Équipe de France

Dimitri Payet : « Si on est vraiment soudés… »

En une saison à West Ham United, Dimitri Payet a conquis l’Angleterre et rattrapé le wagon bleu. Quand il touche le ballon, c’est vrai qu’il se passe quelque chose. Qu’il ne se prive surtout pas dans les jours à venir !

PLANETE FOOT : Dimitri, il y a six mois, tu râlais parce que tu n’étais pas sélectionné, tu paraissais très loin du groupe et du sélectionneur. Et voilà…
Dimitri PAYET :
Didier Deschamps m’a dit ce qu’il attendait de moi. C’était très clair. J’aime bien cette façon de fonctionner. Avec lui, il n’y a pas de chichis, c’est direct. Je suis convaincu que cette discussion a eu un impact sur ma performance au mois de mars. Mais je n’ai jamais eu de problème de comportement avec lui, ni avec qui que ce soit chez les Bleus. C’était plus un souci sportif. Pour les matches amicaux, il y avait un peu deux équipes alignées d’une renconte à l’autre. C’était plus compliqué à gérer pour moi. Pour se faire une place dans l’équipe-type, il fallait être performant et je ne l’ai pas toujours été. C’était aussi de ma faute.

PF : A l’heure de partir à l’aventure pour l’Euro, te sens-tu dans la peau d’un titulaire ?
D.P. :
Les 23 sont des titulaires potentiels. Le seul décideur, c’est le sélectionneur et il faut respecter ses choix. Mais si nous sommes là, c’est que nous avons les qualités pour. Nous n’avons eu que deux matches amicaux pour nous préparer, contre le Cameroun et l’Ecosse. Il a fallu tout de suite mettre de l’intensité pour basculer dans le mode « Compétition ». La concurrence, en cela, est primordiale. Elle existe partout dans le groupe, au milieu, derrière aussi. Elle maintient de la qualité, que ce soit à l’entraînement ou en match.

PF : Oui mais il y a un argument de poids qui plaide pour Dimitri Payet : la botte secrète, la qualité de ses coups de pieds arrêtés…
D.P. :
C’est vrai que c’est une arme importante mais je ne suis pas le seul, nous sommes plusieurs, avec Antoine Griezmann, Paul Pogba, à savoir très bien les tirer. Et puis s’il n’y avait que ça, ça voudrait dire que je ne sais pas jouer… (Il rigole)

PF : Plus sérieusement, depuis deux ans maintenant, c’est un peu la zen attitude pour toi. On sent comme une plénitude dans ton jeu. On se trompe ?
D.P. :
C’est vrai que les deux dernières années ont été les meilleures pour moi, depuis le début de ma carrière. Mais j’espère que je ne suis pas arrivé à mon maximum. Ça voudrait dire que là, je suis au taquet. On peut toujours apprendre. Je travaille dur pour pouvoir encore élever mon niveau. Cela fait beaucoup d’années qu’on parle de mon potentiel et cela arrive aujourd’hui mais il faut oublier le passé. Moi, je veux toujours progresser.

PF : Comment avez-vous vécu, à l’intérieur du groupe, la préparation et l’enchaînement des forfaits ?
D.P. :
On est tous déçus quand l’un de nous doit renoncer pour cause de blessure. Moi, par exemple, je me trouvais à la sieste pendant l’annonce du forfait de Jérémy Mathieu. J’ai reçu une alerte sur mon téléphone. J’avais lu dans la presse qu’il passait des examens le matin mais je ne m’attendais pas à ce qu’il renonce comme ça. C’est toujours dur. On est toujours très déçu, comme pour Raphaël Varane et Mamadou Sakho. Sakho, j’ai essayé de me mettre à sa place pendant quelques minutes. Ça ne doit pas être des moments agréables à vivre… On a tous beaucoup d’admiration pour lui. C’est triste mais d’autres sont là pour les remplacer. Il faut faire avec.

PF : Ça ne t’inquiète pas ? Ça ne vous inquiète pas, cette loi des séries qui vient, qui rôde ?
D.P. :
Il y a eu des forfaits aussi lors de la préparation du Mondial 2014, il y a deux ans au Brésil, un peu moins en nombre, c’est vrai. Ça ne nous a pas empêchés de réussir une bonne Coupe du monde. Je pense qu’avoir ce genre de problèmes peut aussi avoir un impact positif sur l’équipe. On est marqués par le fait que certains potes doivent renoncer, on est tristes pour eux mais ça peut donner une force supplémentaire. Je crois à ce genre de rééquilibrage des forces. Il y a beaucoup d’absences, OK, mais on veut faire quelque chose de bien à 23. On aura besoin de tout le monde, on aura tous notre pierre à apporter. Si on est vraiment soudés, on aura de bonnes chances, quelle que soit l’équipe mise en place. On ne gagnera pas l’Euro à onze. C’est impossible. Si tout le monde est concerné et concentré, nous serons difficiles à battre.

