Équipe de France

Eliaquim Mangala : « Je ne me sens pas différent »

Transféré de Porto à Manchester City pour 54 millions d’euros l’été dernier, le défenseur le plus cher de l’histoire est aussi l’un des bons plans de Didier Deschamps en vue de l’Euro 2016. De son adaptation à City à son statut chez les Bleus, Eliaquim Mangala fait le point. La parole est à la défense !

PLANETE FOOT : Eliaquim, tu es arrivé à Manchester City en toute fin de mercato d’été. Avec plusieurs mois de recul, quels souvenirs gardes-tu de cette période d’incertitude ?
Eliaquim MANGALA : C’est vrai que ma saison a mis plus de temps à démarrer que d’habitude. Après la Coupe du monde, j’ai eu beaucoup de vacances ! C’était bien mais ça commençait à faire long. Après un championnat d’Europe ou une Coupe du monde, on sait que les préparations sont toujours écourtées. Mais pas pour moi, en fait. Comme je suis arrivé en décalé, j’ai suivi un programme particulier. Et dans cette gestion individuelle, j’ai quand même effectué mes cinq semaines complètes. Au final, j’ai donc connu une préparation idéale !

PF : Comment as-tu occupé cette longue plage de vacances, à mesure que le temps passait ?
E.M. : J’ai couru tous les jours, avec un peu de musculation en plus. Après, c’est plus compliqué de revenir. J’ai eu besoin de temps mais c’était normal. Je le savais. Je n’ai pas eu peur à ce niveau-là.

PF : Avec le recul toujours, pourquoi avoir choisi Manchester City ?
E.M. : D’abord, City est une grande équipe en Angleterre. Championne en titre quand même. Et puis de manière plus personnelle, c’est celle qui m’a montré le plus d’intérêt. J’ai parlé avec l’entraîneur et le directeur sportif. Il y a eu, à chaque fois, de très bon discours. Tout m’a plu. Le projet mais aussi le groupe. Il y a un super groupe qui me permet de progresser encore. J’aime gagner des titres. Je sais qu’on peut réaliser de très bonnes choses ici. Chelsea est devant mais on est là, à la lutte, et on ne va rien lâcher. Pareil en Ligue des champions. Voilà, c’est pour cela que je suis ici.

PF : Chez les Citizens, tu as retrouvé plusieurs « Frenchies » (Samir Nasri, Bacary Sagna, Gaël Clichy) mais aussi Fernando avec qui tu jouais à Porto. Comment s’est déroulée ton intégration ?
E.M. : Très bien. J’avais beaucoup discuté avec Bacary pendant la Coupe du monde. On a bien échangé et puis j’ai fait toute ma préparation avec Fernando. On se connaissait déjà bien, ç’a accéléré les choses. Je parle un peu espagnol aussi, comme plusieurs joueurs de l’équipe. Au niveau de l’adaptation, ç’a été vite.

PF : Débarquer dans un club comme Manchester City avec l’étiquette de défenseur le plus cher de l’histoire, ça fait quoi ?
E.M. : Je l’ai dit dès que je suis arrivé, mon transfert, c’est le résultat d’une négociation entre deux clubs. Pour moi, cela n’a pas constitué une pression supplémentaire. Ça te donne des responsabilités, bien sûr, mais encore une fois, ce n’est pas une pression. Manchester a payé une grosse somme pour m’engager. Ils attendent que je sois performant. Je pourrais parler des heures mais le plus important, c’est de s’activer sur le terrain.

PF : Comment se faire une place dans cette équipe ?
E.M. : Je suis motivé depuis le premier jour. Faire partie d’une formation comme Man City prouve que j’ai une certaine valeur. Mais je ne m’arrête pas là. Être dans un groupe, c’est bien, mais on a toujours envie de jouer. Je bosse pour gagner ma place. Tout en sachant pertinemment que l’objectif principal, c’est de remporter le maximum de titres.

PF : Dans un tel club, la rotation et la gestion des temps de jeu occupent une place importante dans votre travail, non ?
E.M. : C’est important, surtout ici en Angleterre. Il s’agit du championnat le plus intense. Il y a beaucoup de matches, on joue tous les trois jours pendant deux ou trois semaines d’affilée. Le programme est chargé tout le temps. En fait, ce rythme devient normal. Donc, oui, c’est important de récupérer. De toute façon, tu ne vas pas au bout des compétitions avec seulement onze joueurs. C’est une donnée qu’il faut prendre en compte. Tous ceux qui composent les effectifs des plus grands clubs l’ont intégrée.

