Équipe de France

L’Islande, l’île de Beauté de l’Euro

Huitièmes de finale, Angleterre-Islande 1-2. L’exploit nous vient du Nord mais pas du froid, tant les Islandais font souffler le chaud sur l’Euro. England, go out…

C’était, depuis la nuit des temps du foot, un bout de caillou perdu entre la Norvège et le Pôle Nord. Tout juste un souvenir de fou rire monumental, celui de Bixente Lizarazu et Zinédine Zidane, face à la caméra et prisonniers du protocole, entendant une drôle de « Marseillaise » a capella avant un Islande-France dont on n’aura retenu que ça (le fou rire). C’est, depuis ce 27 juin 2016, la plus grosse surprise de l’histoire de l’Euro.
Comme un volcan, une coulée de lave incandescente qui a tout emporté sur son passage. Enfin, surtout les Anglais, le capitaine, un vieux cousin de Wayne Rooney sans doute, comme les autres. Ce fut à la fois pathétique et grandiose. Le pays aux 330 000 habitants (comme la Corse), l’île aux volcans, qui en compte plus que de terrains de foot, qui balance l’Angleterre au fond du cratère… Roy Hodgson, le mieux rémunéré des vingt-quatre sélectionneurs du plateau (3,15 millions d’euros par an), a rendu son tablier, et même pas de sapeur. Les Anglais restent les Anglais, c’est-à-dire les rois de la lose des phases finales.
Forcément, vu de chez nous et vu que le vainqueur se dresse sur la route de l’équipe de France, en quarts de finale, on repense à Didier Deschamps. Sa réputation, qui tient en six lettres : baraka. Bon, depuis la mi-mai et la cascade de forfaits bleus, il faut dire qu’il en était loin, le « DD ».
Voilà donc l’Islande en quarts pour sa première participation à une phase finale internationale. Exploit sismique et orgasmes volcaniques. Qui se ramassent à la pelle. « On s’est créé des occasions de but, on mérite notre victoire, tranche Lars Lägerback, co-sélectionneur suédois de l’Islande qui aura transformé le foot sur le bout de caillou en sport luisant – et même reluisant. J’ai vraiment beaucoup de respect pour nos joueurs. Ils font peu d’erreurs, ils ont de plus en plus de maîtrise. Depuis le début de notre Euro, on tâche d’être un peu plus tranquilles quand on a le ballon. On fait des petits pas, on essaie d’être un peu plus réguliers. Nous avons été très bien organisés sur le plan défensif, concentrés à 100%, avec une bonne lecture du jeu. C’est une grande joie pour les joueurs et évidemment pour les supporters. Nous avons réussi notre meilleur match depuis le début de la compétition et très certainement le meilleur de l’histoire du football islandais. »
Dans le vestiaire des hommes de Reykjavik, les Vikings, barbus comme les sans poils, profitent, exultent, savourent leur bonheur, après avoir communié de longues minutes avec leurs supporters, les autres révélations du tournoi, un peu moins de 10% de la population totale de l’île. Longtemps. Heimir Hallgrimsson, co-sélectionneur aux côtés de Lägerback (il est seul aux commandes aujourd’hui), n’oubliera pas de sitôt sa soirée niçoise. « Je pense, oui, que ce fut notre meilleur match. Nous avons été très peu mis en difficulté défensivement et nous avons bien utilisé le ballon. On a su être dangereux. On a très bien et très vite réagi après le premier but. Je pense que notre égalisation a eu plus d’impact psychologique sur eux que leur ouverture du score n’en a eu sur nous. »
Ces Islandais ressemblent parfois plus à un équipage de Jack Sparrow qu’à des joueurs de foot mais ils n’ont pas les pieds carrés. Le Viking a peut-être le visage buriné mais il est taillé dans le rocher. Ragnar Sigurdsson, l’homme de l’égalisation, le premier. « Nous avions confiance en nous. Les Anglais pensaient avoir un match facile, ils ont très bien commencé mais ils ont été secoués par l’égalisation et ils ont un peu paniqué après notre second but. C’est difficile de marquer contre l’Islande, tout le monde le sait maintenant. » Même les Bleus, qui sont prévenus. « La France ? Je m’attends à rencontrer une très grosse équipe, un peu similaire à l’Angleterre peut-être. Mais les Français n’ont pas encore joué leur meilleur football. »
La secousse est grande et Kari Arnason a du mal à toucher le sol après un tel (s)abordage. « Je suis submergé de joie. Notre coach n’avait jamais perdu contre l’Angleterre ! C’est le plus grand résultat de l’histoire du foot islandais. On a choqué le monde. » Et l’Angleterre un peu aussi.
Deux jours après le Brexit. Gary Lineker et Alan Shearer, les premiers à dégainer, n’y vont pas par quatre chemins. « C’est la pire défaite de notre histoire, note l’ancien Spur de Tottenham. L’Angleterre a été battue par un pays où il y a plus de volcans que de joueurs professionnels. Bravo à l’Islande. Roy Hodgson est un homme décent et digne mais il restera à jamais dans les mémoires pour la défaite contre la petite Islande. » Quant à l’ancien buteur de Blackburn et Newcastle, il est carrément sans voix. « C’est choquant et pathétique. »
Encore une fois, les Anglais faisaient figure de favori. Encore une fois, ils avaient survolé leur campagne de qualification. Invaincus, qu’ils étaient. Comme d’habitude, ils rebroussent chemin dès que l’élimination directe pointe le bout de son nez. Mais là, quand même… Entre Wayne Rooney, pardon, son grand-père, milieu défensif, un Harry Kane aux abonnés absents, Jamie Vardy sur le banc et Jack Wilshere, l’éternel blessé, présent dans les 23 après une saison blanche et qui marchait sur des œufs, tout cela ne faisait pas très sérieux.
Voilà donc un France-Islande en quarts de finale. « Un match encore plus important nous attend, prévenait Lagerbäck. Contre le pays organisateur, à Paris. Il va falloir progresser. » Heimir Hallgrimsson, son jumeau, enfonce le clou sur le bastingage. « Le meilleur est à venir. Tout peut arriver maintenant. Je suis réaliste, la France peut nous battre mais je reste optimiste : après une telle victoire, on a encore plus confiance en nous. J’ai dit aux joueurs, avant le match, qu’il pouvait changer nos vies. C’est le cas. On en reparlera encore dans des dizaines d’années. Il n’y a aucun obstacle trop gros pour ces gars maintenant. » Les Bleus ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas prévenus.

