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Dominique Rocheteau : « Je rapproche Saint-Etienne d’un grand club anglais »

Le grand témoin est aussi le grand patron du sportif. A l’ASSE, Dominique Rocheteau a troqué le short et le maillot de « l’Ange Vert » contre le costume du dirigeant. Nous lui avons proposé un une-deux en dix questions. C’est parti !

PLANETE FOOT : Saint-Etienne, c’est quoi ?
Dominique ROCHETEAU : Un club mythique. Lorsqu’on effectue des sondages, on fait toujours partie des clubs les plus aimés de France. Les supporters ont tous leur équipe favorite, bien sûr, mais on revient assez souvent en 2e position. Saint-Etienne, c’est aussi un palmarès avec 10 titres de champion, le club le plus titré en France. C’est une ville avec certaines valeurs, où les gens s’identifient à leur équipe, sont toujours derrière elle. C’est Geoffroy-Guichard aussi, le « Chaudron ». Des supporters fidèles. Je rapproche Saint-Etienne d’un grand club anglais. Pour moi, c’est ça : des gens qui aiment leur club pendant toute leur vie et même de génération en génération.

PF : Pourquoi l’A.S.S.E. reste un club à part dans le paysage du foot français ?
D.R. : A part, je ne sais pas mais c’est avant tout une histoire. D’abord, une histoire de personnes. De grands entraîneurs, de grands présidents. Jean Snella, Albert Batteux, Rocher Rocher, Pierre Guichard, le fondateur, et puis l’épopée des années 70, bien sûr. Il y a eu des hauts et des bas mais l’identité, les valeurs sont toujours restées. C’est un peu bateau de le dire mais c’est vraiment ça : des valeurs de solidarité, que l’on ressent actuellement dans l’équipe, et d’humilité. C’est aussi une ville à l’origine minière et ce n’est pas par hasard si la lampe de mineur est le symbole du club. Quand on offre un cadeau, on met une lampe de mineur et ce sera toujours le cas dans 10, 20, 50 ans.

PF : Que manque-t-il à l’A.S.S.E. pour franchir un palier supplémentaire et redevenir l’une des principales places fortes de France ?
D.R. : De l’argent ! C’est simple… (Il rigole) Il suffit de comparer le budget de Saint-Etienne avec celui des gros. Voilà, c’est tout. Nous avons le stade, le centre de formation, je pense que l’on ne s’est pas trop trompé au cours des dernières années dans le recrutement. Avec une certaine continuité, une stabilité à tous les étages. C’est hyper important. On a réussi à conserver des joueurs qu’on n’aurait pas forcément pu garder il y a quelques années. Certains sont partis mais il y a une évolution. Les joueurs en question étaient sollicités par de très gros clubs : Chelsea (Kurt Zouma), Atletico Madrid (Josuha Guilavogui), Borussia Dortmund (Pierre-Emerick Aubameyang). Là, on ne peut pas lutter, pas à ce niveau-là. Saint-Etienne est une ville de 200 000 habitants. Economiquement, c’est difficile, même par rapport à Lyon qui n’est pas loin. Quand on regarde la carte des gros, c’est Paris, Marseille, Lyon. Saint-Etienne, c’est un peu le… Comment dire ? Nous sommes petits à côté de ces clubs-là. Mais nous avons de bonnes bases. On est là.

PF : Avec un stade, Geoffroy-Guichard, qui s’agrandit en vue de l’Euro 2016…
D.R. : Cela compte aussi dans l’évolution du club. De 35 000, nous passons à 42 000 places. Le nombre de loges et de places VIP est doublé. On augmente aussi les places pour nos supporters. C’est bien. Le club est propriétaire de L’Etrat, aussi (ndlr : le centre d’entraînement et de formation). Il est important d’avoir des actifs. Ce qui nous permet de le rénover. Une pelouse synthétique est posée, on monte une tribune sur le terrain d’honneur pour la CFA.

PF : Ça fait quoi d’être dirigeant d’un club dans lequel on a sa trogne au musée ?
D.R. : Je n’y vais pas tous les jours, au musée… Je ne me tourne pas vers le passé. Franchement, j’y penserai peut-être dans quelques années, quand j’aurai arrêté. Mais là, je suis trop dans l’action. Et puis le passé, on m’en parle suffisamment pour que je n’ai pas à m’y replonger. Ceci étant dit, le musée est une belle, une très belle réussite !

