Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (8)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames. Un siècle passionnant et passionné.

1945-1958, LA DROLE D’EPOQUE DE L’APRES-GUERRE

Et l’on s’étonne que « Le Grand fusil » soit une grande gueule ! Vous n’en auriez pas des choses à dire, vous, si vous aviez comme lui connu, aimé, affronté, parfois battu Magni, Bartali, Coppi, Bobet, Koblet, Kübler, Robic, Bahamontès, Gaul, Van Steenbergen et même Anquetil et Rivière ? Raphaël Geminiani, professionnel de 1946 à 60, a eu ce bonheur. Et la malchance de tomber sur la plus grande génération de champions de l’histoire. On comprend qu’il puisse parler des heures durant de cette époque incroyable. Il est si difficile de faire un choix dans une période qui a d’abord vu Gino Bartali devenir le premier coureur de l’histoire à remporter un second Tour 10 ans après le premier (1938-48). Puis donné à la légende un Fausto Coppi survolant les cimes du Giro et de la Grande Boucle (48, 52), battant Rik Van Steenbergen à Roubaix et pulvérisant l’heure au Vigorelli.
Jusqu’en 1953, le cyclisme italien (relayé par les Suisses Ferdi Kübler et Hugo Koblet en 1950-51) va dominer le peloton de l’après-guerre avec un Fiorenzo Magni vieillissant mais refusant de raccrocher et un duo Bartali-Coppi coupant l’Italie en deux clans irréconciliables comme Don Camillo et Peppone. Dantesque ! D’un côté, Gino le Pieux, soutenu par l’Italie religieuse, pratiquante. De l’autre Fausto, proche de la gauche démocrate, dont la vie volage scandalise l’Italie puritaine. Même le Pape s’en mêle, refusant de bénir un peloton dans lequel se trouve le Campionissimo qui vient de divorcer. C’est comme s’il jetait une malédiction sur ce champion d’exception condamné à la prison par la justice pour abandon de famille et qui mourra dans son lit le 2 janvier 1960 des suites d’une maladie contractée pendant une tournée en Haute-Volta où l’avait convié son copain Raphaël Géminiani après la défection de Louison Bobet. Un Bobet que Gem’ surnomme « Zonzon la Pleureuse », plus pour le motiver que s’en moquer, même si leurs relations ne seront jamais calmes. Des rires aux larmes, des embrassades aux empoignades comme ce 16 juillet 1953 où Marcel Bidot, directeur de l’équipe de France, évite de peu une rixe pour une sombre histoire de bonifs.
Après la période italienne, ce sera l’heure de gloire du cyclisme français avec le premier triplé au Tour (Bobet, 1953-54-55), suivi de la surprenante victoire de Roger Walkowiak et du premier des cinq sacres de Jacques Anquetil. Derrière ces victoires, il y a un homme qui réussit à faire cohabiter au sein d’une équipe de France trop riche des tempéraments explosifs. Cet homme, c’est donc Marcel Bidot. Après cinq succès consécutifs, il tentera, en 1958, de réunir le trio Bobet-Anquetil-Geminiani mais échouera. Au dernier moment, Jacques Anquetil, effrayé par la reconstitution du duo Bobet-Geminiani, impose l’éviction de Gem’. S’estimant trahi par Bidot, Geminiani se présentera au départ du Tour avec dans les bras un petit âne appelé Marcel…
Ambiance, ambiance avant un Tour que l’équipe de France, à la dérive, laissera à Charly Gaul, plus préoccupée à faire perdre Geminiani qu’à sauver l’honneur de la patrie. Le même scénario se reproduira l’année suivante au profit de Federico Bahamontes. Anquetil et « le Grand fusil », aux côtés de la petite merveille Roger Rivière, sabordent volontairement une échappée royale qui avait distancé l’Aigle de Tolède plutôt que de favoriser Henry Anglade, vulgaire régional présomptueux à leur goût, qui terminera 2e à Paris devant Anquetil.
C’est un tournant. Anquetil et Rivière préfigurent un nouveau cyclisme, scientifique, moins instinctif, celui des temps modernes. Fini ces belles et drôles d’années où les épopées chevaleresques succédaient aux coups les plus tordus, où l’honneur le disputait à la trahison. Pardon de ne pas avoir laissé plus de place à Ockers, Danguillaume, aux frères Lazaridès, à Barbotin, à Gauthier, à Hassenforder, à Dotto, à De Bruyne, coincé entre deux Rik, Van Steenbergen et Van Looy, à Poblet, à Marinelli « La Perruche », à Graczyk « Popov », à Brambilla « La Brambille », à Caput, au « Roi » Vietto et aux autres qui ont participé à rendre cette époque si formidable.

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