Étranger

Hamsik a (presque) remplacé le dieu Diego à Naples

L’homme fort de la Slovaquie, qui a mené son pays jusqu’en huitièmes de finale de son premier Euro, est aussi devenu une véritable icône à Naples, où il évolue depuis près de dix ans. Au point de faire de l’ombre au « Pibe de Oro » ? Presque. Attention parce qu’avec l’Iroquois, ça décoiffe !

C’était il y a quelques semaines, en plein cœur du mois de novembre. Interrogé par le « Corriere dello Sport », Marek Hamsik, crête au vent et tatouages en feu, s’était laissé aller à une déclaration d’amour aussi forte qu’enflammée. « Ai-je été proche de la Juventus, de l’Inter et du Milan par le passé ? Oui, je le confirme. Mais dorénavant, il est clair qu’il n’y aura pas d’autre équipe que Naples en Italie pour moi. Je crois même qu’il existe des possibilités pour que je termine ma carrière ici. Il s’agit d’une éventualité à laquelle je pense sérieusement. Je suis extrêmement heureux d’être là. » Et comme pour mieux corroborer ses propos, il avait, quelque temps plus tôt, le 6 août précisément, prolongé son contrat jusqu’en 2020 dans ce qu’il appelle « (sa) seconde maison ».
Sa toute première maison, elle était bien plus au Nord-Est, bien moins au soleil. Marek est né à Banska Bystrica, en Tchécoslovaquie, comme on disait alors. Il y a grandi les pieds collés à un ballon. « Franchement, assure son père Richard, il s’est toujours montré très à l’aise avec un ballon, depuis qu’il avait 3 ans peut-être. » Il ne signe pas sa première licence au Dukla Banska Bystrica, le club référence de la ville, mais chez le plus modeste Jupie Podlavice. Bon, ça ne change rien, le môme éclate tout et tout le monde sur son passage. Trop fort pour les petits copains.

111 buts en une saison chez les jeunes
A l’époque, il joue devant et n’en finit pas de claquer. A 11 ans, en 1998, il plante 16 pions au cours d’un même match ! Il finira la saison avec le total assez ahurissant, même chez les jeunes, de 111 buts. Forcément, cette réussite et ce talent en herbe ne manquent pas d’interpeller les plus grosses écuries dans ce qui est dorénavant devenu la Slovaquie. C’est le prestigieux Slovan Bratislava qui se montre le plus pressant. Problème : il n’est pas autorisé à verser l’indemnité que réclame son club formateur. L’histoire raconte alors que ce sont les parents du jeune Marek (15 ans à l’époque) qui auraient payé la somme en vendant leur Skoda.
Le père ne dément pas et dit encore ceci : « Chaque parent veut le meilleur pour ses enfants. Nous avons toujours encouragé les nôtres à faire du mieux qu’ils pouvaient dans le sport. Lui était vraiment doué pour le foot, alors avec ma femme, on s’est dit qu’on ferait notre possible pour qu’il ait sa chance. On lui a demandé s’il voulait franchir cette nouvelle étape, il nous a répondu : « Oui. » A partir de là, nous avons décidé de consentir tous les sacrifices pour l’aider à percer dans cette voie. De toute façon, s’il échouait à Bratislava, il pouvait rentrer, à tout moment, à la maison. » La question ne se posera jamais. L’oisillon a quitté le nid, il n’y reviendra plus. Dans la capitale, il va brûler les étapes dare-dare. Tout juste 17 ans et le voilà qui dispute ses premiers matches avec les pros (6 rencontres, 1 but).
L’aventure avec le Slovan est partie fort, elle va s’arrêter net. En janvier 2005, les Italiens de Brescia, qui ont des scouts au nez plutôt fin – ce sont déjà eux qui, les premiers, avaient repéré le talent du tout jeune Andrea Pirlo et l’avaient lancé dans le grand bain pro – se pointent et mettent un chèque de 500 000 euros sur la table, avec un contrat de cinq ans pour le surdoué. Il n’a que 17 ans, ne parle pas un mot d’italien mais fonce, sans états d’âme.

Une relégation pour sa première saison en Série A
A 17 ans et 236 jours, Hamsik effectue ses débuts en Série A contre le Chievo Vérone. Cela n’empêchera pas la relégation du club à la fin de la saison. Les deux années suivantes, c’est donc à l’échelon inférieur qu’il va évoluer. Il y gagne ses galons de titulaire et laisse mûrir son jeune talent. Milieu de terrain à la technique fine et au toucher soyeux, il excelle dans l’art de la passe décisive, marque aussi des buts et n’hésite pas à monter au pressing sur les défenses adverses. Une perle, en somme.
Rolando Maran, qui l’a coaché en Lombardie, en a plein la bouche. « Il s’agit du joueur le plus talentueux que j’aie entraîné. Il a tout fait pour y arriver et maintenant, il récolte ce qu’il a semé. » L’heure de la première sélection avec l’équipe nationale – après être passé par les U17, U19 et les Espoirs – a sonné (en février 2007 contre la Pologne, 2-2 en amical). L’heure du départ aussi !
A l’été 2007, le SSC Naples, qui retrouve la Série A, se montre le plus convaincant. Le jour de sa présentation, en compagnie d’un certain Ezequiel Lavezzi, futur Parisien, le président Aurelio De Laurentiis affirme : « Vous avez devant vous les deux futures stars du Napoli. » Un sacré duo en effet. Qui se transforme en trio infernal lorsque, plus tard, Edinson Cavani rejoint les Partenopei. Avec eux, le club va retrouver des altitudes qu’il n’avait plus côtoyées depuis les années d’or du roi Diego (Maradona pour ceux qui ne suivent pas).

