Équipe de France

Hatem Ben Arfa : « C’est ma renaissance »

Il est, depuis le début de sa carrière, un joueur hors normes. Il était l’année dernière un joueur hors-jeu. Interdit de football. Il revient de nulle part. Hors du temps, peut-être assez tôt pour l’Euro. Interview hors cadre.

PLANETE FOOT : Hatem, il y a un an, tu n’étais plus footballeur. Six mois sans jouer. As-tu pensé tout plaquer ?
Hatem BEN ARFA :
 Cet arrêt est intervenu contre ma volonté. Après plusieurs mois très durs à Newcastle et Hull déjà, on m’a empêché de faire mon métier et au moment où je pensais repartir, on a interdit mon transfert à Nice. C’était vraiment difficile. J’ai vécu l’enfer. Les semaines filent, je me dis que je suis en situation d’échec total mais que je ne veux pas finir ma carrière avec des regrets. J’étais frustré.

PF : Et boum, à Nice, en quelques matches, quelques semaines, tu te retrouves au sommet de la Ligue 1. Est-ce qu’à l’inverse, ce retour au premier plan hyper rapide t’a surpris ?
H.B.A. :
Oui, j’ai été surpris de revenir à ce niveau de forme. Je n’avais plus aucun repère après toute cette période sans jouer.

PF : C’est l’esprit de revanche qui a tout emporté ?
H.B.A. :
Non, pas du tout, je n’ai jamais eu aucun esprit de revanche par rapport à ça. Cela a été une énorme déception pour moi mais c’est du passé. Ça fait partie de la vie, de ma vie. Dans chaque carrière, il y a des hauts et des bas. C’est mon cheminement. J’ai 28 ans, je continue la route.

PF : Quel rôle tient Claude Puel dans ce retour au sommet ?
H.B.A. :
Le coach, c’est quelqu’un qui compte beaucoup. Il m’a accompagné, depuis le début, et il m’accompagne toujours. On travaille souvent ensemble, il me prend comme je suis, on discute énormément. Il a envie de me faire progresser. Et de mon côté, je suis vraiment très content de travailler avec lui. Claude Puel n’est pas dans le paraître. Sa priorité, c’est l’évolution de ses joueurs. Pour l’OGC Nice, c’est un trésor ! Je crois qu’il aime vraiment ses joueurs. Sans lui, c’est clair que je ne serais pas revenu aussi vite. Il tient une grande part dans ce qui m’arrive cette saison. Il met sans cesse l’accent sur mes points forts. Je crois que si je l’avais connu plus tôt dans ma carrière, je ne serais pas le même joueur aujourd’hui.

PF : Que penses-tu de la Ligue 1, que tu retrouves cette saison, après l’avoir quittée lors de ton départ de l’OM en 2010 ?
H.B.A. :
C’est vraiment très différent de la Premier League. C’est difficile parce que les défenses sont toujours très resserrées et très basses. C’est un championnat bien plus relevé que ce que beaucoup de gens peuvent penser. Moi, sur le terrain, j’éprouve beaucoup de difficultés à m’exprimer. Bien plus qu’en Angleterre, en tout cas, où les équipes jouent plus vers l’avant et où, donc, on peut plus vite se projeter dans le dos des défenses. Il y a beaucoup plus d’espaces en Premier League qu’en Ligue 1.

PF : Ton retour en équipe de France, en novembre dernier, t’a-t-il lui aussi surpris ?
H.B.A. :
Surpris, oui, un peu mais il m’a rendu heureux, tellement heureux ! Ça a été beaucoup de travail pour moi. Beaucoup d’événements sont arrivés dans ma vie, j’ai eu pas mal de coups durs, alors oui, j’ai pris ce retour comme une récompense. C’est un peu comme quand on est enfant, avec ses parents. Quand on se comporte bien, on est récompensé. Mon retour en équipe de France, c’est ma récompense.

