas ménagé leurs efforts pour remporter la compétition. » Manuel fut leur bourreau en demi-finales avec la Mannschaft (7-1). Il aurait pu ajouter qu’ils ont fait des efforts encore plus grands contre lui mais il n’y a même pas pensé. C’était juste un sentiment sincère, livré spontanément. Il est comme ça, Neuer. Sans la moindre arrière-pensée.

En 2010, il avait pris date
Vice-champion avec Schalke 04 lors de sa première saison chez les pros (2006-07), il se vit désigné meilleur gardien de Bundesliga. Champion d’Europe Espoirs en 2009, il rejoint la Mannschaft dans un contexte un peu particulier. Robert Enke, le gardien titulaire, met fin à ses jours. René Adler, sa doublure, se blesse. Le voilà bombardé n°1 pour la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Une première phase finale comme une prise de rendez-vous. Seul Carles Puyol vient trouer ses filets, à quelques minutes de la fin de la demi-finale (Espagne 1-0 Allemagne). Manuel est irrésistible tout au long du tournoi. Il délivre notamment une passe décisive pour l’ouverture du score contre l’Angleterre en huitièmes de finale, signée Miroslav Klose (4-1). De quoi s’imposer aux yeux de tous, au pays, comme le digne héritier d’Oliver Kahn.
Quatre ans plus tard, c’est bardé de titres, tous acquis avec le Bayern Munich, qu’il a posé ses crampons et ses gains XXL au Brésil. Pour s’imposer définitivement. Tout en haut. Pour dépasser – et de loin – son modèle (Lehmann) et celui dont il était le légataire (Kahn). Manuel a dépassé tout le monde. Il a pris le brassard au sein du team champion du monde depuis la retraite internationale de Philipp Lahm. Hugo Lloris le porte lui aussi chez les Bleus. Pourtant, début juillet au Maracana, c’est celui qui ne l’avait pas encore qui prenait beaucoup plus de place que l’autre. Et ce n’était pas qu’une question de taille.

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