Équipe de France

Le carnet de bord des Bleus (3)

Premier tour. France-Roumanie 2-1. France-Albanie 2-0. France-Suisse 0-0.

Mieux vaut tard que jamais

Longtemps, le stress et le poids de l’événement ont pesé sur les maillots bleus. Mais Dimitri Payet, contre la Roumanie, et Antoine Griezmann, face à l’Albanie, ont permis de tenir la feuille de route. Premiers de leur groupe, premier objectif atteint.

En ce mois de juin très revendicatif, pour peu qu’on quitte les pelouses de l’Euro et qu’on se rapproche du bitume et des manifs’, la 1ère place de leur groupe était le minimum syndical demandé aux Bleus. L’objectif est atteint mais la marche a été dure, parfois pénible, toujours longue. Pénible parce que les deux premiers adversaires ont fait exactement ce que l’on attendait d’eux. La Roumanie d’abord, l’Albanie ensuite, ont défendu bas, en rangs serrés et en donnant tout, ce n’est pas peu dire.
A l’heure du grand rendez-vous, les Bleus se sont heurtés à deux camps retranchés. Favori, il faut assumer. Surtout lors de ce premier match, toujours autant priorisé, encore plus par Didier Deschamps, toujours aussi spécial à préparer, avec la cérémonie d’ouverture, David Guetta aux platines et la famille massée au bord de la pelouse.
Patrice Evra et Olivier Giroud ne l’ont pas dit qu’à demi-mots, après la victoire inaugurale face aux Roumains. « On savait que ça allait être compliqué. (Evra) Jouer une compétition comme ça devant son public, ce n’est pas facile. Pendant la Marseillaise, j’étais très ému. (Giroud) »
Il a fallu enlever le carcan. Il a failli ne jamais lâcher. Mais Dimitri Payet a fini par tout exploser. Au terme d’un match presque parfait, le joueur de l’année à West Ham, au fond de la cave bleue il y a six mois, a délivré tout son monde d’un coup de canon qu’on ne voyait plus venir. C’est au bout du temps réglementaire qu’il a définitivement lancé l’aventure. Un but magique et un craquage en règle, au moment de laisser sa place sur le terrain, en larmes dans les bras de Didier Deschamps et ovationné par tout un stade.
Cela a été la première image forte de l’Euro, accompagnée de trois points et de quelques questions. Quid de la défense ? Paul Pogba et Antoine Griezmann pas tranchants. Fébrilité chronique. Des interrogations qui vont escorter les Bleus tout au long de ce 1er tour, en fait. Jusqu’à Marseille, face à l’Albanie et sur une pelouse indigne. Le genre de gazon qui ne met pas en confiance, surtout quand on ne l’est pas vraiment.
Adil Rami, propulsé dans le onze type aux côtés de Laurent Koscielny, ne peut pas remplacer comme ça Raphaël Varane. On le sait tous et surtout lui. Et ça transpire un peu trop sur son visage, comme dans ses prises de balle. Pas sûr dans ses anticipations et ses placements, Adil. « Ce n’est pas évident pour moi, je reviens de très loin, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour bien me réadapter à l’équipe. Mais je travaille, encore plus. Je donne tout, je suis conscient de la chance que j’ai. »
Il y a un écart flagrant entre le Adil souriant, affable des couloirs, et le Rami à l’envers, pâle comme un cachet d’aspirine, des pelouses. Pas grave, ça passe encore face à l’Albanie. Mais ça passe encore dans la douleur. Le 4-2-3-1 testé en première mi-temps ne survit pas aux pitoyables 45 premières minutes. Les Bleus finissent par trouver la faille en toute fin de match, grâce à Antoine Griezmann, laissé sur le banc au coup d’envoi.
Dimitri Payet, encore buteur, expliquera : « Le scénario montre que nous sommes présents sur toute la durée du match. Les entrées nous ont fait beaucoup de bien. La semaine dernière, nous avons discuté, Antoine et moi, on s’était dit que le groupe primait. Son but, c’est une émotion particulière. » La deuxième victoire bleue en deux matches également. Comme si cette équipe avait besoin d’aller chercher les émotions au fond d’elle-même.
La 1ère place du groupe s’est donc jouée contre la Suisse et sur une nouvelle pelouse calamiteuse, à Lille cette fois. Pas chanceux avec le gazon, les Bleus ont rencontré, partout, un soutien de plus en plus fort et compact. « C’était important de finir 1er, explique Yohan Cabaye, titulaire contre les Helvètes. Maintenant, une deuxième compétition commence. »
Les Français l’abordent sans beaucoup plus de certitudes. Didier Deschamps a toujours changé son onze de départ, comme son schéma de jeu. Pourtant et malgré les questionnements que l’équipe suscite, l’adhésion l’emporte. Parce qu’elle avance, parce que le groupe paraît plus fort que les joueurs et parce que certaines individualités lui confèrent cette épaisseur et légitiment l’idée d’aller au bout. Après tout, ce n’est pas interdit.

Le chiffre : 2
Le penalty de Nicolae Stanciu aura été le seul but encaissé par les Bleus au 1er tour. 2-0 face à l’Albanie, 0-0 contre la Suisse : pour la première fois depuis l’Euro 1996, les Tricolores ne concèdent aucun but pendant deux matches consécutifs en phase finale. Défense d’en rire.

Le debrief de « Planète » : Payet taille patron
L’avènement de Dimitri Payet est tout sauf un hasard. Le meneur de jeu de West Ham (si les Hammers parviennent à conserver leur joyau) était pourtant bien loin de l’équipe de France il y a encore six mois. Didier Deschamps, qui l’a rappelé en mars, a eu une franche discussion avec lui. Elle aurait tout changé. « DD » loue régulièrement, aussi, le comportement de son Dim’ depuis quelque temps. « Il a pris conscience, il est très sérieux dans la récupération, dans les plages de repos comme dans les séances de travail. C’est un tout. » Et si l’on retient évidemment son but venu d’ailleurs contre les Roumains, il faut s’attarder sur ses matches. Ses prises de balle, sa qualité sur les coups de pied arrêtés, sa vision du jeu au service de l’équipe, ses deux pieds… Contre les Roumains, il délivre la passe décisive (du pied gauche) à Olivier Giroud mais il en aurait mérité quatre ou cinq autres ! Payet à gauche, Payet dans l’axe, peu importe. Dès sa première cape en équipe de France, le 9 octobre 2010 contre… la Roumanie, il avait délivré une passe décisive à Yoann Gourcuff. Seulement sept minutes après son entrée en jeu ! Et déjà, il se murmurait dans le SDF : « Quand Payet touche la balle, il se passe toujours quelque chose. » Pas faux.

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