Équipe de France

Eh bien jouez, maintenant ! (1)

C’est l’heure du grand vertige. L’Euro est là, à portée de main. Promesse tenue, pas encore chose due, mais les Bleus veulent aller au bout de leur rêve. Pour mieux les suivre, voici notre dossier complet 100% équipe de France. Dix questions clés, pour mieux ouvrir les coffres-forts. Avec des micros et des appareils photos cachés, on vous emmène aussi à l’intérieur de Clairefontaine. Au plus près des Bleus. On vous présente également les hommes de l’ombre, le staff tricolore au grand complet. Dossier top confidentiel !

Les Bleus en 10 questions

Parce qu’on a envie de les suivre, parce qu’on envie d’y croire, parce que rien ne sera facile, voici les 10 clés du parcours des Bleus. Dix questions pour en faire des champions.

1. Le fait de disputer l’Euro à domicile constitue-t-il un si grand avantage ?
Si l’on s’en tient aux statistiques, la réponse serait plutôt non. Seules trois formations se sont imposées à domicile en quatorze éditions. A savoir l’Espagne en 1964, l’Italie en 1968, dans des formats resserrés (4 équipes), et la France en 1984 dans une formule un peu élargie (8 équipes). Ce qui ne nous rajeunit guère. Depuis, nada ! Il n’empêche que nos Français aiment bien leur maison. Ils l’ont démontré en 1984, donc, et aussi lors de la Coupe du monde 1998, malgré quelques coups de chaleur. Dans un schéma où la ferveur populaire est, à chaque fois, montée crescendo, au fil de la compétition.
Aujourd’hui ? Les braises fumantes de Knysna (Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud) semblent bien éteintes. La nouvelle génération, incarnée par Antoine Griezmann, Paul Pogba and co, emporte l’adhésion. Comme on a pu s’en apercevoir lors du stage de préparation à Biarritz, où la foule s’est précipitée avec un enthousiasme débordant d’amour pour encourager ses Bleus au cours de simples séances d’entraînement. On a pu encore le voir à Nantes et Metz lors du tour de chauffe.
Les joueurs ? Ils paraissent imperméables à la fameuse pression de jouer à domicile. Au contraire, ils ne semblent qu’y trouver des ondes positives. « La pression ?, rigole Paul Pogba. Mais c’est génial d’être porté par tout ce public ! On ne va pas surtout pas s’en plaindre mais plutôt compter sur son soutien. De quoi doit-on avoir peur avec tous ces gens derrière nous ? Il s’agit simplement d’un plus, d’un vrai plus qui doit nous transcender. »
Blaise Matuidi confirme : « Disputer la compétition chez nous représente quelque chose de magique. D’énorme. On va jouer pour tout un peuple, il faut qu’on s’appuie là-dessus. Clairement. » Clairement, la troupe a les idées claires.

2. Faut-il faire confiance à la défense ?
Aïe, aïe, aïe… Voilà la question qui fait mal. Elle posait déjà interrogation avant la blessure de Raphaël Varane, elle est devenue encore plus d’actualité depuis le forfait du Madrilène. La charnière centrale tricolore, ce n’est pas une épidémie, plutôt la peste et le choléra réunis. On résume. Donc, oui, il y a eu, dans un ordre incertain, la blessure longue durée du grand espoir Kurt Zouma. Celle, encore plus dramatique, de Raphaël Varane. Il y a eu aussi Mamadou Sakho, l’homme de France-Ukraine devenu un scélérat, suspendu, dans un premier temps, pour usage d’un produit jugé dopant, puis, plus tard, blanchi. Qui comprend quoi ? Et encore Jérémy Mathieu qui, après s’être défoncé comme un fou pour revenir dans les temps, après avoir contracté une sale blessure avec les Bleus contre la Russie, a dû plier les gaules à la suite d’un nouveau coup d’arrêt, jugé rédhibitoire par Didier Deschamps.
Bref, la charnière est devenue un charnier. Mais plutôt que de s’apitoyer, ne faut-il pas s’appuyer sur les éléments contraires pour aller de l’avant ? Aller de l’avant, le sélectionneur sait faire dans les vents de face. Son homme de base, Laurent Koscielny, est capable d’évoluer sur le côté gauche de la défense centrale (sa préférence) ou à droite (une option à ne pas négliger). Dans tous les cas, même si elle n’a pas une longue vie ou pas de vie du tout, son association avec Eliaquim Mangala, Adil Rami, voire le dernier appelé Samuel Umtiti, ne justifie pas un grand chambardement. Plutôt, c’est une évidence, une véritable mise en place tactique, dans la dernière ligne droite de la préparation.
« Aujourd’hui, je ne suis pas inquiet mais évidemment que c’est embêtant, déclare le boss. Après, je connais les joueurs qui sont là et j’ai confiance en eux. » Didier Deschamps a toujours le sens de la formule !

