Équipe de France

Le Pays de Galles face à l’exode

Les provinces galloises, en difficulté économique, ne peuvent plus retenir les talents au pays au moment où la sélection flambe. L’exil est inéluctable. Destination privilégiée : la France et son Top 14. Welcome, Welsh !

Le rugby gallois a pondu une génération dorée exceptionnelle, fruit de la formation des quatre provinces du pays (Cardiff Blues, Newport Gwent Dragons, Ospreys et Scarlets). La Coupe du monde 2011 et le Tournoi des VI Nations 2012 ne sont que les prémices d’une récolte qui s’annonce fructueuse et magique. Le XV rouge capitalise sur un travail en profondeur et ce, pour un cycle long, appelé à durer jusqu’en 2016. En attendant la relève !
Le système de détection et d’apprentissage de l’ovale gallois est unique. L’encadrement national se déplace dans les écoles pour découvrir les talents de demain et le staff de Warren Gatland, le sélectionneur national, travaille à la formation auprès des provinces. Mais le rugby gallois manque de moyens et ne peut donc, à terme, retenir ses meilleurs éléments au pays. Cette saison, la France et son Top 14, terre d’accueil des joueurs de l’hémisphère Sud depuis de nombreuses années, ont fait les yeux doux au Poireau. Lee Byrne (Clermont), James Hook (Perpignan) et Mike Phillips (Bayonne) ont ouvert une brèche dans laquelle s’engouffreront l’année prochaine Luke Charteris (Perpignan), Aled Brew (Biarritz), Huw Bennett (Lyon), Gethin Jenkins (Toulon, photo de Une) et peut-être d’autres. La plupart de ces joueurs, en fin de contrat dans leurs clubs respectifs, n’ont pas reçu de proposition de renouvellement. L’attrait d’un championnat plus relevé que la Magners League et un salaire plus « correct » que celui qu’ils percevaient les ont séduits.
Luke Charteris expliquait à la BBC les raisons de cet exil : « Les provinces galloises ont tendance à dépenser leur argent pour des joueurs étrangers plutôt que pour des éléments du cru. » Pas faux mais pas si vrai non plus… La fuite des talents gallois à l’étranger et particulièrement en France inquiète les dirigeants locaux. A quoi bon former les talents de demain et les garder en couveuse dans les provinces si l’on n’est pas capable de les conserver ? L’exode ne concerne pour le moment que des rugbymen arrivant à maturité mais le danger d’un pillage massif est bien réel. Les quatre clubs gallois de la Ligue Celte ont décidé d’introduire un « salary cap », un plafond salarial, réhaussé à 4,2 millions d’euros. L’effort est à saluer mais à titre comparatif, le comité directeur de la Ligue Nationale de Rugby a décidé de fixer le sien, pour la saison 2012-13, à 9,5 millions d’euros (il était de 8,7 millions cette année)… Difficile de lutter.

Warren Gatland : « Difficile de trouver une parade à l’argent »
Warren Gatland, le sélectionneur néo-zélandais du Pays de Galles, se sent impuissant. « Je ne sais pas quelle est la réponse. C’est difficile de trouver une parade à l’argent que les joueurs se voient offrir outre-Manche étant donné les pressions financières exercées dans nos clubs en ce moment. Dans l’idéal, nous adorerions qu’ils restent et nous ferons tout ce que nous pourrons pour les garder mais les joueurs ont une carrière très courte à ce niveau et il est humain de vouloir en profiter au maximum… » Gatland s’inquiète d’un éventuel refus des clubs français de lâcher les internationaux pour les stages longue durée (trois jours obligatoires comme le veut le règlement).
Matthew Rees, son ex-capitaine, commence lui aussi à se poser des questions. Son discours exhale des relents de patriotisme : « Nous sommes bons au niveau international mais les régions constituent aujourd’hui un problème. Il faut intervenir au plus vite avant que les plus jeunes ne s’en aillent eux aussi. Nous avons posé les pierres de solides fondations sur la scène internationale. Le peuple gallois veut voir ses meilleurs joueurs évoluer au pays. » Pas sûr que les plus demandés y réfléchissent à deux fois.
Gethin Jenkins, qui compte près de 90 sélections et qui rejoindra donc la rade l’an prochain, explique clairement son choix : « Les discussions ont été longues mais les Cardiff Blues ne pouvaient me garantir ni une extension de contrat, ni de l’argent quand je suis à la disposition de l’équipe nationale. J’ai une famille, je dois penser à mon avenir. » Son compère Mike Phillips, qui a connu une saison chaotique avec Bayonne, ne regrette pas l’aventure française. Sans doute l’a-t-il susurré aux oreilles en choux fleur des joueurs de sa première ligne désireux de mettre du rouge dans leur verre et du poireau dans leur tarte. « Mon départ en France fut une excellente chose. Cela correspond en tout point à ce que je recherchais. C’est un challenge excitant, même si j’ai connu pas mal de changements de coach depuis mon arrivée. C’est ce que je voulais et ce dont j’avais besoin. J’ai adoré chaque minute passée sur le territoire français. Ça m’a rafraîchi. C’était une chance de vivre de nouvelles choses, d’essayer de nouvelles choses… C’est l’expérience que j’ai toujours voulu vivre. J’ai été superbement accueilli dans une région magnifique, que demander de plus ? »
Montrés du doigt pour leur quête d’argent facile, les exilés seront-ils privés de sélection, une idée évoquée sous le coup de l’énervement par Warren Gatland ? A l’image de ce qui s’est fait en Nouvelle-Zélande, la Fédé pourrait exiger que seuls les éléments restés au pays portent le maillot national. Mais s’agissant du Pays de Galles, le calcul est beaucoup trop risqué. Et puis l’aventure étrangère peut s’avérer bénéfique pour les meilleurs représentants du Poireau. Stephen Jones (ex-Clermont) et Gareth Thomas (ex-Toulouse), pionniers de l’exode, n’ont pas eu à se plaindre. Le rugby gallois et le rugby français non plus.

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