Étranger

Kelechi Iheanacho, l’aigle royal

Très jeune mais déjà perché sur des hauteurs impressionnantes, l’attaquant de Manchester City Kelechi Iheanacho n’en finit plus de susciter l’enthousiasme. Jusqu’au plébiscite de Pep Guardiola, son nouveau coach. C’est dire.

Iheanacho. Son nom n’est pas forcément le plus facile à prononcer mais on aurait tout intérêt à s’entraîner à le dire et, surtout, à bien le retenir. Parce que Kelechi Promise Iheanacho – de son patronyme complet – c’est d’la bombe, un futur crack. Un joueur aux stats assez ahurissantes malgré un temps de jeu relativement réduit. Il convient de préciser que le jeune attaquant (il a eu 20 ans en octobre) évolue à Manchester City où un monstre occupe la place de titulaire à la pointe du jeu : Sergio Agüero. Mais à chaque fois qu’on a fait appel à lui, que ce soit Manuel Pellegrini la saison passée ou Pep Guardiola, plus souvent, aujourd’hui, le longiligne Nigérian n’a pas déçu. Bien au contraire. Mais nous y reviendrons.
Nacho est né dans l’Etat d’Imo, à la pointe sud du pays. Il y a grandi au milieu de ses deux frères et de sa sœur. Le début de sa vie ressemble à une véritable histoire africaine, avec les clichés qui l’accompagne. « Je jouais tous les jours au ballon avec mes frères et des amis, que ce soit dans la rue, à l’école ou à la maison, se remémore-t-il. D’aussi loin que je me souvienne, c’est tout ce que j’ai toujours voulu faire. »
Le football dans la peau et un destin qui se dessine. Sauf que là, l’histoire dérape et emprunte des chemins de traverse. Car le papa, James, ne voit pas les choses de la même façon. « Au début, il ne tenait pas à ce que je devienne footballeur. Il voulait que j’étudie pour obtenir une bonne éducation. Mais quand j’ai commencé à jouer pour l’équipe de l’Etat et à participer à des tournois à l’étranger, il m’a permis de poursuivre mon rêve. »
A la Taye Academy, l’une des plus réputées du Nigeria, située à Owerri, dans la capitale de l’Etat, Kelechi grandit vite, très vite. A l’automne 2013, il est sélectionné avec l’équipe nationale des U17 pour disputer la Coupe du monde aux Emirats Arabes Unis. C’est l’explosion. Le môme survole la compétition, éclaboussant l’assistance tout son talent. Lors du premier match contre le Mexique, il plante quatre des six buts de son team, victorieux 6-1. Il finit avec un total de six réalisations – deuxième meilleur réalisateur de l’épreuve –, y ajoute sept passes décisives et il est élu meilleur joueur du tournoi. Surtout, il remporte avec les « Golden Eaglets » (les Aiglons en Or) le titre de champion du monde en battant, une nouvelle fois, le Mexique en finale. « J’ai ressenti un million de choses au moment où on a reçu le trophée. Tant d’amour pour mes partenaires, ma famille, mon pays. J’étais si bien. » Il y gagne également le titre de « Talent le plus prometteur de l’année 2013 », attribué par la Confédération Africaine de Football.
Ce talent évident n’a évidemment pas échappé aux scouts européens qui se sont déplacés en masse pour suivre la compétition. Arsenal, Manchester City, Porto et le Sporting Portugal sont les plus prompts à dégainer et à sortir le chéquier. Une fois encore, c’est Papa Iheanacho qui va trancher. L’affaire semble bouclée avec les Dragons de Porto mais James conseille au fiston de rejoindre, de préférence, les Citizens où il lui prédit un avenir plus brillant. « City, explique le serial killer, c’est un si grand club, avec des joueurs tellement fantastiques, que je pensais qu’il serait très dur d’y percer. Mais mon père m’a dit de foncer, il avait confiance en moi. Je suis heureux d’avoir finalement suivi son avis. »
En échange de 300 000 livres, à partager entre la famille et la Taye Academy, Iheanacho s’envole vers l’Angleterre. Enfin, pas tout à fait, il n’a que 17 ans et donc pas l’âge légal pour obtenir un permis de travail. Txiki Begiristain et Ferran Soriano, deux anciens du Barça devenus cadres mancuniens, font jouer leurs relations pour lui permettre de s’entraîner en Espagne.
A l’été 2014, le gamin est convié à rejoindre les Skyblues pour leur tournée américaine (là, il peut y aller) d’avant-saison. Il s’y montre très prometteur (2 buts), malgré le manque d’automatismes avec ses partenaires. Manuel Pellegrini, le coach de l’époque, s’enthousiasme : « Kelechi est jeune mais je suis convaincu qu’il sera un joueur très important pour nous à l’avenir. Il a démontré pendant la tournée qu’il incarnait notre futur. Il a le talent pour, à condition de suivre le bon chemin. »
