Équipe de France

L’Euro au cœur des Bleus

Du Stade de France à l’incandescent Vélodrome, de la ferveur populaire à l’intimité feutrée de Clairefontaine. Le gros stress des débuts, la peur verte à Lyon en huitièmes, Antoine Griezmann taille patron… Retour sur un Euro pas comme les autres. Tout bleu.

Grizou, ça change tout !

Retour sur l’Euro d’Antoine Griezmann, qui aura définitivement modifié son impact dans l’équipe
et sa place dans le foot français.

L’arrivée au stage : Sur la pointe des pieds
Il est arrivé le dernier mais il avait un bon mot d’excuse. Finaliste de la Ligue des champions, avec l’Atlético Madrid, qu’il a porté tout au long du printemps et de ce sprint échevelé jusqu’à cette finale perdue à Milan, face au voisin du Real Madrid. Buteur en quarts, buteur en demies, Antoine a pris ses habits de star du côté de Vicente Calderon en même temps que le costume du bourreau : c’est lui qui a exécuté Manuel Neuer et le Bayern Munich à l’Allianz Arena (la presse allemande en parlait encore avant la demi-finale face aux Bleus, ciblant précisément Antoine comme le danger numéro un). C’est lui, aussi, qui a maté la défense du Barça. Il a débarqué le 31 mai en Autriche, rejoignant les Bleus à Neustift im Stubaital, le dernier et fatigué. Cuit par sa saison, les pattes coupées. Rincé par la défaite en finale, la tête à l’envers. Pas la grande forme à l’heure d’un grand départ. Ce que ne niait pas Didier Deschamps en milieu de compétition. « Il a connu un début d’Euro difficile parce qu’il avait accumulé de la fatigue nerveuse et physique. Mais on le savait. On a géré. » Il ne fallait pas être devin, c’est vrai : au lendemain de la finale de la Ligue des champions, les statistiques de l’UEFA étaient formelles. Avec 142 kilomètres au compteur, Antoine était le deuxième joueur à avoir le plus couru cette saison en C1. Ça ne s’invente pas.

Sa montée en puissance : Tout un programme
Dix jours, c’est le délai très court qui a séparé l’arrivée d’Antoine au milieu des Bleus de l’ouverture de l’Euro contre la Roumanie. Trop court pour se refaire une santé et, surtout, pour retrouver de la fraîcheur physique et mentale. Titulaire au Stade de France le 10 juin contre la Roumanie, il est sorti à la 66e minute (remplacé par Kingsley Coman) en confirmant la tendance. Griezmann est apparu à court de forme, volontaire mais sans jus. L’hypertension de la grande aventure ? Le stress du premier match ? Surtout un manque de tonicité lié à l’absence de coupure. Avec lui, il fallait patienter. Le protocole n’en était encore qu’à ses débuts. Car le staff des Bleus et Didier Deschamps avaient clairement identifié la date de son retour aux affaires. C’est aussi pour cela que « DD » l’a laissé sur le banc contre l’Albanie, lors du Match 2 à Marseille. Antoine serait vraiment de retour pour les huitièmes de finale. Gestion, prospection. Surtout avec une semaine complète de coupure, à chaque fois, entre la Suisse, l’Irlande et l’Islande. A Clairefontaine, c’était remise en forme et récup’ autant que mise en place tactique. Il a apprécié.
« Non, ce n’était pas trop long, se souvient Antoine. Ces semaines pleines nous ont permis de faire des petits massages, des soins. D’autres se sont tués à la muscu mais c’est parce qu’ils en avaient besoin ! Plus sérieusement, ça nous a permis de bien nous reposer aussi. C’est vrai que lorsque je suis arrivé en Autriche, je me sentais un peu fatigué. Après, nos débuts de match poussifs lors de la première moitié de l’Euro, je ne sais pas… Nos premières mi-temps n’ont pas été bonnes. Ensuite, par rapport au huitième (contre l’Irlande à Lyon), on savait qu’on ne pouvait pas faire pire, donc, on était tranquilles ! Il fallait garder l’image de la deuxième mi-temps. Là, on a vu une équipe de France qui voulait aller au bout des choses, qui faisait les efforts tactiquement, offensivement comme défensivement. Tout le monde était au diapason. »