PF : Tu es surtout un électron libre à Nice. Chez les Bleus, à quel poste te sens-tu le plus à l’aise ?
H.B.A. :
L’équipe de France joue en 4-3-3. C’est un système dans lequel j’ai joué à Lyon, à Marseille aussi avec Didier Deschamps. J’y ai plus joué à droite, j’aime bien. Mais je peux aussi le faire à gauche.

PF : Ça faisait longtemps que tu n’étais pas revenu au Château de Clairefontaine. A-t-il changé ?
H.B.A. :
Oui, tellement de choses ont bougé, il y a beaucoup de travaux à Clairefontaine en général et il y en a eu beaucoup au Château aussi. La salle des kinés a complètement changé. Le premier soir, quand je suis allé aux toilettes, je me suis perdu ! Bon, j’ai vite retrouvé mes repères et puis je connais pas mal de monde en équipe de France, ça aide.

PF : Clairefontaine, cela a été le symbole de ta notoriété, de ta réussite (à travers le documentaire « A la Clairefontaine » qui retraçait le parcours de certains pen­sionnaires de la promotion d’Hatem). Est-ce, aujourd’hui pour toi, le symbole de ton retour au premier plan ?
H.B.A. :
Le symbole, je ne sais pas mais je suis sûr d’une chose : pour moi, c’est une renaissance après six mois sans jouer, sans être footballeur. Retrouver l’équipe de France après quelques semaines de compétition m’a donné la certitude qu’avec le travail, tout pouvait arriver. J’en étais convaincu, sinon je n’aurais pas réussi à me maintenir à flot. Mais là, j’en ai la preuve.

PF : Qui est ton modèle chez les Bleus ?
H.B.A. :
Zidane ! Zinédine Zidane. Mais je pense qu’il n’est pas seulement un modèle pour les joueurs français.

PF : Est-ce que tu te projettes ? Penses-tu à l’Euro ?
H.B.A. :
Oui et non. C’est tellement long, une saison. Il peut se passer tellement de choses et tellement vite, jusqu’au dernier moment. L’objectif, c’est d’abord de me concentrer sur ce que je fais, sur ce que je donne sur le terrain.

PF : Avec l’absence de Karim Benzema, tu es le seul représentant de la fameuse génération 1987 en équipe de France cette saison. Pourquoi ?
H.B.A. :
Le chemin est long et difficile dans le foot. Quand on est jeune, on ne s’imagine pas à quel point c’est dur, tout ce qu’il y a autour, qui se greffe, qui gonfle et qui peut prendre de plus en plus de place. Réussir dans la durée, rester en haut, c’est très, très dur. Mais bon, la génération 1987… J’ai 28 ans, elle a 28 ans. Ce n’est pas encore fini. Il reste du temps.

PF : Depuis ton début de saison fracassant, quel est ton but préféré ?
H.B.A. :
Je dirais celui contre Rennes (ndlr : le 18 octobre, Rennes-Nice 1-4, 10e journée) parce que cela a été un match où on s’est senti vraiment bien collectivement. C’est un but (il dépose Sylvain Armand, avec une feinte et un crochet intérieur, puis une frappe du droit en angle fermé) mais c’est l’ensemble du match aussi. Et puis quand je suis sorti du terrain, j’ai reçu l’ovation du stade et ça, ça m’a vraiment fait chaud au cœur.

PF : Généralement, on accorde une seconde chance. Toi, tu l’as eue et tu ne l’as pas forcément saisie à l’Euro 2012, avec Laurent Blanc. On sait que Didier Deschamps accorde au moins autant d’importance aux talents du joueur qu’aux qualités de l’homme. Comment envi­sages-tu cette troisième chance ?
H.B.A. :
Je suis à la disposition de l’équipe de France. Je suis là pour donner le maximum à tous les niveaux, si le sélectionneur fait appel à moi, sur ou en dehors du terrain, pour aller chercher un titre. Pour que l’équipe de France aille le plus loin possible à l’Euro. C’est le plus important.

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