Équipe de France

Hugues Occansey, toutes griffes dehors

« Hugues, c’est un ours », disait affectueusement Jacques Monclar, son coéquipier à Limoges lors de l’acquisition du titre de champion de France 1988. Pendant deux décennies, Occansey aura tout connu – joies et déboires – en club comme en équipe de France. Reconverti entraîneur, il coache actuellement en Troisième division.

« Hugues, c’est un ours. » Quand Jacques Monclar parle de son ailier, il se fait tout miel. Hugues, c’est avant tout, en ce début de décennie 90, la force tranquille d’Antibes. Son look, sa démarche, sa voix grave, ses rares sourires (vous avez déjà vu un ours sourire ?) respirent le calme et la sérénité. Ce solitaire est plus qu’un champion, c’est un homme qui a atteint une certaine plénitude dans sa vie.
Hugues et Jacques ? Déjà cinq ans qu’ils sont complices. Partenaires à Limoges, ils débarquent ensemble, en 1988, sur les rives de la Méditerranée. « Black Jack » est devenu le grand sachem du club, Hugues conduit la danse des braves sur le terrain. Après avoir gagné le titre ensemble à Limoges (en 1988 toujours), ils ont hissé l’Olympique d’Antibes Juan-les-Pins sur la plus haute marche du podium en 1991. Chez les « Indiens » d’Antibes, chacun a son surnom. Celui d’Occansey : « Ours qui fouine ». Il déteste mais ça fait marrer ses potes. Pas ses adversaires qui ont bien du mal à le contenir. Hugues est tout simplement devenu le n°1 du basket français. Ce n’est pas seulement un gorille, il possède de bonnes mains et un vrai sens de l’attaque.
« Hugh Hugues ! » A peine le temps de lui dire bonjour qu’il a déjà posé son empreinte sur le match. Nette comme un coup de griffe. Réveiller l’ours qui dort est une grave erreur. Occansey se lèche les babines sur tous les parquets de l’Hexagone. Grizzly par son père, ours polaire par sa mère, il a transformé le cap d’Antibes en banquise. Sous le soleil de la Côte « d’usure », pas question d’hiberner. L’ambition est de retour. Le talent n’a plus le temps de congeler.
Et pourtant, la story d’Occansey, natif de Moyeuvre-Grande (Moselle), débute à… Graffenstaden, en Alsace. La région d’origine de sa môman. Enfance classique. Vie de quartier avec ses copains, sa sœur, ses frères et I’absence. « Mon père est retourné au Togo quand j’avais cinq ans. Depuis, il vient nous voir régulièrement. »
« Huggy l’ourson » va faire seul l’apprentissage de la vie. A 8 ans, après deux années de foot – « Je n’avais pas un niveau terrible » -, un copain l’emmène au basket. « J’étais doué, apparemment… Et ça m’a plu. »
Son premier entraîneur est un jeune espoir du club, un certain Grégor Beugnot (tiens, tiens). L’année suivante, son entraîneur s’appelle Francis Jordane (tiens, tiens bis). Les années passent, la passion grandit… et anéantit la motivation scolaire. « Je n’aimais pas trop l’école. J’étais fainéant. En fait, j’attendais d’avoir 16 ans pour pouvoir arrêter mes études. »

« Quand ça va mal, tu découvres tes vrais amis »
Il fait son choix et intègre le centre de formation de Limoges. L’un des premiers créés en France. Celui qui fait référence : dans la première promotion, tous sont devenus joueurs professionnels. On lui promet la lune. Avec lui, tout semble facile.
« On a bossé comme des fous. Peut-être trop. On connaissait l’infirmerie par cœur. Moi, j’avais souvent des problèmes, notamment des tendinites. Mais si je ratais des entraînements, j’avais 100 balles d’amende (ndlr : 15,24 euros). Comme je gagnais 300 francs (45,73 euros) la première année et 700 francs (106,71 euros) la deuxième, tu vois le tableau… »
Six ans à Limoges, trois titres de champion (1984, 85, 88), une Coupe des Coupes (1988), un Tournoi des As (1988). Une vraie tranche de vie, faite de bons et de mauvais souvenirs. Mais surtout un apprentissage du basket – au poste 3 – et des hommes. « J’avais des qualités naturelles en termes d’appuis. J’ai vachement bossé les fondamentaux. C’est la base de tout. »
« Hugues a acquis une culture basket qui explique son niveau actuel, expliquera plus tard Jacques Monclar. Il a côtoyé de grands joueurs et a toujours été en contact avec le plus haut niveau. »
Voilà pour le positif. Le reste ? Des blessures, des coups de blues, de la banquette… « Quand ça va mal, tu découvres tes vrais amis. A Limoges, j’ai aussi découvert ta musique. J’avais un album en projet avec des copains de là-bas. Un truc sérieux. »
Du côté d’Antibes, dans sa tanière de l’arrière-pays cannois, l’ours se veut mélomane. Une pièce a été aménagée avec tout le matériel nécessaire pour effectuer une maquette : batterie, synthé, ordinateur et un 8 pistes. Ses créations s’écoutent sans déplaisir. Le jeune homme a des idées. Mais la passion basket est dévoreuse de temps et du temps, il risque de ne pas trop en avoir en cette année 1991. Championnat, Coupe d’Europe, mariage avec Claudine en novembre, naissance d’un bébé en décembre et l’équipe de France, avec les Jeux Olympiques de Barcelone en toile de fond. « Jusqu’à présent, les J.O., pour moi, ça se résumait à passer mes journées et mes nuits devant la télé. Maintenant, j’ai une chance de pouvoir y participer. On verra bien. »
Et si d’aventure, le Magic français – car lui aussi sait tout faire sur un terrain – rencontrait le vrai ? « Arrête ! Le rêve… C’est vrai que je préfère Magic à Michael. Pour tout ce qu’il fait et surtout pour son esprit du jeu. »
S’il ne l’a pas particulièrement copié, Hugues Occansey, Grande Ourse parmi les étoiles du basket tricolore, a au moins appris sa philosophie : « Je préfère devenir champion qu’être élu meilleur joueur du championnat. »
De Jeux, finalement, il n’y eut point puisque l’équipe de France ne fit pas le voyage en Catalogne. Hugues quitta Antibes en 1993, deux ans après l’obtention d’un quatrième titre de champion. Il transita par Montpellier, Lyon, Limoges à nouveau, Peristeri (Grèce), Valence, Evreux et Strasbourg où son parcours s’acheva en 2002. Il se lança alors dans une carrière d’entraîneur et présida pendant deux saisons aux destinées du CSP, entre 2004 et 2006.
Après avoir coaché l’Etendard de Brest en Pro B, Occansey s’occupe désormais de l’ADA Blois Basket, en Troisième division. Il est classé 7e meilleur marqueur de l’histoire de la Pro A (4 732 pts) et 30e meilleur passeur (927 pds). Il compte 83 sélections (769 pts) en équipe de France, étalées sur une décennie, de 1985 à 95. A son crédit aussi, trois titres de meilleur marqueur français de Pro A, en 1992, 94 et 2001. Six fois All-Star, il fut désigné MVP de la rencontre en 1992.

Christophe DEROLLEZ / MONDIAL BASKET

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