L’insolite
Gudmundur Benediktsson, c’est culte ! Le commentateur islandais fou avait déjà marqué de sa patte insensée – enfin, surtout de son gosier – le match Hongrie-Islande. Pétage de plombs en règle sur le but victorieux d’Arnor Ingvi Traustason, qui envoyait les insulaires en huitièmes de finale. Gudmundur a remis ça, évidemment, quand Kolbeinn Sigthorsson a donné l’avantage aux siens face aux Anglais et aux moufles en peau de phoque de Joe Hart. Inarrêtable, en furie… Les hurlements du Gud’ sont devenus un passage obligé de l’Euro sur les réseaux sociaux et dans les bonnes feuilles. Mais entre ses deux coups d’éclat, Gudmundur s’est fait virer ! Explication : ancien joueur pro, celui qui travaille pour la télévision islandaise était aussi l’entraîneur adjoint du KR Reykjavik, son ancien club dans la capitale. A peine propulsé star dans les médias, il s’est fait remercier par son club en raison des mauvais résultats du KRR, neuvième (sur 12) du championnat et qui restait sur cinq défaites en six matches. On n’a pas toujours la voix qui porte…

Le chiffre : 34
Le nombre de duels aériens gagnés par Kolbeinn Sigthorsson depuis le début de l’Euro. L’avant-centre du FC Nantes (3 buts en 26 matches de L1…) n’est pas tout à fait le même avec le paletot de son île sur les épaules. Personne, au terme des huitièmes de finale, n’avait remporté autant de duels de la tête que lui.

Populaires

Presse magazines

Société d’Édition de Sites Internet Musicaux et Sportifs

Vélo Tout Terrain Planète Cyclisme City Ride Ride it

© 2017-2018 Editions Blue Print / SESIMS

To Top