Équipe de France

Débat : Faut-il sélectionner Karim Benzema à l’Euro ?

La levée partielle de son contrôle judiciaire rend à nouveau Karim Benzema sélectionnable. Et s’il ne fait guère de doute qu’il garde les faveurs de Didier Deschamps, la légitimité de sa présence à l’Euro a mis la rédac’ en émoi, émoi, émoi. On en débat.

OUI

On peut prendre le problème par tous les bouts de la lorgnette, chercher la petite bête ou avoir peur de la grosse, Karim Benzema est le meilleur attaquant français de sa génération. Un point, c’est tout. Qui osera affirmer qu’Olivier Giroud est un meilleur footballeur ? Qui osera prétendre que l’équipe de France serait moins forte avec « KB9 » que sans ? Ce ne serait plus de la mauvaise foi, ce ne serait plus de la mauvaise langue, ce serait de la mauvaise langue au sommet du gratte-ciel de la mauvaise foi !
Faut-il encore discuter ? Oui, parce que le cas du buteur des Bleus dépasse le cadre du rectangle vert, qu’il est devenu une véritable affaire d’Etat. Toujours mis en examen dans le cadre de la fameuse affaire de la sextape de Mathieu Valbuena, Benzema se cogne dans son miroir, qui renvoie l’image du « bad boy », aimanté par des connaissances, pas vraiment du meilleur goût, qu’il cultive et qu’il défend. Qui l’entraînent, surtout, dans des draps pas toujours propres, d’information judiciaire en blanchiment en bande organisée. Simple témoin ou victime ? Présumé coupable sur l’autel de l’image.
Une affaire d’Etat parce que et Manuel Valls, Premier ministre, et Patrick Kanner, ministre des Sports, se sont prononcés, au nom de « l’exemplarité », contre son retour en équipe de France. On notera, au passage, l’exemplarité des deux cols blancs, en une seule touche de balle, s’il vous plaît, pour venir mettre leur nez dans la cuisine interne des Bleus. Ceci étant dit, Noël Le Graët a très vite répondu, entre la fermeté et la diplomatie, pour rappeler qu’il serait le dernier décideur. En clair, que la présence ou non de Benzema chez les Bleus, partant du principe que son contrôle judiciaire est levé et qu’il a donc juridiquement le droit de s’y produire, serait sa décision.
Partant de ce constat, il est clair que Le Graët, qui passe son temps à défendre l’homme et à scander son amour pour le joueur, donnera un blanc-seing à Didier Deschamps pour sélectionner Benzema à l’Euro. Faut-il s’en offusquer ? Puisque nous parlons ici de football, on voit déjà les mauvaises langues rappliquer. Benzema n’est pas assez incisif, encore moins décisif en équipe de France. Benzema ne marque jamais quand la route commence à sérieusement monter, contre les meilleures du monde, dans le moneytime des phases finales.
Oui, il existe un décalage entre son rendement au Real Madrid, où il est un titulaire indiscutable et indéboulonnable (ce n’est pas Gonzalo Higuain qui dira le contraire), où il est le plus idéal des compléments à Cristiano Ronaldo, où il claque des buts, enchaîne des passes décisives, et en bleu où il présente un bilan loin des standards des meilleurs du monde à son poste. Et alors ? Et Lionel Messi ? Et Cristiano Ronaldo ?
L’équipe de France a un Euro à jouer et si possible à gagner. Et si, pour ce faire, il est entendu que Didier Deschamps n’emmènera pas les 23 meilleurs joueurs français, parce que c’est trop subjectif et parce que les règles d’un groupe obéissent à certains équilibres bien plus fins, il est évident que « DD », s’il en a la possibilité, partira à l’Euro avec Benzema.
Quand Deschamps affirme dans « L’Equipe » que « toutes les équipes nous l’envient », tout est dit. On peut encore rajouter que la présence de Karim Benzema aura aussi ses conséquences à l’intérieur du groupe. Qu’elle rejaillira sur l’ensemble des joueurs, d’Antoine Griezmann, avec qui il a eu le temps de développer une relation qui est une promesse, aux plus jeunes Kingsley Coman, Anthony Martial ou, pourquoi pas s’il revient à temps, Nabil Fekir, dont il était une idole quand il a explosé à Lyon.
Il y a les gratte-ciel de la mauvaise foi et la réalité bien plus terre à terre. La présence de Benzema à l’Euro suscite le débat ? Alors, le débat s’incline devant l’Evidence.