Sa fidélité critiquée par… son ancien agent
Pas gagnant mais placé en championnat, invité au grand festin de la Ligue des champions et vainqueur de la Coupe d’Italie en 2012. On peut aussi y ajouter la Coupe d’Italie et la Supercoupe 2014. Enfin, pour Hamsik car entre-temps, Lavezzi (2012) et Cavani (2013) ont pris la poudre d’escampette, direction Paris et ses lumières. Cette fidélité lui vaut, outre le fait de porter le brassard de capitaine, l’amour indéfectible et sans limite du stade San Paolo, transi de passion pour son chouchou à la crête saillante et aux saillies dévastatrices sur le terrain.
Seul bémol dans ce concert de louanges, la réaction de son ancien agent, le très, très, vraiment très influent Mino Raiola, qui a l’habitude de se faire de sacrés bonus sur les transferts de ses poulains les plus forts. Avec Marek, ça n’a pas marché et ça l’a franchement agacé. « Hamsik, disait-il, est un garçon spécial qui a une philosophie que je respecte, même si je ne la comprends pas. Un joueur ne doit pas renoncer à s’améliorer. Celui qui jure fidélité ne veut pas avancer. Regardez Francesco Totti à l’AS Rome (ndlr : où il a effectué toute sa carrière professionnelle, de 1992 à 2017), quel sens cela peut-il avoir, pour un champion, de rester ad vitam dans le même club ? »
Bon, pour être honnête, il y a bien eu une fois, quand même, où on a pu imaginer que le Slovaque quitterait les Azzurri. C’était en 2011 et c’était pour rejoindre l’AC Milan. Là, c’est Silvio Berlusconi qui avait reculé au dernier moment. La raison ? C’était peu avant des élections et « Il Cavaliere » avait craint très fort – et sans doute à raison – que ce transfert vaille en représailles, à son parti, d’essuyer un échec cuisant à Naples, dans cette ville raide dingue de foot. Hamsik, sa crête et ses tatouages sont donc restés en Campanie.

Victime de deux car jackings
Rien ne l’a rebuté, pas même les deux car jackings dont il a été victime en 2008 et 2013, avec vitre de sa voiture cassée, pistolet sur la tempe et vol des objets de valeur qu’il portait sur lui. Il a ce maillot dans la peau. Si le souvenir de Diego Maradona murmure toujours à l’oreille des fans, c’est bien lui, leur héros des temps modernes. Meilleur passeur décisif du Calcio en 2013 et 2015, il a aussi atteint – et depuis dépassé – la barre des 100 buts avec le Napoli en septembre dernier. Ce qui est loin d’apparaître comme une performance anodine pour un… milieu de terrain. « Ce nombre énorme de buts me rend vraiment fier, vu le poste que j’occupe. J’essaie toujours de travailler pour l’équipe et de faire ce que le coach me demande. Après, si je peux aussi planter des buts, c’est juste fantastique. »
Mieux : son idole, celui qu’il a toujours admiré, Pavel Nedved, l’a carrément adoubé. « Je considère Marek comme mon héritier, a expliqué l’ancien meneur de la Juve. Il est le footballeur qui me ressemble le plus en termes de caractéristiques et de style de jeu. » De quoi faire rougir de plaisir l’Iroquois.
En équipe nationale aussi, son influence va devenir de plus en plus importante, avant de l’imposer définitivement comme élément indispensable. Pour la première phase finale d’un Mondial – il s’est fait tatouer la date de la qualif’, 14/10/2009, sur le bras – pour la « Repre » (le surnom de la sélection), en 2010 en Afrique du Sud, il s’offre, avec ses partenaires, une victoire de prestige 3-2 contre l’Italie en phase de groupes. Avant de céder, par la plus petite des marges (2-1), en huitièmes de finale devant les Néerlandais.

Le bonheur en sélection
Lors des éliminatoires de l’Euro 2016, il termine meilleur buteur de son équipe (avec cinq réalisations) qu’il porte jusqu’à une nouvelle qualification historique, pour l’Euro, donc, cette fois. Et le spectacle ne fait que commencer. En France, Hamsik a illuminé la compétition de son talent. Déjà inspiré mais sans réussite face aux Gallois, pour la première rencontre de poule, le grigou boute carrément les Russes dehors quelques jours plus tard. D’abord en adressant une incroyable ouverture de 30 mètres à Vladimir Weiss, qui signe le premier but. Ensuite en mettant dans le vent Oleg Shatov d’un tranchant crochet extérieur, suivi d’un amour de frappe enroulée qui fait tilt (victoire 2-1).
Si, une nouvelle fois, l’aventure s’est arrêtée au stade des huitièmes, les Slovaques n’en ont gardé que le meilleur. A l’image du coach, Jan Kozak. « Vous avez vu ce qu’a réalisé Marek, s’enthousiasme-t-il. Il s’agit d’un leader d’expérience et d’un joueur collectif, qui se donne toujours à 100%. Et son toucher de balle est carrément exceptionnel. Il y a peu de joueurs dans le monde qui ont ce toucher. » Il va encore rougir, l’Iroquois.
« L’entraîneur me laisse beaucoup de liberté, répond l’intéressé, et j’essaie d’en tirer profit au mieux. Cela prouve qu’il a confiance en mes qualités. J’ai davantage de responsabilités et je dois assumer. » Cela ne lui a jamais fait peur. De toute façon, dès qu’il se retrouve avec un paletot bleu sur les épaules, celui du Napoli ou celui de la Slovaquie, il entre en transe. Et comme dans un état de lévitation. Et devinez quoi ? Son ciel est toujours tout bleu.

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