Étranger

FC Porto, « bem-vindo » à la maison mère

Dans l’air flottent des parfums de « sudams », de sardines grillées, de socios et de vin cuit. Tout y est réuni. Il faut y montrer patte blanche mais aussi cracher du feu bleu. C’est la maison mère, tout sauf le terminus des prétentieux. Bienvenue chez les Dragons !

Les origines

A la source, on pourrait établir un parallèle entre Porto et… Bordeaux. Houla, on voit déjà les spécialistes des cépages bordelais, qui ont tellement de mal à concevoir qu’il existe du vin, du vrai, ailleurs que dans le 33 froncer les sourcils… Ouh, on sent tout de suite le souffle chaud de la colère des Portistes, les rois du vin cuit, pour qui il n’y a pas meilleur nectar que celui de la vallée du Douro. Qu’ils nous pardonnent notre volonté affichée, pour la mise en bouche, de pousser le bouchon de la mauvaise foi, mais quand même : entre l’estuaire, le port de commerce, les chais le long des quais, les pavés de la vieille ville… Les gros traits se ressemblent un peu quand même, non ? Ce n’est pas pour dire mais les deux citadelles sont tout de même classées au patrimoine mondial de l’Unesco…
Bon, arrêtons là pour l’amuse-gueule, le parallèle ne concerne, en fait, que les origines du club portugais. Car c’est bien à travers le commerce du vin et ses voyages réguliers en Angleterre que le jeune négociant Antonio Nicolau d’Almeida, qui trouve quand même le jeu pratiqué chez les English assez terrible, décide de fonder le Football Club de Porto. Nous sommes en 1893, le négoce bat son plein mais le tout nouveau millésime n’est pas mis en bouteille. Le FC Porto est né. Il a eu chaud, il a failli disparaître au bout de quelques mois mais il résiste à l’incertitude de ses jeunes années et il est repris en main à l’adolescence, au début du siècle dernier (aux alentours de 1906 pour être vraiment précis), par José Monteiro Da Costa, un ami de D’Almeida tombé sous le charme, lui aussi, de ce sport de balle complètement dingue joué en Angleterre. Les dés sont jetés. Le FC Porto reçoit le Fortuna de Vigo puis part en Galice disputer le match retour. Il devient le tout premier club portugais à rencontrer une équipe étrangère. Déjà précurseur.

Le visage actuel

Trois ans. Cela fait trois longues saisons que le Benfica truste le titre de champion. Imaginez les trombines des socios du bleu et du blanc, au Nord… Pour changer de cap, relancer la machine, voire les deux, c’est Nuno Espirito Santo qui est arrivé, cet été, en provenance de Valence. Si le Portugais tarde à trouver la bonne formule, avec déjà plusieurs points lâchés au cours des premières journées du championnat, la qua­­­lification face à l’AS Rome en barrages de la Ligue des champions a fait son effet. Une victoire 3-0 à l’Olimpico, ça n’arrive pas tous les jours.
Avec Iker Casillas dans les buts, une charnière centrale Felipe-Marcano et la dynamite Alex Telles dans le couloir gauche, c’est du brutal. Au milieu, les Dragons se reposent sur l’abattage de Danilo Pereira et la vista d’Herrera, le capitaine de route. Ça manque d’un grand buteur, souvent la marque de fabrique des Dragons, qui ont recruté Laurent Depoitre, le Belge, mais n’ont plus cet accent d’Amsud depuis les ventes de Radamal Falcao et Jackson Martinez à l’Atlético Madrid. Et c’est vrai que l’accent nous manque un peu. A suivre quand même, l’évolution d’Oliver Torres, jeune Espagnol en manque de temps de jeu à l’Atlético Madrid toujours et qui pourrait éclore sous l’aile chaude du Dragao.

Le grand manitou

A 78 ans, le président est l’architecte du Porto d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Accessoirement, aussi, un personnage qui compte dans le paysage du foot mondial.

