Équipe de France

Hugo Lloris : « Il y a un goût amer qui ne s’en va pas »

Le capitaine des Bleus refait le match de l’année 2016 avec lucidité mais sans complaisance. Parce que derrière l’image lisse et discrète, celui qui est devenu Hugo le Boss chez les Spurs ne prend pas de gants.

PLANETE FOOT : Avant toute chose et puisqu’on referme 2016, peux-tu nous expliquer ton arrêt magique (voir encadré), qualifié « d’arrêt de l’année » contre le Bayer Leverkusen en Ligue des champions (0-0, le 18 octobre à la BayArena) ?
Hugo LLORIS :
La vérité, c’est que Chicharito (Hernandez, l’attaquant mexicain du Bayer) aurait dû marquer sur ce coup-là ! Quand on est gardien de but, on a l’obligation de toujours y croire, même quand la situation paraît désespérée. C’est vrai que les cages sont larges et que je ne suis pas très grand. Alors, je dois être rapide. Même quand tout paraît terminé, l’attaquant peut toujours manquer son tir. C’est ce qui s’est passé à Leverkusen. Après, je suis en bonne position pour réagir et donc agir. J’ai aussi eu besoin d’un peu de chance. Le ballon reste dans mes gants au lieu de filer derrière la ligne. Voilà, c’est un bon arrêt pour moi et un arrêt important pour l’équipe puisqu’il nous permet de rester dans le match. Nous sommes repartis avec le point du nul sur ce coup-là.

PF : Mais Tottenham n’a pas franchi le cut du premier tour en Ligue des champions. Comment expliques-tu cette élimination de la C1 ?
H.L. :
La Ligue des champions, c’est la compétition la plus difficile. Chaque match est un peu comme une finale. On parle de la phase de poules mais à chaque rendez-vous, c’est comme si c’était le dernier. La vérité, c’est que nous n’avions peut-être pas un effectif assez étoffé cette saison pour prétendre à autre chose. On verra en Ligue Europa, le chemin peut être long et bon. Nous devons apprendre de cette élimination, nous en servir pour la prochaine campagne. J’espère que nous reviendrons.

PF : En Angleterre, tu es considéré comme le meilleur gardien du championnat. Mauricio Pochettino parle de toi comme d’un « fantastique ». Ça va, les chevilles ?
H.L. :
C’est toujours agréable mais ce n’est pas une fin en soi. Le foot, a fortiori au plus haut niveau, a fortiori quand on est gardien, c’est une remise en question quotidienne. En plus, en Angleterre, chaque rendez-vous constitue un événement. Aussi bien à Manchester qu’à Bournemouth. Il y a une culture foot dans ce pays et une excitation par rapport à cette Premier League qui sont juste incroyables. Quand on le vit de l’intérieur, c’est assez prenant. A la période des fêtes, par exemple, pour le Boxing Day ou le premier match de l’année, le lendemain du réveillon, on traverse des villes fantômes. Il n’y a personne dans les rues, nulle part. Tous les stades sont pleins. Les familles entières viennent pour voir le match. C’est la tradition, c’est comme ça. Et ça donne une atmosphère particulière et supérieure.

PF : En 2016, tu as dépassé ton sélectionneur, Didier Deschamps, au nombre de matches disputés avec le brassard de capitaine de l’équipe de France autour du bras…
H.L. :
C’était en plein milieu de l’Euro et j’avais dit, à l’époque, que c’était anecdotique. Parce que j’étais complètement dans la compétition. Si on ne me l’avait pas précisé, je ne m’en serais pas rendu compte. Bien sûr, c’est toujours plaisant, ça signifie une certaine régularité. Mais ce qui me préoccupait, c’était d’aller le plus loin possible dans la compétition. Aujourd’hui encore, je n’ai pas envie de me comparer à Didier Deschamps ou à Michel Platini. Moi, je n’ai gagné aucun titre avec l’équipe de France.

PF : Avec le recul, que gardes-tu de ce 10 juillet 2016 ?
H.L. :
Un goût amer. Il ne s’en va pas. Il est là. Il faut vivre avec. Jouer une phase finale en France avec l’équipe de France, cela n’arrivera plus à notre génération. Là, nous disputions une finale chez nous. Et il nous manque quelque chose, de la réussite ou de l’efficacité ou les deux. Mais nous étions bien meilleurs que les Portugais.

