Étranger

Jordi Alba : Il est devenu immense, ce petit !

Il n’a que 24 ans mais possède déjà une longue histoire. De la Masia au Barça, la carrière de l’international espagnol Jordi Alba ne fut pas un fleuve tranquille. Récit grandeur nature.

Même s’il a eu droit à un peu de rab’, les vacances estivales de Jordi Alba Ramos – son nom complet – ont plutôt été courtes. Il a d’abord disputé la Coupe des confédérations avec la Roja jusqu’à la finale (défaite 3-0 face au Brésil) avant de se faire opérer, dans la foulée, des amygdales. Comme son nouveau partenaire Neymar. Jordi n’a donc pas profité longtemps des plages paradisiaques de l’île de Formentera, située à trois milles nautiques au Sud d’Ibiza. Il lui a vite fallu reprendre du collier.
Mais ça ne le gêne pas vraiment, le Catalan. Parce que, depuis toujours et encore aujourd’hui, le foot constitue sa passion. « Même s’il faut consentir des sacrifices pour atteindre le haut niveau, j’ai conscience d’être un privilégié. D’abord parce que je gagne très bien ma vie. Ensuite parce que j’exerce le métier dont j’ai toujours rêvé. » Revenu aux affaires, il ne s’est pas fait prier pour commenter l’actualité du Barça. L’arrivée de Tata Martino au poste d’entraîneur ? « C’est un grand coach qui nous apporte des choses positives. Par rapport à Tito Vilanova, j’ai le sentiment qu’il suit la même ligne directrice. Bien sûr, il demande des petits trucs différents mais cela reste proche de ce que nous faisions auparavant. On ne change pas fondamentalement de style de jeu. »

Fou de foot depuis le berceau
La signature de Neymar, voisin de palier et partenaire préférentiel dans le couloir gauche ? « C’est très facile de s’entendre avec lui parce que c’est un grand joueur. On connaît son immense talent, nous l’avons tous vu lors de la Coupe des confédérations. C’est un plaisir de le côtoyer. Il s’adapte très vite. » Ses ambitions personnelles ? « Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas envie de me contenter d’un seul titre, comme la saison passée (ndlr : champion d’Espagne). Non, nous voulons tout gagner. »
La passion, on l’a dit, Jordi l’a chevillée au corps depuis le berceau, pratiquement. Cela remonte à ses premiers pas à l’Hospitalet de Llobregat où il est né, au cœur de la Catalogne, tout près de Barcelone. « A 4 ans déjà, je voulais devenir footballeur. Tout le monde me disait de me retirer ça de la tête mais je ne pouvais pas. C’était une idée fixe. Dans ma famille, on aime tous le ballon. Mon frère David a lui aussi commencé très jeune avant de se diriger vers le futsal. »
Le gamin, têtu, n’en démord pas : il sera pro. Alors qu’il vient d’avoir 10 ans, son rêve prend forme. Le prestigieux centre de formation du FC Barcelone, la fameuse Masia, lui ouvre ses portes. Même pas peur. Au contraire, c’est avec envie et détermination que le môme se lance dans la grande aventure. Il va bientôt se fixer au poste d’ailier gauche au sein d’un groupe où ses compagnons de promotion s’appellent Bojan Krkic et Fran Merida. Trop belle, la vie ? L’histoire prend une autre tournure – pas celle qu’il imaginait – en cadets B. Ses éducateurs lui signifient le clap de fin. En cause : sa taille. « La première fois que je l’ai vu, raconte Albert Benaiges, alors responsable du centre de formation, j’ai demandé à sa mère de me dire la vérité sur son âge. Il avait un vrai problème de croissance. Il était tellement petit qu’on hésitait à le faire jouer avec les autres de peur qu’il ne se fasse mal. Avec Lionel Messi et un ou deux autres, nous avions été confrontés à cette question mais on avait finalement décidé de les garder. Pas lui, malheureusement… »