Arrivé à la présidence (du club dans son ensemble et donc de l’entité omnisports) en 1982, Jorge Nuno Pinto da Costa a été honoré en 2011 d’un titre de gloire dont il n’est pas peu fier : il est le président de club le plus titré du monde avec près de 250 titres cumulés toutes disciplines confondues. Plus que le Real, plus que le Barça. Les quelque 60 trophées de la section football y contribuent pour beaucoup.
Pinto da Costa, c’est surtout le foot. Un président omniprésent, omnipotent, qui a su transformer le club au début des années 80. Une mutation de fond en comble avec une idée­­­ fixe : installer le FC Porto parmi les plus puissants du Vieux continent. L’arrêt Bosman dans les nineties ? L’explosion des droits télé des années 2000 et la relégation du championnat portugais en seconde division de l’Europe ? Rien ni personne n’aura jamais eu raison de son ambition dévorante. Si ce n’est pas un parrain, disons qu’il a beaucoup de filleuls.
Un homme mis en cause dans plusieurs affaires de corruption, toujours vilipendé et détesté par une moitié des gens. Toujours blanchi par la justice, pris en exemple et admiré par l’autre. L’affaire du sifflet doré, plus gros scandale de matches truqués jamais révélé à ce jour au Portugal, lui a valu deux ans de suspension et Porto a pris six points de pénalité dans le gosier. Pas grave, les Dragons ont terminé champions avec 12 points d’avance cette année-là (en 2008). Il a été mis sur écoute et ce fut accablant. Pas grave, elles ont été jugées « inconstitutionnelles » par le tribunal administratif. On s’arrête là parce qu’on ne fait pas dans le catalogue.
Porto champion d’Europe en 1987, Rabah Madjer, Artur Jorge, c’est lui. Porto champion d’Europe en 2004, José Mourinho, Deco and co, c’est lui. Le scouting de malade et la régalade à la revente, encore et toujours lui. Car Pinto da Costa n’est pas seulement le président d’un club qui gagne des trophées. Il est aussi celui qui a instauré une certaine façon de voir les choses et les joueurs en matière de transferts (voir par ailleurs).
L’histoire commence avec Paolo Futre, la star incontestée des années 80 (avec Rabah Madjer, évidemment), qui migre vers l’Atlético Madrid en 1987, après le sacre européen, pour la somme de 20 millions de francs (3 millions d’euros environ). Pinto da Costa rappelle encore qu’à l’époque, « seul Diego Maradona avait coûté plus cher ». Porto bisse l’année suivante, Rui Barros rejoint la Juventus Turin pour plus de 30 millions de francs (5 millions d’euros). Le ton est donné, la porte ouverte. Depuis, on peut citer Radamel Falcao, James Rodriguez ou Jackson Martinez pour illustrer la chose. La filière colombienne a injecté des millions dans les caisses.
On peut parler de Pepe, le défenseur le plus cher à son époque, lors de son transfert au Real Madrid. Ou d’Eliaquim Mangala, le défenseur le plus cher à son époque (!) lors de son transfert à Manchester City. On peut se souvenir aussi de Lucho Gonzalez, le « Commandante » qui a tout gagné chez les Dragons, vendu à l’OM 22 millions (le plus gros achat de Robert Louis-Dreyfus, quelques jours avant sa mort), revenu sur les bords du Douro pour… 0 euro. Du grand art, quand même.
Il étire son treizième mandat à la tête du club, pour lequel il a été réélu avec 99% des suffrages. Il était seul en course. Pinto da Costa à Porto, c’est le président de la République portista. Celui qui a érigé le club, dès son arrivée, face « au mépris et l’oubli des gens de la capitale » : Lisbonne. Au début des années 80, il n’avait qu’un seul slogan à la bouche : « Porto est plus qu’un club, Porto est une nation. » Tourné à 100% vers les socios, à 200% contre la capitale lisboète, il est depuis plus de trente ans maintenant l’incarnation d’un pouvoir sans partage. On dit aussi que le bonhomme régit presque à lui seul toutes les affaires du foot portugais. Mais chut, à Lisbonne, on ne l’entend surtout pas de cette oreille…

