Coupe du Monde

Juan Smith, l’histoire d’un miraculé

L’ancien capitaine de l’Afrique du Sud Juan Smith est un miraculé du rugby. Champion du monde avec les Springboks en 2007, le troisième ligne a subi plusieurs opérations du tendon d’Achille. Il est revenu au sommet avec Toulon. Son portrait.

Nous sommes en avril 2012. Juan Smith prend congé du rugby pour une durée indéterminée. Le troisième ligne champion du monde en 2007 doit se battre pour retrou­ver la totalité de ses moyens après une énième opération du tendon d’Achille (il y en aura quatre en tout).
L’entraîneur des Springboks, Heyneke Meyer, comprend que l’ancien capitaine de la sélection ne sera plus jamais opéra­tionnel. L’entraîneur des Cheetahs, Naka Drotske, souhaite simplement à son flanker de retrouver l’intégralité de ses aptitudes physiques pour continuer à vivre normalement. « On ne remplace pas un joueur de la classe mondiale de Juan », dit-il à l’époque.
Vingt-six mois plus tard, Smith devient champion d’Europe et champion de France avec Toulon ! Le natif de Bloemfointein a livré une finale de H Cup de feu face aux Saracens, à Cardiff. On l’a vu plaquer (16 actions à son crédit) et repousser les attaques anglaises comme s’il était redevenu le joueur que les Springboks avaient connu pendant la Coupe du monde en France. A l’époque, le Toulonnais était tout simplement le meilleur numéro sept du rugby.
Comment tout ceci est-il possible ? Son agent, Stephan Weyers, revenait sur l’opération de la dernière chance : « Quand Juan s’est retiré, un docteur de Bloemfontein lui a proposé de repasser sur la table d’opération car ce qui avait été fait jusqu’alors n’avait pas été bien fait. Il lui a promis de le remettre sur pied. Après cinq mois de convalescence, Juan était de retour, prêt à s’entraîner. Il était à nouveau libre de jouer. »
Le troisième ligne de 34 ans n’a évidemment pas oublié l’époque où il broyait du noir. « J’ai subi quatre opérations à Pretoria, en Afrique du Sud. Dès que j’allais en rééducation, c’était l’échec. Je souffrais et remarcher était un cauchemar. La dernière opération a été la bonne. C’est comme si j’avais une nouvelle jambe ! », s’amusait le flanker.
En février 2013, Juan signe son grand retour chez les Cheetahs à l’occasion d’un match de pré-saison contre les Bulls mais les résultats d’une IRM le poussent à annoncer sa retraite. Le 10 septembre, il réapparaît dans le Sud de la France avec un contrat en bonne et due forme… Le président du RCT, Mourad Boudjellal, a tenté un gros pari en signant cet authentique mira­culé du rugby. Le risque était en fait calculé : on parlait d’un salaire net mensuel de 4 500 euros agrémenté de primes. A l’été 2013, le président des Rouges et Noirs s’expliquait sur ce choix dans « Var Matin » : « La défaite à Grenoble a précipité notre décision (de l’engager). Elle était confortée par le besoin et (a été) entérinée par Bernard Laporte et Jacques Delmas. Juan relève un challenge personnel. C’est un leader qu’on disait perdu pour le rugby. Il entend relever un défi en montrant qu’il est plus fort que la blessure. »
Quand on se repasse la finale face aux Saracens, la chose ne fait plus de doute : la figure emblématique des Boks était de retour ! Son essai a permis au RCT de respirer à un moment-clé du match. Cette action a aussi rappelé que Smith était un magnifique talent avec une force mentale extraordinaire. Bernard Laporte aime évidemment ce type de joueur. « Quand tu vois les différentes étapes de sa vie, tu imagines l’abnégation et le courage qu’il peut y avoir en lui. »
Le manager toulonnais parle d’un exemple sur le terrain et au vestiaire. Le président Boudjellal n’avait pas hésité à le resigner pour deux années supplémentaires. L’âge n’avait pas pesé dans la négo­ciation d’un nouveau contrat. Juan Smith se connaît et il connaît les exigences du métier. Il a poursuivi l’aventure sur la Rade parce qu’il se sentait revenu au top. Jacques Delmas, adjoint de Bernard Laporte, a participé à la réflexion. La profondeur de l’effectif du RCT permettait par ailleurs ce genre de signature.
Rappelons que Smith a longtemps été associé à Joe van Niekerk et Schalk Burger en sélection. A Toulon, il a retrouvé ses compa­triotes Bryan Habana, Michael Claassens, Bakkies Botha et Danie Rossouw. Avec un plaisir non dissimulé ! C’est la cohésion d’une équipe autour d’un leader comme Jonny Wilkinson qui a permis le difficile doublé championnat de France-Coupe d’Europe. « Il y a quinze mois, j’annonçais ma décision de me retirer du rugby, rappelait-il au printemps 2014. Alors, tout ce qui m’arrive aujourd’hui ne peut être que du bonheur. C’est inespéré… Je suis le plus heureux des hommes ! », commentait un Juan Smith tout sourire qui pensait bien naturellement aux vacances après ses exploits en rouge et noir.

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