Équipe de France

Les chantiers de Didier Deschamps

A sa prise de fonctions en juillet 2012, Didier Deschamps avait deux étapes en tête et un objectif. La Coupe du monde au Brésil et le prochain championnat d’Europe étaient les étapes à suivre. L’Euro, c’est aussi l’objectif. On le gagne comment ?

Les interro­gations de la défense
Nous incluons ici le poste de gardien de but. Il est acquis que la hiérarchie est établie, qu’elle n’est pas faite pour bouger et que Didier Deschamps n’est pas un adepte de la volte-face. Donc, Hugo Lloris sera le capitaine et le titulaire dans les buts des Bleus. Il est évident aussi que Steve Mandanda, qui rend l’exceptionnel banal cette saison, dans ce si banal OM (pour rester poli), est sans doute dans la meilleure forme de sa carrière. Mais ce qui pourrait être un dilemme sera balayé par la sacro-sainte hiérarchie du sélectionneur tricolore qui a, il est vrai, d’autres chats à fouetter. Mais bon, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer, quand même, Mandanda dans les buts des Bleus et un joueur de champ capitaine. Franchement, ça ne fait pas mal aux yeux.

Vers une charnière Varane-Koscielny
La défense ? Les latéraux sont quasiment connus. A droite, Bacary Sagna traverse des périodes diverses cette saison avec Manchester City mais il reste l’homme fort à son poste. Christophe Jallet ne joue plus à Lyon, où Rafael lui a gentiment piqué la place. Normal. Il reste Mathieu Debuchy, qui a une carte à jouer malgré la position pas très confortable des Girondins de Bordeaux, qui ont dit au revoir et merci à Willy Sagnol quelques semaines seulement après l’arrivée de Debuch’ sur les bords de la Garonne.
A gauche, le taulier s’appelle Patrice Evra. Le numéro deux sera soit Laywin Kurzawa, soit Lucas Digne. Mais on mettrait bien une piécette sur la doublure actuelle de Maxwell plutôt que sur l’ancienne… Reste l’axe. Deschamps partira à l’Euro avec quatre défenseurs centraux. Raphaël Varane et Laurent Koscielny sont les titulaires. Mamadou Sakho revient bien à Liverpool et conserve un crédit certain aux yeux du sélectionneur. Kurt Zouma est forfait. Il reste donc une place, qui se jouera entre Eliaquim Mangala, en perdition à City (mais Nicolas Otamendi et Vincent Kompany sont encore blessés), Aymeric Laporte, l’avenir pour beaucoup mais pas encore le présent pour Deschamps, Jérémy Mathieu, voire Loïc Perrin, le bon soldat de Saint-Etienne. A moins que « DD » n’emmène que trois centraux parmi les 23 ? Il en a le droit. Il n’en a pas l’envie.

Les équilibres du milieu
Le retour de Lassana Diarra à l’automne a redistribué les cartes, en même temps qu’il en a redessiné le jeu. Dans l’impact, l’expérience et sa touche très technique de premier relais, Lass’ offre un panel en forme de pain bénit pour « DD », qui osait à peine y croire encore l’été dernier. Il rebat les cartes car forcément, ce Diarra-là, à son top, éclipse complètement Yohan Cabaye, dont on peut légitimement se poser la question de la présence à l’Euro. Reste Morgan Schneiderlin. La saison en demi-teinte de MU et sa saison en demi-teinte à MU ne sont pas ses meilleurs avocats. Pour former le triangle du 4-3-3 aux côtés de Diarra, il y a les deux indéboulonnables : Blaise Matuidi et Paul Pogba.

Ngolo Kanté débarque
En espérant qu’ils ne laissent pas trop de gomme en route d’ici le mois de juin. Derrière, il y a encore Moussa Sissoko le fidèle, qui devrait se faire sa place sur l’autel de la notion de groupe, étant entendu que ce n’est pas ce qu’il dégage à Newcastle qui incite à lui faire une place. Et puis il y a le petit nouveau. Ngolo Kanté, la révélation de la Ligue 1 la saison dernière, devenu le meilleur tacleur de Premier League cette saison, et tout ça avec 1,1 faute par match en moyenne ! Du grand art. En tête du championnat avec Leicester, Kanté cartonne un peu tout ce qui bouge. Il n’a pas l’air d’avoir peur de la concurrence et se pose, dans le profil comme dans l’état d’esprit, comme le digne héritier de Lassana Diarra. Une arme de plus dans le cœur du jeu, subtil mais si essentiel aux grandes conquêtes. Oui, les équilibres du milieu peuvent encore bouger d’ici au 10 juin…

Les déséquilibres de l’attaque
Le chantier le plus ouvert. Suspendu, d’abord, au futur de Karim Benzema, qui n’est plus sous contrôle judiciaire, qui peut donc approcher Mathieu Valbuena mais qui reste mis en examen, ce qui n’est pas rien. La présence ou non de l’attaquant du Real parmi les 23 redessinera la hiérarchie en attaque. Surtout que le numéro 2 habituel, Olivier Giroud, n’a franchement pas l’allure d’un numéro un bis et ça fait un petit moment que ça dure. Un peu en perdition, lui aussi, à Arsenal. Ce ne sont pas ses deux matches contre Barcelone, en huitièmes de finale de la Ligue des champions (surtout le premier, à Londres), qui viendront soutenir le contraire.

