Équipe de France

Lukasz Fabianski ne voit plus double

Huitièmes de finale. Longtemps dans l’ombre, en club comme en sélection, le portier polonais a profité de l’Euro pour jaillir en pleine lumière, à 31 ans. Presque malgré lui.

La télévision privée Polsat Sport, détentrice des droits télé en Pologne pour l’Euro 2016, n’y a pas été par quatre chemins, via son site Internet, et lui a attribué la note maximum de 10 pour sa performance face aux Suisses. Jozef Mlynarczyk, l’ancien portier des belles années de l’équipe nationale, vainqueur de la Ligue des champions avec Porto en 1987 et actuel entraîneur des Espoirs polonais, s’est montré tout aussi enthousiaste : « Sur ce match, on peut trouver plusieurs héros mais le père du succès, c’est indiscutablement Fabianski. Il a su maintenir l’équipe à flot. »
Auteur de sept interventions décisives, le portier des Aigles a surtout effectué deux envolées magistrales qui resteront parmi les moments très forts du tournoi. D’abord sur ce coup franc de Ricardo Rodriguez frappé du gauche, pleine lucarne droite, qu’il a claqué au-dessus de son but dans un réflexe assez incroyable (« J’ai juste bougé d’un pas avant sa frappe mais j’ai attendu qu’il tire pour vraiment partir »). Puis, à l’instant crucial de la prolongation, quand il a détourné d’une main ferme une tête à bout portant d’Eren Derdiyok (« J’ai d’abord cru que je pourrais couper la passe puis j’ai compris que non, qu’il fallait que je reste sur ma position pour parer sa tentative »).
Lukasz Fabianski raconte ses exploits calmement. Il n’y a pas beaucoup plus d’émotions que ça. Pas le genre de la maison. La flambe, il évite, les réseaux sociaux, il y va sur la pointe des pieds. Sa journée type ? L’entraînement et la famille (il est papa depuis décembre). Un père peinard, quoi, pas forcément glamour, mais il s’en fiche royalement. Alors, évidemment, il n’en a pas rajouté au moment de commenter sa perf stratosphérique. « Je ne pense qu’au collectif et au fait qu’on a marqué l’histoire avec cette première participation à un quart de finale de l’Euro. C’est toute l’équipe qui a réalisé un grand match », estime-t-il.
Sa vie et sa trajectoire lui ont aussi appris à relativiser. Le rôle de la doublure modèle, il connaît sous toutes les coutures. A Arsenal, dans l’ombre de Jens Lehmann puis de son… compatriote Wojciek Szczesny, pendant sept ans, il en a soupé avec, en prime, quelques blessures au mauvais moment. D’accord, elles ne surviennent jamais au bon moment mais quand même. « S’il n’avait pas eu tous ces pépins, il aurait réalisé une autre carrière chez nous », assure Arsène Wenger. Donc, sept ans chez les Gunners pour un modeste pactole de 32 matches de championnat, 32 de Coupe et 14 de Ligue des champions. Mais on ne l’a jamais entendu moufter. Enfin, depuis deux ans qu’il a rejoint Swansea, l’horizon du grand Lukasz (1,91 m) s’est éclairé. A son crédit, deux saisons pleines au sein de la formation galloise.
Avec l’équipe nationale, le gaillard a connu le même parcours cahoteux. Numéro deux de… Il a trouvé sur sa route Artur Boruc puis l’inévitable et semble-t-il incontournable pour lui Wojciek Szczesny. Cette fois, les éléments ont tourné en faveur du maudit puisque Szczesny, titulaire pour le premier match face à l’Irlande du Nord, a dû déclarer forfait pour le suivant contre l’Allemagne, à la suite d’une blessure à la cuisse.
Et à 31 ans, Fabianski n’a pas manqué le coche et son rendez-vous avec la gloire, même si évidemment, le terme lui hérisse le poil. « Est-ce que je suis satisfait de moi ? Ce n’est pas possible, tout va si vite. Tu réalises une bonne performance mais le jour d’après, un nouveau défi t’attend. On n’a pas le temps de se poser et d’apprécier. Il faut tout de suite se remettre en cause. »
Celui qui aime regarder des combats de la saga « Rocky », avant de disputer un match, pour faire monter l’adrénaline et se motiver dit encore à propos de la concurrence en équipe de Pologne : « Cette situation n’est pas décevante, juste un peu frustrante. De mon côté, je travaille dur pour affronter n’importe quelle situation. Après, c’est au sélectionneur de décider. » Des propos qui collent au personnage.

Le chiffre : 5
Le gardien polonais a tenté cinq sorties contre la Suisse, soit plus que n’importe autre gardien lors de ces huitièmes de finale. Surtout, il s’agit de cinq sorties réussies. Du 100%.

L’insolite
Complètement fondu de basket, en général, et grand fan de LeBron James en particulier, Lukasz a la balle orange qui lui colle à la peau. Que croyez-vous qu’il a fait pour enterrer sa vie de garçon, juste avant d’épouser sa compagne Anna ? La tournée des boîtes ou des grands ducs avec ses potes ? Quelque chose de ce genre ? Pas du tout. Fabianski a loué une salle de sport et s’est offert une longue séance – cinq heures – de basket avec sa bande. La balle orange dans la peau, qu’on vous disait.

Populaires

Les marques de presse dédiées au sports collectifs : Planète Foot, Mondial basket, Univers du Rugby, Planète Cyclisme.

© 2017 Editions Le Nouveau Sportif / SESIMS

To Top