Au FC Valence pour 6 000 euros
Alba reprend ses affaires. Il les pose pas très loin de là et toujours pas très loin de chez lui, à Cornella, club satellite de l’Espanyol Barcelone. Si l’ado a pris un bon coup sur la tête, il refuse d’abdiquer, plus désireux que jamais d’atteindre son Graal. Même s’il sait maintenant que la route de sa quête ne sera pas une longue ligne droite. Cette volonté inoxydable et ses performances sur le terrain lui valent, au bout d’une saison seulement, d’attiser les convoitises du FC Valence qui le recrute contre un chèque de… 6 000 euros ! Pour la première fois de sa vie, Jordi quitte la maison familiale et sa Catalogne natale.
Rupture en douceur. Une année en équipe de jeunes, la suivante avec la réserve en Troisième division et le club décide de prêter son lutin au Nastic Tarragone (Division 2) afin qu’il s’aguerrisse et acquière de l’expérience. Trente-sept matches et quatre buts plus tard, le voilà de retour pour ses grands débuts en Liga, lors de l’exercice 2009-2010. Toujours au poste d’ailier gauche mais pas vraiment indiscutable, il dispute quinze matches de championnat (un but) et neuf de Ligue Europa. C’est la saison d’après, grâce à un petit coup de pouce du destin et une inspiration de son coach, Unai Emery, que tout va vraiment changer.
L’entraîneur valencian, en panne de latéral gauche pour cause d’infirmerie bondée, lui propose de dépanner à ce poste. C’est la révélation. Le novice est tellement convaincant qu’il ne va plus quitter la place. La mobylette Alba est lancée, sa carrière décolle enfin. Il devient le chouchou des aficionados qui le rebaptisent « La Flèche de Mestalla » pour cette capacité à effectuer d’incessants allers-retours sur son côté. Jordi peut savourer. Il préfère regarder le chemin parcouru. « La force mentale a constitué un élément essentiel dans mon parcours. J’ai dû surmonter beaucoup de difficultés avant d’obtenir une certaine reconnaissance. Mais ma tête n’a jamais lâché. Après, il y a évidemment un gros travail. Si tu ajoutes de l’humilité et que tu fais attention aux gens qui t’entourent, ça peut marcher. Je pense être la preuve qu’on peut y arriver. »

Lutin inépuisable
Tranchant, vif, infatigable, irréprochable, Alba multiplie les sprints et les centres dans son couloir, jusqu’à épuisement. Sauf qu’il ne s’épuise jamais. Avec lui, c’est mieux que Wonder. Quand on s’en sert, il ne s’use pas. Dans le tourbillon de ses performances high-tech, Jordi fête sa première cape en octobre 2011. Et alors qu’il ne compte que cinq sélections, Vicente Del Bosque le retient pour l’Euro 2012. Il s’y impose et impose sa patte de manière magistrale, seule véritable nouveauté par rapport à la formation championne du monde deux ans plus tôt. Rien ne peut arrêter le turbo Alba qui n’en finit pas de semer la zizanie sur son côté avec son compère et futur partenaire – on va y revenir – Andres Iniesta. On dirait qu’ils jouent ensemble depuis des années tant leur entente semble naturelle.
« Sa progression est impressionnante, souffle Toni Grande, entraîneur adjoint de la sélection. Et puis s’il est rapide, il ne confond pas vitesse et précipitation. Il y a peu d’arrières gauches de ce calibre dans le monde. » Il n’y en a pas au cours de cet Euro, que Jordi survole. Une passe décisive contre la France, un but en finale et le voilà désigné meilleur arrière gauche du tournoi. Surtout, il inscrit la première ligne de son palmarès en pro avec le titre remporté par la Roja. Sur son nuage mais toujours lucide, il confie, au soir du triomphe espagnol : « En cette période de crise, le football joue un rôle spécial en permettant aux gens de se déconnecter de la réalité du moment. C’est excitant de sentir un pays uni derrière son équipe. Formidable de voir tous ces fans qui vous remercient pour ce que vous avez fait. »
Son statut a changé. Sa carrière va prendre un nouveau virage. Jordi n’a pas beaucoup grandi depuis ses années Barça (1,69 m). Au sens figuré, oui. Le club catalan, qui négociait depuis plusieurs semaines son transfert avec Valence, rappelle l’enfant du pays. Coût de l’opération : 14 millions d’euros pour un contrat de cinq ans et un salaire estimé à trois millions d’euros annuel. « Voilà, explique-t-il au cours de sa présentation, je rentre à la maison avec ma famille et mon entourage. J’ai hâte d’évoluer avec la meilleure équipe du monde, les meilleurs joueurs et les meilleurs supporters. Il s’agit d’un grand challenge mais je donnerai tout et ferai de mon mieux. Je n’avais que quinze ans lorsque j’ai quitté Barcelone pour suivre ma propre voie. Aujourd’hui, le club me donne une nouvelle chance. J’en suis très fier et très heureux. »
Et celle-là, il ne l’a pas laissé échapper, comme en témoigne la saison pleine réalisée avec les Blaugrana. Jordi Alba s’est fondu dans le collectif comme s’il y avait toujours évolué. Ce petit est devenu immense.

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