Ce sera Payet ou Valbuena
Derrière, au poste neuf, il reste l’autre « DD » des Bleus, André-Pierre Gignac, chouchou des Tigres et toujours à fond dès qu’il est question de l’équipe de France. Alexandre Lacazette semble mieux en 2016 qu’en 2015. Assez pour prétendre à la sélection ? Deschamps n’a pas été tendre avec lui en novembre, justifiant son absence par « la concurrence ». Il reste encore du chemin au Lyonnais. Les autres places sont, pour certaines, acquises à 100%, elles iront à Antoine Griezmann, Anthony Martial et, à un degré moindre (90% ?), Kingsley Coman. En un seul rendez-vous international, en novembre, l’ancien du Paris SG et de la Juve a montré plus que certains en une saison. Et depuis, il enchaîne avec une étonnante facilité au Bayern Munich. Paul-Georges Ntep s’est fait opérer du tibia, il est malheureusement forfait. Il faut encore considérer le cas de Dimitri Payet.
Eblouissant à West Ham, parfois ébloui en équipe de France, il n’a jamais convaincu le sélectionneur qui semble réticent à l’idée de le prendre pour ne pas en faire un titulaire. Même si Dimitri semble avoir mis de l’eau dans son vin, pardon, dans son thé. Mathieu Valbuena ? Il est un « historique » de l’ère Deschamps, celui qui jouait toujours. L’affaire de la sextape, dont il a été la victime (c’est toujours bon de le rappeler), a, quoi qu’on en dise, obscurci son horizon en bleu. Le reverra-t-on en même temps que Benzema, dans le même vestiaire, sur le même terrain, pour se faire des passes, décisives si possible ? Ce n’est pas gagné. Il y a Nabil Fekir, légèrement en avance sur son protocole de reprise et dont la patte gauche est si différente qu’elle peut devenir essentielle. Et voilà que Franck Ribéry a reparlé de l’équipe de France…

Ribéry, deux ans après ?
Sa dernière sélection remonte à 2014. Mars 2014. Contre les Pays-Bas, au Stade de France, un soir où Blaise Matuidi s’était pris pour Zlatan Ibrahimovic en marquant un but d’une reprise de volée, quelque part entre le kung-fu et le « pas fait exprès ». Deux ans plus tard, jour pour jour ou presque, Franck Ribéry a pour la première fois évoqué l’éventualité d’un retour. « Je reviens bien. Il faut voir », a glissé l’ami Franck. Oui, il revient. Plutôt bien. Au Bayern, Pep Guardiola est tout sourire et même Karl-Heinz Rummenigge en parle : « Il a travaillé très dur parce qu’il a une idée dans la tête. Il veut faire son come-back. » Il n’en fallait pas plus pour agiter le petit monde des Bleus. Didier Deschamps envisage-t-il sérieusement un retour de Ribéry en bleu ? « Je regarde les matches du Bayern mais pour suivre d’autres joueurs aussi », explique « DD » qui pense ici à Kingsley Coman. Pour un retour, il semble qu’il reste encore un sacré bout de chemin à parcourir. Mais le simple fait que le joueur se prononce publiquement suffit à souffler sur les braises. Et à voir que le feu n’est pas mort…

Le jeu et les joueurs
Didier Deschamps répète souvent que l’organisation peut bouger, même en cours de match. Le système peut évoluer entre le 4-3-3 (7 matches sur 10 dans cette disposition de départ en 2015) et le 4-2-3-1, voire le 4-4-2, même si ce dernier n’est quasiment jamais dans l’esprit du sélectionneur et, de toute façon, jamais, quasiment, une organisation de base au niveau international. C’est donc en 4-3-3 que les Bleus vont attaquer l’Euro, surtout en considérant le retour de Lassana Diarra dans le paysage. Avec le Marseillais au top de sa forme, pas sûr qu’il y ait de la concurrence au poste de sentinelle devant la défense. Et on imagine bien – Deschamps aussi – un mariage à trois au milieu, avec Blaise Matuidi à sa gauche et Paul Pogba à sa droite.
C’est dans cette configuration que les Bleus paraissent le mieux maîtriser leurs matches. C’est là qu’ils se sentent le plus épanouis, avec les priorités fixées : défendre en avançant, se tourner vers le but adverse, aller vite vers l’avant en trouvant de la profondeur, donc en touchant la vitesse des hommes des côtés dans la verticalité. C’est aussi dans ce système que les séquences de possession sont les plus sûres, elles aussi, avec des redoublements de passe qui partent de la ligne défensive et qui peuvent balayer toute la largeur du terrain (de Sagna à Evra puis d’Evra à Sagna, en complet aller-retour si besoin), de façon à trouver soit l’appel de balle, soit le décrochage, dès l’instant qu’il déclenche un mouvement.
Le 4-3-3 implique un travail défensif total de la part des trois hommes de devant. D’abord de la pointe, au pressing, qui doit glisser dans la largeur, et puis des deux excentrés, qui doivent être capables d’enchaîner quelques courses à haute intensité vers leur propre camp pour suivre leur défenseur latéral. Il permet aux deux latéraux, si leurs doublons (on peut penser à Griezmann pour Sagna et Martial pour Evra, par exemple) font le job, de ne pas dépenser trop d’énergie dans des courses de compensation, de bien bloquer le joueur adverse en avançant et, accessoirement, de garder du jus pour plonger à leur tour dans le dos de l’adversaire, à la récupération du ballon, en phase rapide ou bien en déclenchant le fameux mouvement, en phase de possession.

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