Équipe de France

Eric Beugnot, le « frère de »

Dans la famille Beugnot, je voudrais Eric. Le fils de Jean-Paul et frère de Gregor a fait preuve d’une longévité remarquable au plus haut niveau (17 saisons de Pro A). « L’autre Beugnot » fut un leader et gagneur-né. Grande gueule mais caractère entier…

Et si on poussait la chansonnette ? Style « Joyeux anniversaire » ou « 20 ans en Nationale, ça use, ça use, ça use les baskets » ? Vingt ans ! Vingt ans qu’Eric Beugnot se sort les tripes sur les terrains. Un bail. « Non, c’est court… Ça passe vachement vite. Mais ce n’est pas mon tempérament de regarder en arrière. C’est une banque de données purement personnelle et seul demain m’intéresse. »
Qu’est-ce qui peut encore faire courir le grand gamin de Cliron (2 m pour 100 kg) qui réussit, un soir de septembre 1972 au Mans, ses deux premiers lancers francs en Première division ? « La passion. Totale, pleine, encore intacte, précise-t-il de sa voix grave et posée. Je suis un privilégié et conscient de l’être. Ma passion est devenue métier mais reste une passion. Je suis né avec une licence de basket dans le berceau. »
Un allumé du basket tombé rapidement dans la marmite. Papa Jean-Paul fut considéré comme le meilleur pivot d’Europe. C’était l’époque des sixties. En culottes courtes, inconsciemment, Eric s’imprégna de cette culture et de ce jeu dont il allait tomber amoureux. « J’ai débuté à 7 ans, sous la conduite de mon père, aux Marcassins de Revin, dans les Ardennes. Il était dur avec moi et me répétait qu’un peu de frustration ne faisait pas de mal. En vieillissant, je me suis rendu compte de sa notoriété. Un sacré bonhomme. »
Chez les Beugnot, pas facile de se faire un prénom. « On se fait un prénom en prouvant quelque chose sur le terrain. C’est sans doute un peu plus dur que pour les autres. J’étais le fils de Jean-Paul. Comme Greg est resté mon frère pendant douze ans. Lorsqu’il a triomphé à Limoges, j’étais devenu le frère de Greg… »
La boucle fut bouclée. Eric est une star, une vraie. 2 493 points et 212 sélections en équipe de France où il débuta en août 1975 et dont il assura le capitanat. L’arrière-ailier ardennais fut de la triste aventure des J.O. 1984 à Los Angeles et fêta sa dernière cape en décembre 1987 contre l’Australie. Trois titres de champion de France avec Le Mans. Des trophées individuels à la pelle. Pour la carte de visite, riche de 2 921 points, 1 179 rebonds et 1 034 passes, y’a plus de place. Et même si au bout de 20 ans, plus rien ne peut le surprendre, l’émotion d’un premier titre national est toujours intacte.
« Ce titre, je l’ai pris en pleine tronche. Tu le subis un peu. Tu ne sais pas ce que ça représente avant de le gagner. C’est comme le parachutisme. Si tu n’as jamais sauté, tu ne connais pas la sensation. »
Il est comme ça, Beugnot. Il fonce plein pot, marche au feeling, la passion à fleur de peau. Capable de vous tenir un discours sur tous les sujets pourvu que l’émotion soit au rendez-vous. Sur le terrain, c’est pareil. Il a 37 ans en ce printemps 1992 et n’a pas envie de raccrocher ni de se faire marcher dessus. « Si mentalement, tu en veux, le physique suit. Si tu ne fais pas d’efforts, tu es à la ramasse. Tous les étés, je suis une préparation de GI. Même si la plage me tend les bras, je fais mes deux heures de boulot. »

« Le basket, c’est une drogue »
Pas de contraintes. C’est simplement l’envie qui dicte tout ça. Eric reste un gaillard solide. Cet arrière de grande taille mince mais finement musclé. Son pote Jacques Monclar, alors entraîneur d’Antibes, lui glissa : « Tu as encore le plus beau physique de Nationale 1A, vieux c… »
Vingt ans après, Eric n’a pas pris un gramme de graisse. Tout juste quelques cheveux grisonnants qui blanchissent à peine sa longue tignasse couleur châtain. Beugnot le combattant. Beugnot… l’emmerdeur. Une grande gueule, un caractère entier. Pas toujours compris. « Je ne me force pas à avoir envie. Dire « Je ne peux pas » me frustre. Je pense que c’est génétique. Quand ta vie est gérée par la compétition, tu deviens compétiteur. Je suis peut-être le recordman de France des fautes techniques mais c’est comme ça. C’est en moi. J’ai la même volonté de gagner au basket qu’au bricolage ou lors d’un simple pile ou face. Et cette envie de ne pas perdre, ça sert dans la vie de tous les jours. Je déteste l’injustice. »
Un pur-sang ascendant bélier. Même ses pires ennemis finissent par l’admirer. En route pour les playoffs avec son club de la Croix Rousse Olympique de Lyon, rejoint en Nationale 2 il y a deux ans, Eric a plus que jamais soif de gagner. Son après-basket, il n’y pense pas. Les potes de sa génération se sont tous recyclés dans le coaching, lui court toujours. Pourtant, l’idée l’effleure : « Entraîneur ? Oui, ça pourrait arriver. Il faut laisser le basket aux gens du sérail. S’intéresser à la volonté de chacun est une source de progrès. Pierre Dao disait : « Une chaîne n’est pas plus solide que le plus faible de ses maillons ». Je crois aux valeurs. »
Seulement voilà, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné. Eric, spécialiste de la défense, a toujours la fibre. « C’est une drogue, explique-t-il. J’aime cette transition brutale entre le monde extérieur et le terrain de basket. Ces salles où ça hurle tellement que le bruit devient silence. Et ça, pas un artiste n’est capable de le dessiner ou de le dépeindre. »
Beugnot fut champion de France de Nationale 2 puis de Pro B avec Lyon. Il mit un terme à sa carrière en 1993 après une pige à Mulsanne puis occupa les fonctions de directeur sportif du PSG Racing avant d’être nommé, en 1995, directeur général de l’ASVEL, le club entraîné par son frère Greg. Sous l’ère des deux Beugnot, Villeurbanne disputa cinq finales de Pro A et prit part au Final Four de l’Euroleague, avec une 4e place à la clé. C’était en 1997.

Palmarès
Champion de France de Pro A 1978, 79, 82
Champion de France de Pro B 1991
Champion de France de Nationale 2 1990
1 fois All-Star
212 sélections


Eric Beugnot par FFBB

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