Équipe de France

Freddy Hufnagel, le Gascon de France

Freddy Hufnagel fut le meneur emblématique de l’Elan époque Moutète. Il mit un terme à sa carrière en 1996 après avoir remporté un troisième titre de champion de France dans le Béarn.

Son regard est perçant et sa voix résonne comme un 33 tours vinyle (les accros à l’iPod se renseigneront sur ce curieux objet d’un autre temps). Rock’n’roll attitude. Un cinoche à lui tout seul, ce « Huffy ». Des dialogues dignes du best of de Michel Audiard sur fond de saxo, de gratte électrique et de piano wawa. Avec lui, il faut faire le choix du scénario et de la zik. On a tout dit sur ce surdoué. Tout et n’importe quoi. Génial ou destroy ? Qu’importe, Frédéric Hufnagel est une légende. Et on l’aime. Parce qu’un jour ou l’autre, tout au long de sa brillante carrière, il nous a fait rêver. Atypique ? Il crache dans le micro : « Les marginaux dans ce milieu, ce sont les autres, pas moi. »
Comme un vieux chasseur de palombes, Freddy n’aime pas gaspiller ses munitions. Envoyez la bande-annonce, déroulez le palmarès. Vous comprendrez… et vous aimerez. Freddy Hufnagel, 35 piges en cette année 1995-96. Débuts en Pro A en 1978 avec l’Elan Béarnais d’Orthez, un petit club qu’il contribue à hisser parmi l’élite du Vieux Continent. Il y remporte une Coupe Korac (1984), deux championnats de France (1986, 87 avec deux lancers francs à quatre secondes de la fin pour assurer une victoire 82-81 sur Limoges dans le match d’appui), un Tournoi des As (1991). Il est aussi élu meilleur joueur français en 1987. Quelque chose à redire ? C’est fort ! L’histoire d’amour prend fin en 1990 lorsqu’il signe pour le Racing Paris. L’incorrigible y restera trois saisons. Après un petit crochet par Levallois, il accepte une mission risquée en division inférieure, à La Rochelle. Mais le risque, il aime ça.

« Mon père tenait un bistrot. Certains soirs, c’est le bistrot qui le tenait… »
Un dimanche, alors qu’il est peinard chez ses parents, un coup de fil le tire de son oisiveté. « C’était Pierre Seillant, le président de Pau. Il me dit : « Tu reviens chez nous. » Je lui ai répondu que s’il n’avait que des conneries à me raconter, ce n’était pas la peine de me déranger. Là, il m’a filé un numéro de téléphone pour joindre Michel Gomez. Je l’ai contacté. La discussion a été longue. Je n’ai pas pu dormir de la nuit… »
Freddy is back. Retour du fils prodigue. Incarnation des vestiges du passé, « Huffy » revient subitement dans la lumière pour symboliser le prestige de la tradition béarnaise. A déguster avec l’accent chantant du Lot-et-Garonne, dans une version rock de Francis Cabrel. « Je suis Gascon avant d’être Français ! », dit-il. La stéréo est branchée. L’amplificateur aussi. Bienvenue à Freddyland. « Je suis né à Villeneuve-sur-Lot. J’ai grandi à Seyches, un petit bled. Mon père tenait un bistrot. Certains soirs, c’est le bistrot qui le tenait… Ma mère était institutrice. Je suis né au bord d’un terrain de basket. Il y avait l’école, le panier, les potes et moi. »

4624204-6920559

Des touche-à-tout : foot, rugby, « baské » comme on dit là-bas. L’Union Sportive de Seyches finit par attirer l’attention. « J’avais 17 ans. Le président de Mont-de-Marsan a parlé de moi à Jean-Paul Cormy qui m’a fait monter à Paris pour un stage. » Nous sommes en février 1977. « J’ai fait ma valise. Dessus, ma mère avait scotché mon nom et la liste de mes affaires. Deux paires de chaussettes, trois slips, etc. J’ai débarqué à Paris, gare d’Austerlitz, avec mon K-way orange sur le dos. »