PF : Au moment où Ronaldo se blesse…
H.L. :
(Il coupe) Il a cassé le rythme. Sur le terrain, c’était très énervant. C’est un immense joueur, j’ai beaucoup de respect pour lui mais il a vraiment cassé le rythme du match, du jeu. Quand il est sorti, ils se sont mis à défendre à onze. Ils sont devenus encore plus solides.

PF : Quel est le regard du capitaine sur ses Bleus, en cette fin d’année ?
H.L. :
Nous avons une ossature bien installée et ce, depuis quelques années. Après un Euro réussi, il a fallu se remettre au travail. On a évacué pour mettre la Coupe du monde au centre de nos attentions. C’est notre objectif.

PF : On sent, autour de l’équipe, une dynamique, de l’allant et de bons sentiments. Tu confirmes ?
H.L. :
Nous avons la chance d’avoir des supporters qui viennent, qui nous suivent. On veut se surpasser pour le maillot bleu, je pense que les gens l’ont compris. L’exemple vient toujours du terrain. On se sent soutenus, portés, c’est vrai. Ça nous donne encore un peu plus de motivation. Nous sommes bien partis dans cette phase de qualifications mais il ne faut rien lâcher.

PF : Malgré le match nul initial concédé en Biélorussie, en septembre. Avez-vous eu peur ?
H.L. :
Non. Ce n’était pas la meilleure façon de démarrer, parce qu’il faut prendre des points pour ne pas se mettre en difficulté, mais on ne doute pas à la suite d’un match comme celui-là. Surtout, on ne devait pas s’endormir après l’Euro. Ce nul n’était pas catastrophique. Néanmoins, il fallait s’affirmer et enchaîner des victoires. C’est ce que nous avons été capables de réaliser avec notamment une bonne victoire contre la Bulgarie, un match au cours duquel on a su faire la différence mentalement, revenir au score et passer devant, en mettant de la vitesse et de la fluidité dans notre jeu. Il y a toujours des choses à améliorer mais lorsqu’on met ça en place, ça devient difficile de nous jouer.

PF : Et puis il y a eu Amsterdam. Une victoire comme un signal, l’idée que l’équipe de France maîtrisait son sujet de bout en bout…
H.L. :
On a répondu présent en réalisant une grosse performance collective. On a été très sérieux. Aux Pays-Bas, nous méritons les trois points. Je trouve qu’on dégage plus de maturité que par le passé. C’est normal, on engrange de l’expérience. Il y a l’Euro mais il y a eu la Coupe du monde au Brésil aussi. Ça fait pas mal de temps qu’on avance ensemble. Là, c’est vrai, on l’a ressenti. Un match comme ça est fondateur, il faut s’appuyer dessus. Féliciter tout le monde parce que les Néerlandais ont poussé jusqu’au bout. On a été très solides derrière. C’est une victoire qui nous a fait énormément de bien. On en est très satisfaits, surtout de l’état d’esprit.

PF : Avec ce nouveau statut de vice-champion d’Europe, tu trouves que le regard porté sur vous a changé ?
H.L. :
Oui, ne serait-ce que dans les commentaires des autres ou dans le comportement des équipes qui nous rencontrent. Mais c’est difficile de comparer. Une Coupe du monde est différente d’un Euro. Là, nous sommes dans une phase qualificative. Il faut passer par là pour accéder au must. L’écart s’est réduit entre les nations, on le sait aussi. On doit être focalisés sur nous.

PF : Quand on entend « Le groupe vit bien », ça veut dire quoi, sans langue de bois ?
H.L. :
(Il sourit) Le plus important reste le terrain. Nous sommes dans une phase qualificative, donc il faut prendre des points. Mais au-delà de ça, cela signifie que nous sommes tous contents de nous retrouver, de partager des moments ensemble. On échange, on parle de nos vies, d’autre chose que du foot. On est bien ensemble, c’est juste un constat, la vérité. Il ne s’agit pas d’un écran de fumée. Aujourd’hui, la base est beaucoup plus solide que par le passé. Nous avons des joueurs réguliers, qui ont l’habitude de venir en équipe de France. Il existe un socle avec des leaders, des cadres, des jeunes. Les bons résultats conditionnent l’ambiance. On regarde devant.