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

NON

Dans ce qu’il convient bien d’appeler cette affaire, parce que c’en est une, il faut savoir sous quel angle on envisage la question. Si l’on s’en tient à l’aspect strictement sportif, évidemment que Karim Benzema, enfin, surtout le joueur du Real, est aussi indiscutable qu’indispensable en équipe de France et donc un invité obligé à l’Euro avec même un statut de titulaire collé aux crampons. Dans la tanière madrilène et aux alentours, les buts qu’il marque, les passes qu’il offre, le panel qu’il présente, la complicité qu’il dégage avec Cristiano Ronaldo, le trio qu’il forme au sein de la fameuse « BBC », tout cela et d’autres choses encore le rangent parmi les top players de la planète foot.
C’est déjà un peu moins vrai quand il enfile le maillot bleu. Ses stats ? 81 sélections, 27 buts. Ce qui fait, pile-poil, un but tous les trois matches. Ce n’est pas plus affolant que ça. Et surtout, quand on laisse de côté les matches amicaux, quand on entre dans les rencontres officielles et, surtout, quand le niveau s’élève, l’ancien Lyonnais aurait tendance à disparaître des écrans radar. Comme un symbole, on se souvient de sa réussite en phase de poules durant la Coupe du monde 2014 au Brésil. Et puis il a eu tendance à s’éteindre lorsque les Bleus sont montés en altitude, c’est-à-dire lors des huitièmes, puis des quarts de finale où son compteur buts s’est tout d’un coup bloqué. Il n’empêche et nous sommes en totale osmose avec le sélectionneur, Karim s’impose comme notre meilleur et notre plus probant leader d’attaque.
Quand on se place, en revanche, au niveau de la morale, la donne change du tout au tout. Là, on parle d’éthique. On passera sur l’épisode Zahia, on n’évoquera pas davantage la société BH Event’s, qui se trouve mêlée à un trafic de stup’ et dont le principal actionnaire, Benzema, a été entendu comme témoin. On laisse de côté tout ça. Et on en revient à l’histoire de la sex-tape. Petit flashback.
En juin 2015, Mathieu Valbuena porte plainte dans cette affaire, bien avant la supposée intervention de son compère en bleu. Quatre mois plus tard, Benzema, pour rendre service à un copain d’enfance (dans son esprit, c’est plutôt normal de rendre service à un copain d’enfance), aurait proposé à son coéquipier, attention, dans le cadre de Clairefontaine quand même, de le mettre en relation avec son pote pour tenter de régler l’histoire. C’est là, évidemment, que tout se complique.
Noël Le Graët, président de la Fédé, et Didier Deschamps, sélectionneur national, ont tout fait, dans un premier temps, pour protéger leur numéro 9 préféré. Avant de se ranger sous la bannière de la justice. Puis la levée partielle du contrôle judiciaire de l’attaquant madrilène (il reste mis en examen pour complicité de chantage et participation à une association de malfaiteurs) a offert une éclaircie pour un retour de l’enfant prodige. Non, pas d’accord.
M.M. Le Graët et Deschamps, depuis que vous œuvrez ensemble, cela a toujours été dans la communion et l’unité et c’était bien. La fameuse charte de bonne conduite, vous l’avez érigée comme un étendard, vous vous en êtes emparé comme d’un symbole. Et nous avons été les premiers à applaudir votre initiative. Vous sembliez les gardiens du temple avant que votre pointure de l’attaque ne soit pointée du doigt. Vous semblez, dorénavant, envisager les choses sous un angle différent. C’est ce qui nous gêne.
Que Valbuena ait aujourd’hui disparu de la sélection, entre blessures et méforme, ne nous paraît pas incongru. Mais qu’il participe ou non à l’Euro ne change rien à notre perception des événements. Question : si Benoît Costil, troisième gardien des Bleus, s’était trouvé dans la même tourmente que Karim, quel aurait été son sort ? Envoyé par-dessus bord, sans états d’âme, on imagine. Autre question : le chouchou Benzema mérite-t-il d’être choyé à l’infini ? La réponse est non ! Quand on se place hors-jeu, l’arbitre siffle.
Avec le Madrilène, il nous semble que les limites ont largement été dépassées. Au moins pour un temps, il doit disparaître de l’espace bleu. Même avec la présomption d’innocence, l’imprévoyant a trop de casseroles qui lui collent aux fesses pour qu’on puisse éternellement l’absoudre.

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

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