Son entente avec Olivier Giroud : Le numéro complémentaire
Plaqué dans le couloir droit, où il peut repiquer vers le centre et s’ouvrir le chemin du but avec son pied gauche, exilé à gauche où il a plus de mal à créer des différences, Griezmann est souvent attiré par l’axe. Au fil de l’Euro, Didier Deschamps l’a finalement installé en soutien d’Olivier Giroud. Neuf et demi. Libre comme l’air. Comme s’il lui avait refilé les clés du camion. Plus proche de Giroud, Antoine avoue une préférence. « L’entente est simple entre nous. J’essaie de le trouver, que ce soit à la retombée ou dans les une-deux. L’idée, c’est de se mettre dans les meilleures conditions l’un et l’autre. Olivier, c’est un attaquant pivot qui doit fatiguer la défense. Nous, on cherche à s’appuyer dessus. Il fait un peu le travail de l’ombre mais on en a besoin. C’est le côté obscur de la force ! On en parle peut-être pas toujours mais il fait du bien à l’équipe. Moi ? Peu importe mon poste, je donne le maximum là où le coach me demande de jouer. Mais c’est vrai que je suis bien en soutien d’Olivier. Dans l’axe, j’ai plus de repères parce que c’est là que je me suis fixé à l’Atlético. Je peux piquer plein centre, dans la verticalité, j’aime bien. On a changé plusieurs fois de systèmes pendant l’Euro mais nous avons l’équipe pour. Le groupe est fort. Ceux qui n’ont pas joué beaucoup, voire pas du tout, on savait qu’ils étaient là, prêts à tout moment, pour apporter ce dont l’équipe avait besoin. »

Son impact dans le jeu : Efficacité maximum
Même loin de ses standards physiques habituels, il n’a pas rechigné à l’effort contre les Roumains, lors du premier match. Préservé par Didier Deschamps contre l’Albanie, c’est lui qui délivre le peuple bleu en toute fin de match. Déjà. Au bon endroit au bon moment, timing et réalisation technique parfaite. « On ne le dit pas assez, assurait alors Arsène Wenger, mais Griezmann est un excellent joueur de tête. Il sait parfaitement où se trouve le but et le gardien lorsqu’il est à la réception d’un centre aérien. Dans sa panoplie d’attaquant complet, il ne faut pas oublier ce détail-là. »
Un point de détail que l’on prendra, quelques jours plus tard, en pleine face. Contre l’Irlande, son timing et sa prise de balle à la réception du centre de Bacary Sagna sont juste parfaits. Résultat : en plus d’être le meilleur buteur du tournoi, il était aussi, à l’aube des demi-finales, le joueur le plus directement impliqué dans les buts de son équipe : 4 buts et 2 passes décisives. Face aux Irlandais, en huitièmes de finale, il a tiré huit fois au but. Soit le plus gros total pour un joueur français à l’Euro avec Michel Platini (en 1984) et Karim Benzema (en 2012). Autre clin d’œil des stats qui renforce encore l’impact de « Grizou » sur les Bleus : il faut remonter à Zinédine Zidane (en 2004 au Portugal) pour trouver trace d’un joueur français qui marque 3 buts lors d’une phase finale d’un Euro. Après les quarts, lui en était déjà à 4… Monsieur l’Indispensable quoi, toujours aussi humble.
« C’est en jouant les grands matches que tu t’améliores. Tu acquiers le sang-froid de plus en plus vite et de mieux en mieux. Est-ce que je suis le leader d’attaque ? Je réponds exactement la même chose qu’à l’Atlético. Sur le terrain, si je peux aider avec des buts et des passes décisives, tant mieux, mais avec un seul joueur, on ne va jamais loin. Est-ce que ce statut me dérange ? A l’Atlético aussi, on me dit que je suis le leader. J’ai mis 32 buts et je suis allé en finale de la C1. Donc, non, je ne crois pas que ça me pèse mais je dis simplement ce que je pense : le leader, c’est tout le groupe. On avait l’équipe pour aller au bout. Mais rien n’arrive en claquant des doigts. En tout cas, on est bien ensemble. On est une famille qui vit bien. J’espère que ça va durer le plus longtemps possible. »

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