« Je sais où Seillant habite s’il veut m’arnaquer… »
Direction l’Insep. La pépinière accueille d’autres graines comme Richard Dacoury, Philip Szanyiel et Georges Vestris. Freddy n’a pas l’air au courant de ce qui se trame. « Eux avaient le look branché des années 80. Moi, j’étais un peu le paysan du Lot. Je sortais de mon bled, je ne me voyais pas en équipe de France. » Le bail ne fait que commencer. Pierre Seillant, en quête de bons crus régionaux, le piste à son insu. « Il est venu manger chez moi. Le soir-même, il m’emmenait voir Avignon-Orthez. » La signature n’était plus qu’une formalité. « Après mon premier entraînement, on a fait un gigantesque apéro avec beaucoup de chansons. Nous étions heureux d’être ensemble. »
Vous êtes dans l’Elan de Freddy où « basket » rime avec « fête ». La croisade des bons vivants prendra une autre tournure avec l’arrivée de George Fisher, coach américain. « On s’entraînait beaucoup plus. On commençait à parler de contrats pros. Moi, je n’ai jamais vu les contrats « signés » avec Pierre Seillant. L’accord était verbal. J’apposais ma signature au bas d’un papier, no problem. S’il veut m’arnaquer, je sais où il habite… »
La confiance berce les hommes du Béarn. Avec de bons moments puis des mauvais. Parfois, le paradis s’arrête à la porte. « Quand on a gagné la Coupe Korac à Coubertin, on a vécu un moment magique. Déjà, lors qualifications à Varèse, nous étions de trop dans le décor. On s’est pointés, certains portaient un short vert, d’autres un blanc… Il y avait des traces de terre sur les chaussures ! Notre aventure a commencé comme ça. » Freddy survole la saison 1983-84 avec une moyenne de 12.7 points et 49.3% de réussite aux tirs. On est aux prémices de la rivalité avec Limoges. Les capes en sélection deviennent régulières. « C’est la défense qui faisait ma force. Et puis j’ai véritablement progressé au niveau du tir. »

« Sortir du Béarn m’a fait découvrir mes vrais amis »
En 1986, l’Elan prend son envol en remportant son premier titre de champion de France. Hufnagel, héroïque, passe 9 paniers à 3 points à la défense du Real Madrid pour une victoire inoubliable en Espagne. Ce n’est qu’un début. Reims aura sa part du gâteau. Déchaîné un soir de novembre 1987, Freddy laisse une ardoise de 51 points. Cette saison-là, il est désigné meilleur joueur du championnat de France. Sa cote grimpe en flèche, on ne parle plus que de lui.

4624204-6920560

Mais Orthez rêve de s’émanciper. La menace d’un clash se précise. « C’était la dernière saison à la Moutète. Les gens étaient en colère. Saison galère. Fisher viré, sept Ricains ont défilé au club. Pierre Seillant avait la pression. Je me suis engueulé avec lui. Ça aurait été quelqu’un d’autre, je lui explosais la tête. Pour moi, Orthez, c’était fini. » Nous sommes en 1990. Direction Paris. La frime, le showbiz. Le basket aussi au Racing. « Ça ne se passait pas bien sur le plan du basket mais je menais une belle vie. Sortir du Béarn m’a fait découvrir mes vrais amis. »
Freddy fonde une famille et monte une affaire de golf avec ses potes. Le bonheur est dans le pré mais pas sur les parquets. En septembre 1992, il s’interroge. Pas besoin de décodeur avec ce déconneur de première, toujours délirant et toujours clair. « Les vacances ont été longues. J’ai attendu un maximum de temps pour connaître la situation du Racing Paris. Après que Mulhouse s’est désisté en Nationale A1 et que le Racing a sauvé sa place, j’ai voyagé un peu partout. Suède, France, Espagne. Je ne suis pas allé à Barcelone pour les J.O. J’ai suivi les Jeux à la télévision. C’est d’ailleurs le seul moment où je regarde tous les sports parce que d’habitude, la gym rythmique et surtout le jumping, ça me gonfle. Ah, le jumping ! J’attends avec impatience le jour où ce sera le cavalier qui portera le cheval… »

« Je sais ce que les gens racontent sur moi. La dope, le branleur, la grande gueule… »
« A part ça, les Catalans ont bien fait les choses, comme d’habitude, poursuit Freddy. J’aurais aimé jouer contre la « Dream Team » à Monaco, avec les Bleus (ndlr : durant la préparation de l’équipe américaine), mais je n’étais pas invité. Je suis heureux à Paris. Je promène ma fille Elsa et je me balade avec ma fiancée Karen. Je vois aussi mes potes rugbymen. Le matin, je me lève et j’écoute Jimi Hendrix. L’après-midi, je fais péter un Led Zeppelin. Le soir, retour à Jimi. Je me couche sur une sonate de « Led Zep ». Je lis un bouquin par mois pour ne pas perdre le sens des réalités. »
En 1993, Hufnagel se relance à Levallois. L’année d’après, il file à La Rochelle, titre de meilleur joueur français de Pro B à la clé. « Ils m’ont redonné une chance. Je jouais contre des jeunes qui voulaient se faire le vieux ! » Un coup de fil et c’est donc le retour à la case départ en 1995-96. Le dernier tour de piste. Une 13e et ultime saison avec Orthez, là où tout avait commencé en 1978. « J’ai un rôle précis : celui du garde-chiourme chargé d’épuiser les meneurs adverses avant que les potes ne viennent achever le boulot. Mais bon, 35 années, ça use… Je ne récupère plus aussi bien que par le passé. »
Le plus important était encore que « Huffy » vibre à nouveau. « Je suis bien. Je reste quelqu’un de convivial, simple et accessible. » Et que fais-tu de ta légende, Frédéric ? « Je sais ce que les gens racontent sur moi. La dope, le branleur, la grande gueule… Je m’en fous. Dans 15 ans, j’aurai 50 balais, plus personne ne viendra me voir. » Freddy n’aurait pas pu imaginer meilleure fin de carrière : Pau lui offrit un troisième titre de champion de France en battant l’ASVEL 3-2.