José Mourinho, la parenthèse enchantée

C’est un mauvais souvenir pour le foot français et pour Didier Deschamps. Dans une VeltinsArena de Gelsenkirchen flambant neuve (quel stade !), le FC Porto de José Mourinho lamine l’AS Monaco en finale de la C1 (3-0) et s’offre une seconde Ligue de champions. L’aboutissement d’un rêve pour celui qui n’est pas encore le « Special One » mais qui, quelques jours avant le début de l’Euro au Portugal, s’apprête à changer de dimension en rejoignant Chelsea.
Mourinho à Porto ? L’arrivée, au départ, d’un coach sans notoriété aucune, excepté son expérience à Barcelone où il a été l’adjoint-traducteur de Bobby Robson à une heure où il terminait ses études. Un entraîneur très jeune, qui possède une courte expérience : Benfica, quelques mois, puis une année à la tête de Leiria (en 2001-02). Un révolutionnaire qui va, en deux ans et demi à Porto, remettre les Dragons sur la plus haute marche du foot européen. A son actif, une Coupe UEFA et une Ligue des champions en deux ans.
En 2003, au lendemain du sacre en UEFA, il est sur le point de quitter Porto. Pinto da Costa le provoque : « Tu ne te sens pas capable de faire le doublé C3-C1 ou quoi ? » On connaît la suite. La bande à Deco, Maniche, Vitor Baia, Jorge Costa, Ricardo Carvalho et les autres est devenue intouchable. Une machine à contrer, reine de la verticalité et de la discipline tactique. Et tout ça avec Derlei et Benedict McCarthy, pour ceux qui s’en souviennent, autrement dit des avant-centres pas franchement au niveau… Mourinho à Porto, c’est 127 matches officiels pour un bilan de 91 victoires, 21 nuls et 15 défaites.

Le palmarès de José Mourinho à Porto :

  • 1 Ligue des champions (2004)
  • 1 Coupe de l’UEFA (2003)
  • 2 championnats du Portugal (2003 et 2004)
  • 1 Coupe du Portugal (2003)
  • 1 Supercoupe du Portugal (2003)

Top 20 des plus gros transferts du FC Porto

Hulk (BRE), 60 millions au Zénith Saint-Pétersbourg (RUS)
Radamel Falcao (COL), 47 millions à l’Atlético Madrid (ESP)
James Rodriguez (COL), 45 millions à l’AS Monaco
Jackson Martinez (COL), 35 millions à l’Atlético Madrid (ESP)
Anderson (BRE), 31,5 millions à Manchester United (ANG)
Danilo (BRE), 31,5 millions au Real Madrid (ESP)
Pepe (POR), 30 millions au Real Madrid (ESP)
Eliaquim Mangala, 30,5 millions à Manchester City (ANG)
Ricardo Carvalho (POR), 30 millions à Chelsea (ANG)
Lisandro Lopez (ARG), 28 millions à Lyon
Alex Sandro (BRE), 25 millions à la Juventus Turin (ITA)
Joao Moutinho (POR), 25 millions à l’AS Monaco
Ricardo Quaresma (POR), 24,7 millions à l’Inter Milan (ITA)
Lucho Gonzalez (ARG), 22 millions à Marseille
Bruno Alves (POR), 22 millions au Zénith Saint-Pétersbourg (RUS)
Deco (POR), 21 millions au FC Barcelone (ESP)
José Bosingwa (POR), 21 millions à Chelsea
Paulo Ferreira (POR), 20 millions à Chelsea
Jardel (BRE), 18,3 millions à Galatasaray (TUR)
Maniche (POR), 16 millions au Dynamo Moscou (RUS)
Total = 583,5 millions d’euros
Moyenne = 29,175 millions d’euros

Madjer, un but pour l’histoire

Le 25 mai 1987, au Prater de Vienne, les Dragons remportent leur première Ligue des champions face au grand Bayern Munich. Menés depuis la 25e minute, les hommes d’Artur Jorge renversent tout en deux minutes. L’œuvre de Paolo Futre, la star portiste ? Non, le chef-d’œuvre de Rabah Madjer qui reprend un centre de Juary dos au but pour glisser le ballon du talon. Egalisation puis passe décisive entre les crampes pour le même Juary. Porto s’inscrit en toutes lettres sur la Coupe aux grandes oreilles. Rabah Madjer, lui, passe à la postérité. Plus un seul but n’est marqué sur talonnade sans qu’on entende son nom.

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