PF : Est-ce que sur le terrain, c’est l’équipe de France la plus forte dans laquelle tu aies évolué ?
H.L. :
Il ne faut pas tout résumer à un, deux ou trois matches. Je n’en sais rien. Mais je sais que nous sommes plus matures, plus costauds dans la gestion de l’événement.

PF : Comment le gardien de but juge-t-il sa défense ? La montée en puissance de Laurent Koscielny ? Le renouveau des couloirs ?
H.L. :
C’est l’ensemble de l’équipe qui est très bien défensivement. Lolo (Koscielny) démontre son importance depuis un bout de temps maintenant. Pendant l’Euro, il a pris ses responsabilités en l’absence de Raph (Varane). Il y a Djibril (Sidibé) et Layvin (Kurzawa) qui sont là depuis septembre. Ils restent de jeunes joueurs, c’est un peu plus dur pour eux parce qu’ils démarrent à peine mais s’ils sont là, il n’y a pas de secret. On a l’impression de ne laisser que des miettes à l’adversaire. Défensivement, c’est très solide.

PF : L’après-Euro a aussi été marqué par la non-sélection de Patrice Evra puis son retour pour affronter la Suède…
H.L. :
Pat est toujours un joueur important de l’équipe de France. Les décisions appartiennent au sélectionneur. C’est un joueur qui compte dans le vestiaire, un leader. Son absence permet aussi à d’autres de s’exprimer. Les choses se font naturellement. C’est aussi comme ça que les générations avancent. Nous ne manquons pas de joueurs cadres.

PF : Et l’intégration de Kevin Gameiro…
H.L. :
Il a toujours été très performant. Il l’était en France, il l’est en Espagne. Aujourd’hui, il bénéficie de sa complicité avec Antoine (Griezmann) à l’Atlético Madrid. Ils ont des repères tous les deux. La sélection peut en profiter, tant mieux. Mais je le répète, c’est le sélectionneur qui décide.

PF : L’année 2016 s’est aussi déployée sans Karim Benzema pour l’équipe de France. Et 2017 ?
H.L. :
Karim, bien sûr que je le suis, il joue dans l’un des meilleurs clubs du monde. Mais encore une fois, la décision appartient au président et au sélectionneur. Nous, les joueurs, sommes concentrés sur une tâche : emmener les Bleus en Russie. On avance.

L’arrêt de l’année contre le Bayer
C’était le 18 octobre, sur la pelouse de la BayArena. Lors de la troisième journée de la Ligue des champions, Tottenham rapporte un point de son déplacement à Leverkusen et les Spurs peuvent remercier leur gardien. A la 48e minute, Hugo réussit un miracle sur sa ligne. Face à Chicharito Hernandez, à bout portant, presque touchant, il s’est jeté, a roulé autour du ballon et a préservé sa cage inviolée. C’est la goal-line technology qui l’a dit : le ballon n’a pas franchi entièrement la ligne de but. Un réflexe incroyable qualifié d’« arrêt de l’année » par beaucoup, notamment dans la presse britannique.

A Tottenham, c’est Hugo le Boss
Pour Eric Dier, le défenseur central des Spurs, c’est clair, il n’y a pas meilleur que Lloris ! « Bien sûr, il est le meilleur gardien du championnat. Il est vraiment sous-coté. Je ne comprends pas pourquoi, peut-être parce qu’il s’agit de quelqu’un de discret. Hugo, c’est un gars fantastique. Pas seulement en ce moment. La saison passée, il avait également effectué des arrêts fantastiques. Je ne pense pas qu’il y ait meilleur que lui à son poste, sincèrement, mais c’est mon avis et le football est un jeu d’opinions, c’est bien connu. » Mauricio Pochettino, le coach des Spurs, partage en tout cas la même que Mister Eric. « Hugo est fantastique ! Nous avons une chance incroyable de l’avoir. » Hugo Boss, c’est vrai que ça sonne bien.

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