Étranger

Le Conte est bon

Huitièmes de finale de l’Euro 2016. Italie-Espagne 2-0. La Squadra Azzurra livre un match technico-tactique parfait face aux doubles champions d’Europe en titre. Elle le doit beaucoup à son sélectionneur, impeccable dans cet exercice de haute voltige.

La photographie, à cet instant-là, est saisissante. Comme un résumé du film sous nos yeux. D’un côté, on voit Vicente Del Bosque, l’Espagnol, sur l’écran placé à côté de notre pupitre, qui n’a certes jamais été le plus expansif des entraîneurs ni l’un des sélectionneurs les plus démonstratifs, figé sur son banc, sans aucune réaction. Masque de cire. Comme tétanisé. Les yeux fixes, presque dans le vide. Un brin pathétique.
Et en contrebas de la tribune de presse, on peut deviner Antonio Conte, cheveux de jais et latino pur jus, arpenter de long en large sa surface réservée, comme un malade. Les nerfs à vif. Et haranguer ses troupes, les repositionner, les encourager. Et pester, faire des moulinets invraisemblables avec ses bras. Par le geste mais aussi par la voix, s’accaparer la scène du Stade de France.
Il en a souri après coup. « Notre préparateur physique m’a dit qu’il aimerait bien me mettre un GPS pour savoir combien de kilomètres je parcours par match dans mon petit rectangle et surtout, à quelle intensité… » Conte avait raison de s’en amuser parce qu’il y avait longtemps qu’il avait remporté cette improbable partie.
Entre l’Espagne, championne multirécidiviste depuis près de dix ans, malgré un dernier Mondial qui s’est terminé dans les décors, et l’Italie, privée de deux de ses forces vives du milieu pour toute la durée du tournoi – Marco Verratti et Claudio Marchisio -, auxquelles on pouvait ajouter les blessures et suspensions survenues entre-temps, la différence s’apparentait à un gouffre abyssal. Sauf que, comme l’explique le mentor de la défense transalpine, Leonardo Bonucci, l’inspecteur San Antonio a apporté sa différence : « Le coach a été fondamental dans notre parcours. Nous n’avons pas de talents extraordinaires mais nous formons une équipe avec une véritable idée de jeu. Et cette notion, c’est le Mister qui nous l’a transmise. »
On ferme le ban et on rend la parole à celui qui n’a cessé de seriner le même refrain depuis son arrivée au poste. « Oui, depuis deux ans, je le dis et je le répète, le seul chemin à suivre pour avoir des satisfactions, c’est de se comporter comme une véritable équipe. Pas seulement une sélection, plus que ça : une équipe. Voilà ce que j’ai essayé de faire comprendre et le message est passé. Du premier au vingt-troisième, les gars vivent le match de la même manière. Depuis plus d’un mois maintenant, on bosse de façon intense dans tous les domaines, que ce soit tactique ou physique, avec l’idée que les joueurs se présentent dans les meilleures dispositions, en sachant précisément ce qu’ils ont à faire, quand ils arrivent sur le terrain. Et franchement, chapeau, ils méritent ce qu’ils sont en train de vivre. Ils ont consenti beaucoup de sacrifices pour ça. J’aime cette phrase : « Le travail rend l’homme noble. » Il permet parfois d’obtenir des résultats inespérés. Il faut garder cette soif, vouloir surprendre et démentir les pronostics. »
Au rayon des surprises, le 3-5-2 concocté par Antonio Conte, avec sa base arrière 100% Juve, n’en est plus vraiment une. Encore que… Dans le scénario le plus probable, on pouvait s’attendre à voir les Espagnols s’accaparer la possession de balle, comme ils aiment et comme ils savent si bien le faire, et les Italiens défendre plutôt bas, en tâchant de profiter de la moindre opportunité de contre. Tout faux, du moins en première période.
C’est une formation transalpine joueuse et joyeuse qui s’est présentée au Stade de France, en s’appuyant sur un pressing haut et franchement agressif. Avec cette fameuse assise défensive et avec l’incroyable débauche d’énergie, au milieu, du duo Emanuele Giaccherini-Marco Parolo. Avec enfin, devant, le couple très complémentaire formé par Graziano Pellè, utilisé en pivot et qui pèse par sa puissance et son abnégation, et Eder, lui dans le registre de la vitesse, pour déstabiliser le bloc adverse.
