Équipe de France

Le carnet de bord des Bleus

Quart de finale. France-Islande 5-2.

Comme des grands

Carton plein pour les Bleus qui découpent l’Islande pour s’offrir une place dans le dernier carré. Enfin libérés. A l’horizon, l’Allemagne se profile…

A une lettre près, on a eu l’inverse. Une semaine après le chaud soleil de Lyon et les sueurs froides nées d’une entame de match cataclysmique face à l’Irlande, c’est sous la fraîche bruine de Saint-Denis que les Bleus dynamitent l’Islande, en deux coups de cuillère à pot. Ainsi vogue cette équipe de France sur son fil bleu en 2016. D’abord avec du vague à l’âme, le mental en friche, quoi qu’on en dise, et le trouillomètre à zéro contre la Roumanie, avant la libération magique de Dimitri Payet dans les dernières secondes. Puis face à l’Albanie, avant la délivrance d’Antoine Griezmann puis à nouveau Payet dans les dernières minutes, dans une rebelote, comme un calque, mais sans aucun enseignement possible. La pression des débuts.
Il y a bien eu la Suisse, un match au couteau qui ne laissera, au final, pas de trace, si ce n’est la 1ère place du groupe. Et puis vint cette fameuse première mi-temps irrespirable de stress contre les hommes en vert, à Lyon. Une voie royale jusqu’aux quarts qui se transforme en sentier battu. Il fallait l’inventer, les Bleus l’ont fait. Mais c’était fini, on ne les y reprendrait plus. Promis, juré. Ils allaient mettre les ingrédients, enfiler la tenue de combat dès le coup d’envoi.
En conférence de presse, entre l’Irlande et l’Islande, Bacary Sagna et Patrice Evra avaient insisté sur ce point. « Depuis le début, on est en mode réaction. Il faut arrêter de réagir et agir. Parce qu’à un moment donné, ça ne sourira pas. » Si on peut reprocher mille et une choses à Tonton Pat’, franchement pas rassurant dans le couloir gauche depuis le début de l’Euro, il y a un point sur lequel on ne reviendra plus : il faut le croire. Quand les Bleus sont sortis du tunnel pour l’échauffement, ils étaient tous derrière et lui devant. Direction… le virage où était massé le kop bleu, pour un demi-tour de terrain au plus proche des supporters. Une première depuis le début du tournoi. Une première tout court, d’ailleurs.
Escortés depuis novembre 2013 et le barrage retour contre l’Ukraine, le véritable acte de naissance de cette équipe, par un vent nouveau de sympathie, les Bleus ont fait le premier pas ce coup-ci. Il faudra retenir qu’ils ont réussi, cette fois, leur entrée en jeu, une semaine après l’Irlande et une heure avant le coup d’envoi. La tendance du soir était vraiment à l’action.
On leur présentait l’Islande comme des bêtes, ils ont matraqué les Vikings dans les duels. Voir Olivier Giroud, impressionnant dans les airs, qui prend à peu près tout ce qui tombe du ciel de la tête ou de la poitrine. L’avant-centre numéro un des Bleus ouvre le score sur sa première occasion. Récompense.
Et voilà Paul Pogba qui monte plus haut que tous les volcans d’Islande réunis sur le premier corner des Tricolores. Coup de foudre de la « Pioche », 2-0 au bout de vingt minutes. Et voilà enfin l’idée d’un match facile qui s’invite. Même dans les brumes humides de Saint-Denis, il y avait du flash dans les images bleues. De la vitesse, de la percussion, de la vitesse dans les transmissions.
Evidemment, face à un tel grand écart, les agences de notation reviennent vite avec tous leurs standards : l’Islande, un nain du foot mondial, en quart de finale d’un Euro, c’était cadeau… Peut-être mais il faudra alors baisser de plusieurs crans la note de l’Angleterre, éliminée en huitièmes, des Pays-Bas, balayés en qualifs, voire du Portugal, accroché au 1er tour… Il faut, de toute façon, reconnaître à ces Bleus-là la force d’avoir su se rendre le match facile.
On le répète mais dans la très longue semaine qui a éloigné l’Irlande de l’Islande, c’est un gouffre qui séparait les joueurs à réaction de Lyon des conquistadors de Saint-Denis. Comme le négatif d’une photo. Presque trop gros pour être vrai.
Didier Deschamps pointe le doigt sur ses tempes. « On a longuement échangé avec le staff mais ce sont surtout les joueurs qui ont pris conscience que ça pouvait ne pas passer. Aujourd’hui, on a pris les choses par le bon bout. » Hugo Lloris tente aussi une explication. « Je ne sais pas si on peut parler de déclic. Je crois, surtout, qu’on a très bien préparé ce match. On a montré beaucoup de respect vis-à-vis de l’Islande et mis beaucoup d’énergie. Tout au long de la semaine, on a répété qu’il était important de bien démarrer. C’est ce qu’on a fait. » Mais encore ? « On s’est dit les choses. A force d’avertissements, on savait que ça pouvait mal tourner. On a compris le problème et trouvé la solution. Il faut féliciter toute l’équipe, le coach en premier lieu. » Les mots du capitaine. Une dose de diplomatie sur le costume mais une franche sérénité et le sentiment du devoir accompli. Quoique… « On a tous envie de jouer ce match qui nous attend : une demi-finale chez nous. C’est génial, c’est magnifique. »
Une semaine en arrière, on n’aurait jamais entendu des mots pareils dans le vestiaire français. Paul Pogba abonde à son tour. « On est déterminés. On veut gagner, on joue à la maison. Nous voilà en demies, il faut tout donner pour passer ce prochain tour. » Ah, l’Allemagne en demi-finales… « Chaque match a son histoire, rappelle Lloris. Mais en nous mettant à l’abri en première mi-temps, cela nous a permis de gérer la seconde période et notamment les cartons. C’est bien. Mais ce n’est pas une revanche. La compétition est différente. On se retrouve face à l’une des plus grandes nations du foot. En plus au Vélodrome, dans une ambiance qui risque d’être chaude. Il faut en profiter. »
Didier Deschamps, qui a retrouvé le sourire depuis que les matches à élimination directe sont apparus dans le paysage, était dans son élément lui aussi. « Nous sommes mieux. Mais l’Allemagne, c’est l’Allemagne. Sur cette compétition, il s’agit d’une des rares équipes qui maîtrise les situations. Il s’agit d’une très belle affiche. On va jouer notre chance à fond. On est très heureux d’être dans le dernier carré. On n’a pas raté notre Euro, ça, c’est sûr. Maintenant, l’a-t-on réussi ? On verra plus tard. »
On veut bien attendre. Le plus longtemps possible sera le mieux.