En attendant, faute du fameux permis de travail, le jeunot reste aux States. Il s’entraîne dorénavant avec les Colombus Crew. Finalement, l’indispensable et si précieux sésame est délivré, après un interminable feuilleton, en février 2015. Le môme prometteur finit donc la saison avec les jeunes de City, avant de rejoindre l’équipe première dans sa préparation estivale. Une prépa où il réalise quelques merveilles.
Adopté, même si Pellegrini le fait jouer avec parcimonie, il va vite convaincre son auditoire. Pour ses débuts, le garnement, entré quelques secondes avant, plante le but victorieux contre Crystal Palace (1-0) en toute fin de match, en championnat, au mois de septembre 2015. Il réalise encore un triplé contre Aston Villa, quelques mois plus tard, en quarts de finale de la Coupe de la Ligue qu’il va remporter, son premier trophée en pro, avant la fin du printemps. Merci qui ?
Son partenaire Yaya Touré en redemande. « C’est un joueur excitant, j’adore la manière dont il évolue. » Ses stats affolent tous les computers. En 2015-16, il prend part à 26 matches, dont seulement 7 comme titulaire, et inscrit 8 buts. Sur 821 minutes de jeu, cela représente un but toutes les 94 minutes. Personne n’a fait mieux que lui cette saison-là en Premier League ! Personne ! Pour un total, toutes compétitions confondues, de 11 titularisations sur 35 matches disputés, 14 buts et 5 passes décisives. Improbable !
Il en profite aussi pour faire copain-copain avec l’épouvantail Agüero. « Sergio, s’exclame-t-il, c’est un très grand joueur. J’apprends énormément à son contact. Nous avons, sincèrement, une grande relation. Que ce soit sur le terrain ou en dehors. Sur le terrain, on se comprend bien. On travaille comme des buteurs mais en osmose. En dehors, il me parle, que ce soit à l’entraînement ou dans les vestiaires. Il m’apporte tellement ! Je pense que nous avons la même vision du football, même s’il a beaucoup plus d’expérience que moi et que je le considère comme un modèle. »
Nacho était le numéro 3 des numéros 9, juste derrière Wilfried Bony. Depuis cet été et l’arrivée de Pep Guardiola aux commandes des Bleus ciel, son statut a évolué. Le voilà number two. « Il s’agit d’un buteur né, estime l’entraîneur catalan. J’avais entendu parler de lui avant mais il m’a vraiment impressionné depuis que je l’ai découvert. J’aime sa personnalité, son agilité, son sens du placement. Avec le club, nous espérons pouvoir l’aider à atteindre les sommets que son potentiel laisse entrevoir. »
Première conséquence : l’Ivorien Bony, un bon pote de Kelechi avec qui il partageait la place dans le vestiaire, a été prêté à Stoke City, tandis que Iheanacho enfilait le costume de doublure du terrible Sergio. L’international nigérian (depuis novembre 2015), qui dédie ses réalisations à sa mère Mercy, décédée à 43 ans, et au reste de sa famille s’en accommode plutôt très bien. Il en était, début décembre, à 3 buts et 3 passes décisives, en 297 minutes de jeu en Premier League. Un homme vraiment décisif dans le temps de jeu qui lui est imparti.
L’Aigle nigérian est un aigle royal. Qui la joue, dans le profil, plutôt modeste et vassal, au milieu de ceux qui ont le droit de se disputer la royauté. « Je ne vais pas me prendre la tête avec les éloges, dit-il, parce que je sais que j’ai encore beaucoup à m’améliorer. Evoluer aux côtés de Sergio (Agüero), Yaya (Touré) et tous ces autres grands joueurs m’incite à travailler dur. J’apprends, je regarde, j’écoute tous les jours. Le manager me fait confiance et m’encourage. Je dois continuer à bosser comme un damné pour lui et pour le club. » Le garçon nous semble être sur la bonne voie. Une voie royale.

Profil
Kelechi Promise Iheanacho

• Né le 3 octobre 1996 à Obigwe (NIG)
• 1,87 m, 79 kg
• Attaquant
• International A (Nigeria)
• Première sélection : le 13 novembre 2015, Swaziland-Nigeria 0-0
(éliminatoires de la Coupe du monde)
• Palmarès
Vainqueur de la Coupe du monde U17 avec le Nigeria en 2013
Vainqueur de la Coupe de la Ligue anglaise avec Manchester City en 2016

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