PF : La concurrence, pour toi, se nomme Vincent Kompany et Martin Demichelis, deux joueurs qui ont réussi deux beaux parcours lors de la Coupe du monde au Brésil, alors que tu n’y as pas joué (malgré ta présence parmi les 23 Bleus). Même pas peur ?
E.M. : Ce sont deux joueurs qui ont une très grosse expérience. Vincent est capitaine de Manchester City et capitaine des Diables Rouges en Belgique. Demichelis a connu de très gros clubs tout au long de sa carrière, le Bayern Munich notamment. C’est bien, ils ont beaucoup de conseils à me donner, ils m’aident à évoluer plus vite encore. C’est une concurrence qui motive, elle ne peut être que bénéfique.

PF : Le fait d’évoluer à City change-t-il ton statut en équipe de France ?
E.M. : En équipe de France, je suis légitime, comme tous les autres. Comme je l’étais lorsque j’évoluais à Porto. Je faisais partie du groupe France avant d’arriver à City. On a tous les mêmes ambitions. C’est la même chose pour chaque joueur du groupe France. Quand tu as la chance d’être appelé régulièrement… Je ne pense pas avoir une position différente des autres. Certains ont un plus gros vécu, c’est normal. Mais je ne me sens pas différent.

PF : S’il fallait te vendre, que dirais-tu ?
E.M. : (Il sourit, parce qu’il n’aime pas trop ça) Je suis assez rapide, bon dans les duels, j’aime ça. J’ai un bon jeu de tête. J’ai aussi, je pense, une bonne présence offensive sur les phases arrêtées. On sait qu’elles sont très importantes.

PF : Une question à l’ancien joueur du FC Porto : on met souvent en parallèle le foot français et le foot portugais au niveau de leurs clubs, notamment à travers la lutte pour l’indice UEFA. Quel est le plus fort, selon toi ?
E.M. : Dans l’histoire, les clubs portugais ont brillé davantage en Europe. Mais le championnat de France est plus équilibré, plus homogène. La différence, c’est que Porto, Benfica, le Sporting ou Braga jouent les compétitions européennes à fond. C’est là qu’il faudrait faire quelque chose au niveau des clubs français. S’investir plus. On a souvent l’impression qu’en France, on a du mal à enchaîner la Coupe d’Europe la semaine et le championnat le week-end.

PF : Une question à l’international : tu faisais partie des 23 Bleus au Brésil mais tu n’y as pas joué une seule minute. Comment l’as-tu vécu ?
E.M. : Une Coupe du monde, tout le monde veut la disputer. Nous étions 23 joueurs, il y en avait 11 sur le terrain. Le sélectionneur fait ses choix, il faut les respecter. A partir de là, on doit essayer de mettre ceux qui jouent dans les meilleures conditions. Là encore, l’objectif est commun. On savait pourquoi on allait là-bas.

PF : Mais cela n’a pas été trop frustrant ?
E.M. : La frustration… Bien sûr, j’aurais voulu participer ne serait-ce qu’à un match mais je me suis appliqué à mettre ceux qui jouaient dans les meilleures conditions.

PF : Aujourd’hui, comment vois-tu ton association avec Raphaël Varane en Bleu ?
E.M. : Avec Rafa, on se connaît bien. On a la chance d’évoluer ensemble depuis l’équipe de France Espoirs.

PF : Est-ce un atout pour conquérir une place de titulaire à ses côtés ?
E.M. : Franchement, je ne pense pas que ça puisse compter. Il faut assurer quand tu joues. Si tu as des affinités avec tel joueur et que tu n’es pas bon lorsque tu te retrouves à ses côtés, ça change quoi ? Et si tu es meilleur avec un joueur que tu connais moins ? Le sélectionneur veut des résultats. La performance, la performance…

PF : Depuis le début de ta carrière au Standard de Liège, tu renvoies l’image d’un défenseur à la fois moderne et à l’ancienne. Comme si défendre, c’était naturel pour toi. Pourquoi ?
E.M. : Quand on est jeune, ceux qui font le plus rêver, ce sont les attaquants. Certains joueurs, dans leurs années de formation, préfèrent évoluer plus haut sur le terrain. Ils sont naturellement portés vers l’attaque. On veut toujours marquer, c’est le but du jeu au foot. Mais il faut aussi ne pas encaisser de but. Et donc, il faut des gars qui soient prêts mentalement. Capables de se dire : « Moi, mon rôle, c’est de défendre. » C’est une opération qui s’est passée assez naturellement chez moi.

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