Étranger

Débat : Nice sera-t-il champion de France ?

C’est la question pour un champion. Ou plutôt des champions. Car si l’idée est une promesse à l’heure de la bûche glacée, le débat a mis la rédaction en circulation alternée. Avec l’OGCN, l’AS Monaco et le Paris SG dans la lunette arrière, on n’a pas que frôlé le pic de pollution. Chaud bouillant.

OUI

Alors, il faudrait s’interdire l’ambition ? Prière de rester en dehors de la pelouse ? Domaine réservé ? Surtout, ne pas marcher sur les plates-bandes du Paris SG, l’élu, ni de Monaco, le voisin turbulent ? Soyons sérieux. D’abord, regarder le classement. A l’heure où l’hiver sonne la trêve des confiseurs, au moment où la phase aller touche à sa fin, il est trop tôt pour conclure, évidemment. Il n’est pas trop tard, en revanche, pour se rendre compte de la position des Aiglons, qui ne sont pas seulement tombés du nid quand l’été est devenu indien. Ils volent toujours haut, groupés, et l’escadron est taillé pour faire un bon bout de chemin au-dessus des nuages. Le classement de la Ligue 1 ne laisse pas de place au doute.
Au lendemain du sommet volcanique au Parc des Princes, un soir où le PSG a proposé l’une de ses partitions collectives les plus abouties de la saison, les petits aigles ont regagné leur nid avec la plume lestée : dans la peau des leaders. Monaco file à toute vitesse, en dépeçant semaine après semaine ses adversaires avec une régularité de garçon boucher ? Nice est toujours là, tout en haut. Devant. Paris domine, parfois outrageusement, et provoque l’asphyxie des Niçois dans l’air alourdi de particules fines, un dimanche soir au Parc ? Les hommes de Lucien Favre ne dépareillent pas : ils défendent en reculant, parfois, mais ils ressortent balle au pied. Ils refusent de balancer. Ils ne balancent rien, d’ailleurs : une seule défaite après 17 journées de championnat. Ils étaient les seuls dans ce cas à ce stade de la compétition. Nice, c’est le respect des principes, le goût du jeu et la fraîcheur de la jeunesse, encadrée par quelques oiseaux à l’envergure plus développée, de Younès Belhanda à Dante, jusqu’à Mario Balotelli, quand celui-ci sort les serres. Nice, c’est aussi un seul match par semaine au programme dès le mois de janvier, quand les deux autres cadors vont devoir penser puis préparer puis croiser Manchester City et Barcelone. Pas la même limonade. Nice, c’est la volonté de jouer. Des individualités qui se révèlent (Alassane Plea, Wylan Cyprien, Malang Sarr…), un collectif qui se bonifie au fil du temps, le jeu pour et par le jeu, Lucien Favre…
Franchement, au moment de dessiner le profil d’un champion, les arguments se cognent et le portrait-robot est tout sauf une caricature. Et puis Nice, c’est aussi Balotelli. Même sur une jambe, on ne peut pas ignorer l’impact de l’Italien sur le reste de l’équipe comme sur ses adversaires. « Super Mario », c’est quand même six buts au cours de ses six premiers matches de Ligue 1. A ce rythme, il peut hiberner jusqu’en mars, pour peu qu’il enclenche la seconde sur les deux derniers mois de la compétition. Et puis à tous ceux qui n’y croient toujours pas, on ne rappellera pas Leicester en 2016 mais juste Montpellier en 2012. Cette année-là, les futurs champions héraultais étaient venus tenir en échec le grand PSG (2-2) dans un sommet échevelé. Côté montpeul’, Younès Belhanda était là. L’autre soir, l’international marocain, de retour au top, portait la tunique du Gym. Si même la petite étoile s’en mêle…

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

NON

Il n’est pas ici question de minimiser la formidable première moitié de saison de ces Aiglons souvent royaux. Oui, le magicien Favre, qui avait déjà réussi quelques miracles lorsqu’il coachait le Borussia Mönchengladbach en Bundesliga, réalise un travail fantastique pour ses débuts en Ligue 1. Oui, le recrutement, parfaitement ciblé, est une franche réussite. Oui, les jeunes, qui n’en finissent pas d’éclore sous le maillot rouge et noir, sont rentrés dans le moule avec une facilité assez déconcertante. Oui, on apprécie cet OGC Nice qui se laisse prendre au jeu. Cela suffit-il à faire des hommes de la Côte d’Azur des champions de France potentiels ? Sur le papier, vu leur position au classement, évidemment. Mais, dans les faits, cela risque d’être beaucoup plus compliqué.
Pourquoi ? Parce que, sur leur chemin, les joueurs du président Jean-Pierre Rivère ont quand même deux sacrés clients – en admettant que le titre se résume à un match à trois au vu des écarts – à se coltiner. Il y a l’inévitable PSG qui ne réussit pas sa première moitié de saison la plus aboutie de l’ère qatarie mais qui en a assez sous le capot pour parvenir à emballer la machine quand la route va s’élever. L’autre prétendant ? Il s’agit du voisin monégasque, soit tout simplement la meilleure attaque d’Europe à mi-parcours. Résumer l’ASM actuellement ferait presque peur : une attaque de feu, une défense de fer, un milieu d’enfer. Cela fait quand même deux énormes calibres sur la tempe des Niçois, qui n’ont pas le même vécu ni la même profondeur de banc que leurs opposants. Quand les choses sérieuses vont se présenter, ce que l’on peut situer vers le printemps, les jeunes Aiglons résisteront-ils à la pression ? Les plus expérimentés (on ne parle pas de Balotelli qui marche sur courant alternatif, ce qui est déjà un succès en soi, vu ses deux dernières saisons calamiteuses) maintiendront-ils leur niveau sans connaître l’inévitable baisse de régime ? On a le droit d’en douter. Et on ne parle même pas des sollicitations qui ne manqueront pas de venir, vu le parcours de l’OGCN, et qui risquent de mettre quelques têtes à l’envers à l’approche du mercato estival, c’est-à-dire au pire moment, quand la bataille fera rage en championnat, quand il faudra être concentré à 110% sur son sujet. Quand la moindre petite faute d’attention pèsera très lourd.
Enfin, il serait utopique d’imaginer que la chance ou le froid réalisme, si l’on préfère, du team Favre en certaines occasions va continuer à l’accompagner jusqu’au bout de la compétition. On pense, par exemple, à cette récente sortie au Parc des Princes où l’OGCN a été maltraité, tout proche de la méchante punition, par un PSG de gala et où il s’en est sorti presque par miracle. Les stats de cette soirée, c’était trois tirs cadrés et… deux buts pour les visiteurs contre onze tirs cadrés mais seulement deux buts pour Paris.
Allez, compte tenu de tous ces éléments, sans se prendre pour Madame Soleil ou la voyante du trottoir d’en face, on se lance : pour le titre, on pronostique une belle bagarre entre Parisiens et Monégasques, Nice recueillant la fameuse troisième place qui entrouvre les portes de la Ligue des champions. Ce qui constituerait déjà une saison vraiment très, très réussie pour ces Aiglons qu’on n’imaginait pas, il y a peu de temps encore, côtoyer si vite les cîmes.

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

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