PF : A chacune de vos sorties publiques, depuis le premier jour à Biarritz, le soutien grandit autour des Bleus. On a même frôlé le drame à l’hippodrome de Vincennes en raison de la foule… En êtes-vous surpris, comme le vivez-vous ?
D.P. :
Personnellement, je m’attendais à ce genre d’engouement mais pas à un tel stade. On a réussi à gagner le cœur des Français !

PF : Comment l’expliques-tu ?
D.P. :
Le fait de disputer la compétition à la maison doit beaucoup jouer mais je crois aussi qu’il s’est passé quelque chose contre la Russie au Stade de France (ndlr : 4-2 le 29 mars). Ce soir-là, il y a eu une communion. On a vu qu’on pouvait compter sur notre public. A l’intérieur du groupe, les plus anciens, comme Hugo (Lloris) ou Patrice (Evra), qui n’ont pas toujours connu ça – bien au contraire -, nous disent que ça leur fait un bien fou. Il faut faire attention, rester concentrés, ne pas tomber dedans non plus. Mais il s’agit d’un atout en plus.

PF : Ce n’est donc pas, pour toi, une pression supplémentaire sur le groupe ?
D.P. :
On voit et on ressent l’engouement autour de l’équipe et de l’événement. On a vraiment hâte d’aller dans les stades et de découvrir des ambiances extraordinaires, tout ce qui va nous attendre. Cet enthousiasme nous pousser à être bien meilleurs. C’est une pression pour nos adversaires ! Nous n’allons avoir que des matches difficiles. On sait donc à quel point c’est important de jouer à domicile.

PF : L’objectif, le tien, quel est-il ?
D.P. :
On est chez nous, à la maison. Il y a une attente du public, des médias, de tout le monde… On est des compétiteurs. L’objectif, c’est d’aller au bout. C’est un championnat d’Europe, le niveau sera très relevé. On le sait.

PF : Toujours à titre personnel, comment te prépares-tu à vivre ta première phase finale en équipe de France ?
D.P. :
Je ne suis pas trop curieux, surtout impatient. Je sais qu’il y aura une atmosphère particulière. Nous serons attendus partout, par toutes les équipes, par notre public… Je sais que ce sera lourd à porter. Mais j’ai envie de connaître ça et de rentrer dans le vif du sujet.

PF : Au fait, West Ham United, c’est pour aujourd’hui et pour demain ?
D.P. :
Les journalistes m’ont annoncé partout mais je n’ai eu aucun contact. Avec personne. Et j’ai signé un contrat pour une très longue période avec West Ham. Il y a de très fortes chances que je sois encore là la saison prochaine.

PF : Tu as été élu « Joueur de l’année » au club. Tu as été nominé pour le titre de « Meilleur joueur de Premier League ». Comment reçois-tu toutes ces louanges ?
D.P. :
C’est une grande satisfaction, cela montre que mon adaptation s’est bien déroulée et que tous les gens au club, aussi bien les salariés que les supporters, ont apprécié mon boulot. Honnêtement, je pensais que ça allait être plus compliqué mais j’ai découvert des coéquipiers au top et avec le manager, le staff, l’adaptation s’est révélée plus facile que prévu. C’est très gratifiant et ça fait plaisir, c’est clair. Mais j’espère que je serai encore meilleur demain. Encore une fois, je ne veux pas en rester là.

PF : Comment comptes-tu t’y prendre ?
D.P. :
J’essaie toujours de faire ce que j’arrive à faire de bien et d’être le plus performant possible…

Un mot sur… Antoine Griezmann
Le dernier à rallier le groupe bleu avait un bon mot d’excuse : il disputait la finale de la Ligue des champions avec l’Atlético Madrid contre le Real Madrid. Il y a manqué un penalty et il est passé à côté de son rêve de remporter la Ligue des champions. Mais pour Dimitri Payet, aucun souci pour Antoine. « Tout ce qui lui arrive est mérité. Depuis qu’il est à l’Atlético, il prend une ampleur incroyable. Il a toutes les qualités pour être champion d’Europe et pourquoi pas, un jour, remporter le Ballon d’or… »

Slaven Bilic s’enflamme pour son Dimitri
Pour le coach des Hammers, pas de doute, le milieu français fait partie des tout meilleurs à son poste. « Payet, c’est une locomotive. La qualité de ses performances et le niveau des adversaires contre lesquels il les réalise sont incroyables. Il peut jouer dans n’importe quelle sélection nationale. Sa dernière année à Marseille avait été excellente, sa première année chez nous est extraordinaire. » En février, les dirigeants des Hammers ont officialisé la prolongation de contrat de leur chouchou : jusqu’en 2021. Ça cause !

Populaires

Les marques de presse dédiées au sports collectifs : Planète Foot, Mondial basket, Univers du Rugby, Planète Cyclisme.

© 2017 Editions Le Nouveau Sportif / SESIMS

To Top