Le debrief de « Planète » : Un dépucelage en règle
Il fallait briser le carcan. Déverrouiller les chaînes. C’est un peu comme si, depuis le début de la préparation, une peur qui ne disait pas son nom tétanisait nos Bleus, qui répétaient « vouloir trop bien faire ». Comme un voile noir. Dans le désordre, l’impact d’une phase finale disputée à la maison et la pression qui va avec, le statut de favori du groupe à assumer, l’engouement populaire. Ne manquaient plus que les pépins, des blessures jusqu’aux forfaits, à enfiler comme des perles. Les Bleus se sont avancés vers leur Euro comme un marathonien dans les derniers hectomètres. Perclus de crampes. Mais les crampes, c’était le stress. Bien sûr, il y a eu l’impact de la préparation physique et ce pic de forme programmé pour le début juillet, à l’heure où les lacets s’élèvent vers les sommets, qui a pu influer sur le rendement de certains joueurs, fussent-ils cadres, lors des premiers matches. Il n’empêche, face aux Islandais, on a vécu un quart en forme de dépucelage en règle, décrit avec une certaine poésie par Olivier Giroud : « On a lâché les freins. » Depuis le début, il y avait des bleus à l’âme. Face à l’Islande, on a vu des Bleus au cœur. Enfin.

Le chiffre : 3
Les trois meilleurs buteurs de la compétition, à l’issue des quarts de finale, sont tous français ! Antoine Griezmann mène la danse avec 4 buts, Dimitri Payet et Olivier Giroud pointent juste derrière (3). Que la donne soit la même, peu importe l’ordre, après la finale. Ce serait bon signe.

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