Résultat : à la mi-temps, la fameuse possession était presque égale (52-48) et surtout, la Squadra avait nettement dominé les débats dans l’exercice des tirs, d’un violent 7 à 2. Tout le mérite, pour que la Roja ne regagne les vestiaires qu’avec un petit but de retard, revenait à un David De Gea inspiré face aux flèches italiennes. « On a démontré qu’on savait jouer au ballon, reprenait le très méticuleux Conte. On s’est créé beaucoup d’occasions et on a prouvé que si on a une bonne assise défensive, on dispose aussi d’arguments offensifs. Il ne faudrait pas l’oublier. Cette équipe, ce n’est pas seulement le catenaccio. »
Un peu plus en seconde période, quand même, mais sans connaître de grosses frayeurs. Excepté, peut-être, dans le dernier quart d’heure. Mais à ce moment, l’éternel Gianluigi Buffon, dans le rôle du gardien du temple, a montré que l’âge n’avait en rien entamé ses inspirations et la qualité de ses réflexes. Une main de fer dans un gant de velours. « Je savais, concluait le maestro, que ce groupe avait quelque chose de spécial, un peu hors du commun. » L’art d’écouter, de suer, de se placer comme un seul homme derrière le panache bleu d’Antonio Conte, qui a aussi insufflé ce petit supplément d’âme qui permet les rêves les plus fous.
Le rêve, il est fini pour la Roja, qui a pu croire qu’elle avait retrouvé sa splendeur d’il y a quatre ans le temps de deux matches et demi durant cet Euro, avant un réveil brutal. Au moment de dresser l’état des lieux et de tirer le premier bilan, Gerard Piqué ne s’est pas défilé. « Il faut être réaliste, on n’est plus au niveau qu’on avait atteint quand on est devenu champion d’Europe (deux fois de suite) et champion du monde (entre les deux Euros). » Après avoir reconnu que « l’Italie (avait été) meilleure », Vicente del Bosque, lui, a surtout cherché à défendre ses choix. Sur son absence de turnover – le même onze a débuté les quatre rencontres -, il ne voit pas davantage une erreur. « Je n’ai pas ressenti de fatigue parmi les joueurs. J’estime même qu’on s’est plutôt bien comporté du point physique. Si je nous ai trouvés trop timorés en première mi-temps, il y avait beaucoup plus d’allant et de prises de risque après la pause. A aucun moment, on n’a pu remarquer un manque d’appétit. Non, on n’a pas pris l’eau, c’est trop fort de prétendre des choses comme ça. » Et « VDB » d’enchaîner sur les éliminatoires de septembre pour la Coupe du monde 2018, « qui arrivent très vite ». Parce qu’il pense toujours être en poste ? « Mon avenir est un sujet dont je discuterai avec mon président. Nous déciderons alors de ce qui convient le mieux pour la sélection. »
Un flou pas très artistique qui rappelait furieusement son coaching perdant face à l’Italie, quelques minutes plus tôt. Mais finalement, après une très probable toute petite nuit de sommeil, Del Bosque a décidé de remettre sa démission à la Fédération espagnole. Qui a parlé de « fin de cycle » ?

L’insolite
Si, évidemment, tout le camp italien appréciait, à sa juste valeur, ce succès de prestige, le premier buteur de la soirée, le défenseur Giorgio Chiellini, lui trouvait une saveur toute particulière. « Nous avons enfin mis à un terme à cette série noire, que l’on avait en travers de la gorge. Cette équipe d’Espagne m’a fait beaucoup souffrir durant ma carrière en sélection. J’ai toujours pensé que je méritais une revanche par rapport à eux. Et voilà, avec cette victoire et ce but (ndlr : son septième en 87 capes), je suis exaucé. »

Le chiffre : 100
Le pourcentage de tirs cadrés par Graziano Pellè, l’attaquant de pointe de la Squadra. Trois essais et tous ont trouvé le cadre. Avec, en prime, la dernière de ses tentatives qui a fini au fond des filets. Sans parler de son incroyable travail tout au long de la rencontre. L’Italie peut lui dire « Grazie, Graziano ».

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