3. Y a-t-il un véritable patron dans cette équipe ?
Poser la question, c’est apporter la réponse, même si elle n’est pas agréable à entendre. Il y a des cadres, des statuts bien affirmés à l’intérieur du groupe. Des titulaires et des doublures, des choix numéro trois sur certains postes. Mais le vrai patron, le boss ? Esprit, es-tu là ? « DD » a encore fait du Deschamps. On ne peut pas lui en vouloir. A-t-il seulement le choix ? Le groupe France s’appuie surtout sur les valeurs de la collectivité et la cohésion du groupe, plutôt que sur l’impact, l’aura, l’ego, voire les trois réunis chez un seul et même joueur, pour aller chercher la petite flamme. Confier le brassard de capitaine à Hugo Lloris ne fait même plus débat, c’est dire.
Le capitaine des Bleus évolue dans les buts, pas l’endroit rêvé pour porter le bout de tissu. Même Deschamps est d’accord là-dessus. Bien sûr, il y a Patrice Evra, le « tonton » de tous, le chef du vestiaire. On veut bien le croire. Mais on attend toujours celui qui va rassembler, d’un simple regard ou d’un seul mot, tous les autres derrière lui. Pour le moment, il n’y en a pas. Ils nous disent qu’ils ont appris au Brésil, qu’ils ont grandi depuis. Même s’ils n’ont pas mais alors pas du tout envie de se cacher, il est temps de se libérer définitivement du carcan pour mieux prendre les rênes. On pense à Paul Pogba et à Antoine Griezmann, bien sûr. A Blaise Matuidi, aussi. A eux de jouer. Aujourd’hui, il y a des leaders. On peut décrocher les étoiles avec des leaders. Mais pour ne pas se perdre en route, c’est toujours mieux d’avoir une vraie pogne sur le guidon.

4. Le 4-3-3 est-il la meilleure arme pour les Bleus ?
C’est en tout cas l’option privilégiée par Didier Deschamps, qui ne veut pas entendre parler du 4-4-2 au niveau international et qui a mis au placard le 4-2-3-1, simple recours en cours de match, en instaurant un triangle à pointe basse au milieu avec Ngolo Kanté en sentinelle et Paul Pogba et Blaise Matuidi sur les extérieurs. C’est le système qui permet aux deux derniers cités de se projeter vers l’avant. Exactement le registre parisien pour Matuidi. C’est différent pour la « Pioche », qui a parfois du mal à se situer entre les lignes adverses et à maintenir l’équilibre entre son apport offensif et ses obligations défensives.
Sur le papier, le système reste taillé sur mesure pour ces joueurs-là. Pour prendre l’ascendant dans le cœur du jeu. Défendre en avançant et jouer vers le but adverse. Il permet aussi de mettre en exergue les qualités de vitesse de la jeune garde d’attaque, emmenée par les jambes de feu de Kingsley Coman et Anthony Martial. A l’inverse, il nous prive peut-être de la clairvoyance et de la qualité de passe de Dimitri Payet, toujours plus à l’aise lorsqu’il évolue plein axe, en soutien de l’attaquant de pointe. Le meneur de West Ham United peut repiquer, il n’hésite pas à le faire, mais il part de plus loin.
Pour répondre, on peut rappeler un grand principe de Didier Deschamps qui est aussi celui de tous les coaches du monde : « L’important, ce n’est pas le système mais l’animation qu’on y met. » Si on oublie les forfaits en défense, qui n’ont ici aucun impact, « DD » a construit sa liste sur les complémentarités et la continuité. Donc, pour évoluer en 4-3-3.

5. Certains cadres ne risquent-ils pas d’être cramés ?
C’est le lot du haut niveau. Les cadres sont toujours ceux qui jouent le plus. Voire tout le temps. Antoine Griezmann, qui a rejoint le groupe le 31 mai, a disputé le samedi 28 son 54e match de la saison. Et puisque ça ne suffisait pas, la finale de la Ligue des champions s’est étirée jusqu’à la séance des tirs au but. Il avait déjà connu du rab’ en C1 contre le PSV Eindhoven, en huitièmes de finale, et le jeu prôné par Diego Simeone à l’Atlético Madrid n’est pas du genre à ménager les montures. S’inquiéter à son égard est légitime, en faire des caisses ne sert à rien. Il a 25 ans, il est dans la force de l’âge et gonflé à bloc.
Blaise Matuidi, dont il était naturel de s’interroger sur l’état de fraîcheur du moment, après un incroyable début de saison où il volait sur le terrain et enchaînait les matches tous les trois jours, n’affiche « que » 48 rencontres. C’est le résultat du turnover instauré par Laurent Blanc au Paris SG et on voit un Blaise de retour à son meilleur niveau depuis un mois. Au bon moment !
Tout sera, comme pour chaque phase finale, une question de fraîcheur mentale. Le joueur le plus sollicité sur les deux derniers mois, à savoir Antoine Griezmann, a rejoint le groupe avec le cœur gros et les jambes alourdies par la défaite en finale de la C1. C’est donc une bouteille d’oxygène qu’il a pris dans la poire dans le Tyrol. C’est aussi tout le travail du staff et l’importance de la préparation. Sur ce point, les Français auront eu moins de temps qu’il y a deux ans, avant de partir au Brésil. Mais la donne a été la même pour tout le monde…

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