PF : Les plus grosses émotions, c’était Liverpool, Kiev, les seventies ou c’est chaque semaine, maintenant, à un autre poste ?
D.R. : Il est clair que j’ai aimé jouer à Liverpool, parce que j’adorais les clubs anglais. C’était le foot que j’appréciais beaucoup à l’époque et même encore aujourd’hui, même s’il a un peu changé. Jouer à Anfield, c’était fabuleux. Mais le match en lui-même ne m’a pas marqué ! Maintenant, Kiev, oui. Il y en a eu d’autres mais surtout Kiev. Par rapport à maintenant ? Je ne compare pas. J’étais joueur, acteur sur le terrain. Maintenant, je suis acteur mais spectateur. C’est un stress beaucoup plus important. Il y a beaucoup de plaisir aussi. D’abord parce que ça se passe plutôt bien. On vit de super moments, comme l’aventure de la Coupe de la Ligue il y a deux ans. On termine à une bonne place en championnat chaque année. On a envie, en étant compétiteur, d’aller plus loin.

PF : La saison 2014-15 s’inscrit-elle, selon vous, dans la progression récente ?
D.R. : La progression, c’est l’objectif. Toujours faire mieux, chaque année. On avait une attaque aussi bonne que l’année précédente et une meilleure défense. Voilà pour les chiffres. Nous avons aussi fait notre bonhomme de chemin en Ligue Europa. Notre parcours a été ce qu’il a été mais je vois que l’Inter et Dniepr (ndlr : qui ont éliminé l’A.S.S.E.) ont poursuivi leur route. La saison est très positive. On fait le bilan à la fin. C’est simple : le but, c’est de se qualifier pour une Coupe d’Europe par le biais de la Coupe de France ou du championnat.

PF : Comment cultiver sa différence à l’heure du foot business, quand la politique économique prend le dessus sur le sportif ?
D.R. : En jouant sur la stabilité à tous les niveaux. C’est un critère de réussite hyper important. Avec un entraîneur qui est devenu un très grand entraîneur. Avec un staff, à la fois technique et médical, et une équipe dirigeante qui s’inscrivent dans la continuité. Idem au niveau des joueurs. On essaie de garder notre ossature et de prolonger la plupart de nos cadres. Nous n’avions aucun joueur en fin de contrat. C’est une différence notable par rapport à beaucoup de clubs. On a essayé de garder des joueurs importants, comme Loïc Perrin, Jérémy Clément, Fabien Lemoine. Cela n’a pas été évident de prolonger Stéphane Ruffier. Pour nous, cette stabilité est importante. Et puis nous faisons en sorte que nos jeunes pointent le bout de leur nez dans l’équipe. Ce n’est pas facile pour eux. Je ne veux pas comparer à Lyon, qui a changé totalement de politique, mais chez nous, même si nos jeunes ont été barrés, je sais qu’il y a de la qualité. La génération championne de France il y a deux ans en U17 arrive, avec Allan Saint-Maximin et d’autres. Et nos U17 étaient leaders de leur championnat.

PF : La méthode Christophe Galtier, c’est quoi ?
D.R. : Pour moi, il s’agit d’un grand entraîneur. C’est un homme – je parle de l’homme parce que je me sens très proche de lui – intelligent, d’une grande intelligence même, avec beaucoup d’humanité. Il rassemble, c’est un leader charismatique. Il est toujours très à l’écoute et très bon psychologue aussi. C’était sa sixième année. Ce n’est jamais évident de renouveler son discours par rapport aux joueurs. Et ça, il sait bien le faire. Alors, oui, son nom revient régulièrement et c’est sûr que si un jour, un très gros club vient le chercher, il partira. Ce sera normal. Mais je pense qu’il n’a pas terminé sa mission à Saint-Etienne et qu’il a envie de continuer.

PF : Si le statut de l’AS.S.E. change, faut-il obligatoirement terminer dans les cinq premiers à la fin de la saison ?
D.R. : Non parce qu’on parle de sport de haut niveau et qu’on ne peut être sûr de rien. On voit Lille cette année. C’est un bon club, avec une belle politique, et il a vécu une saison difficile. Et pourtant, ils travaillent bien. Voilà, on n’est pas à l’abri. Personne ne l’est. S’installer dans les cinq premiers, c’est l’objectif. Ce qui n’est pas évident parce que nous ne sommes pas dans le Top 5 des budgets mais le 8e de Ligue 1.

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