« Les jours de victoire, on finissait la soirée à genoux dans la sciure à imiter Hendrix »
Passé entraîneur, il enfila plusieurs casquettes (conseiller technique national, directeur d’académie, professeur de sport). Il coacha les espoirs de l’Elan (1996-98) puis Montpellier (1998-99) et Bayonne-Urcuit (2003-06). Il fit également un court passage au début des années 2000 au sein de l’encadrement de l’équipe de France, comme intendant des Bleus. « Cet ancien joueur de très haut niveau, devenu un entraîneur compétent et reconnu, sait appréhender tous les pièges d’une vie en sélection, racontait l’ex-sélectionneur Alain Weisz dans « Passion basket : Mémoires d’un coach » (éditions Ramsay). Homme délicieux et plein d’humour, il nous apporte sa convivialité, sa faconde, sa sensibilité, sa bonne humeur, si essentielles pendant les périodes de préparation. Au lendemain de la défaite du groupe contre Israël, il avait expliqué à chaque joueur qu’il n’était pas là pour s’occuper de losers mais qu’il tenait à accompagner des mecs bien équipés sur le plan « cojones ». »

4624204-6920561

L’international aux 103 capes fut également gérant d’un bar. Sa carrière chez les Bleus s’étala de mai 1981 à décembre 1989. Il signa son record de points (22) contre la Bulgarie lors de l’Euro 1985. Compétition qu’il disputa à cinq reprises. En décembre 1995, « Libération », sous la plume de Jean-Louis Le Touzet, résumait le personnage Hufnagel, « coincé entre ruralité orthézienne originelle et belles manières paloises du jour », « trait d’union caoutchouc entre un monde disparu aux mémorables gueules de bois et un univers sobre aux discours clos par les convenances du moment », « leader patachon à mi-temps, meneur de révoltes sur le plancher, la nuit venue conteur de mondes meilleurs, lustreur de zinc jusqu’à pas d’heure » avec « une jolie tête de trentenaire rarement convaincu par l’existence, toujours en querelle contre la société, jamais contre les hommes »
« Je ne vais pas cracher dans la soupe, parce que j’estime que je suis bien payé, mais il y a vraiment, dans le sport, des salaires indécents, estimait Hufnagel. Moi à l’époque, je gagnais 7 500 francs par mois (ndlr : 1 143 euros) et je vivais en communauté avec les cheveux sur les épaules. On passait pour des allumés. On vivait à la campagne. De 18 à 24 ans, j’ai vécu comme un fou furieux. Les jours de victoire, on finissait la soirée à genoux dans la sciure à imiter Jimi Hendrix avec la caisse de bière sur la table. Et aujourd’hui, il faudrait qu’on ressemble à Mick Jagger… (…) On était tous là au seuil de la Moutète pour accueillir notre Américain. On voit un mec qui s’appelle Steve Schmitt s’avancer vers nous avec un T-shirt floqué « LSD ». Tout le monde se demandait ce que ça signifiait. Moi, quand j’ai vu le type, je suis tombé à la renverse. J’étais mort de rire. » Un Américain obligé de quitter le club à cause de son allergie… aux plumes de canard jonchant le sol.
Paris, avec le recul ? « La vie était ennuyeuse, même quand on a vue sur Montmartre. » La Rochelle ? « Ben… La mer était belle, voilà. » Son bistrot ? « J’ai monté un bar à Biarritz mais j’étais le meilleur client. Alors j’ai arrêté. » Freddy Hufnagel ? Un personnage comme on n’en fait plus.

Palmarès
Champion de France : 1986, 87, 96
Coupe Korac : 1984
Meilleur joueur français 1987
Record : 51 points contre Reims le 14.11.1987
Meilleur passeur français de Pro A en 1993
Meilleur joueur français de Pro B en 1995
International A, 103 sélections

Populaires

Les marques de presse dédiées au sports collectifs : Planète Foot, Mondial basket, Univers du Rugby, Planète Cyclisme.

© 2017 Editions Le Nouveau Sportif / SESIMS

To Top