Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (5)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames. Un siècle passionnant et passionné.

1919-1939, LES FORÇATS DE LA ROUTE

Charles Péguy, Eugène Pic, Jules Leroux pour les écrivains, Albéric Magnard, assassiné par les Allemands, pour les musiciens : elle est longue, la liste des artistes morts pour la France pendant la Grande guerre. Le cyclisme laisse les plus grands sur les champs de bataille. François Faber, engagé volontaire dans la Légion, meurt au combat en 1915, six ans après sa victoire dans le Tour. Octave Lapize, son successeur au palmarès, est abattu aux commandes de son avion de combat en 1917. Et Lucien Petit-Breton également, comme tant d’autres.
C’est donc un peloton décimé et orphelin de ses derniers champions qui, doucement, reprend vie fin 1918. Début 1919, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix sillonnent une région Nord effroyablement détruite par les combats. Ce n’est pas un parcours mais un champ de bataille, où il faut slalomer entre les obus, que les coureurs de l’Enfer du Nord affrontent en ce 20 avril 1919. Le cyclisme, qui se trompe rarement, fait déjà jaillir les noms qui régneront les années suivantes.
Les Pélissier – Henri, Charles, Francis -, Oscar Egg, qui dominera la piste pendant 10 ans, Philippe Thys, vainqueur des deux derniers Tours d’avant-guerre (il récidivera en 1920), sont là. Si l’histoire retiendra qu’Henri Pélissier l’emporte à Roubaix, c’est sur les routes de ce Tour de France du renouveau qu’ils vont se retrouver en 1919. Tour du renouveau, de la liberté, qui recommence à écrire les plus belles pages. Abandon théâtral des Pélissier à l’issue de la 4e étape. Naissance du maillot jaune enfilé pour la première fois par Eugène Christophe (quelques jours plus tard, il casse sa fourche, comme si la mésaventure qui l’avait fait entrer dans l’histoire six ans plus tôt n’avait pas suffi). La nouvelle épopée est en marche.
Pendant ce temps, de l’autre côté des Alpes, un autre champion, dont l’ascension irrésistible a été stoppée par la guerre, reprend son règne. Costante Girardengo affiche 9 championnats d’Italie, 6 Milan-San Remo, 3 Tours de Lombardie et 2 Giro (30 victoires d’étape). Il perdra son statut de campionissimo au profit de Alfredo Binda, ne viendra jamais se frotter aux Français et aux Flahutes et restera obstinément à l’intérieur de ses frontières.
Jean Alavoine, Honoré Barthélémy, le trio infernal Henri-Charles-Francis Pélissier, Alfredo Binda : tous vont porter si haut le courage et le panache que le grand écrivain Albert Londres inventera pour eux l’expression des « forçats de la route ». La piste n’est pas en reste avec Oscar Egg, Lucien Michard (champion du monde en 1923) et Robert Grassin. Tous accumulent les succès. Les Six Jours, qui triomphent à Paris, Gand, New York et Chicago, deviennent un vrai phénomène de société.
Après Costante Girardengo et Binda, Ottavio Bottecchia reprend le flambeau de la domination italienne. Mais lui vient titiller et humilier Belges et Français en s’imposant en 1924 et 1925 sur le Tour. Fier comme d’Artagnan, mort comme Cyrano, d’un mystérieux coup de bûche sur la tête en 1927, il ne pourra participer au premier Mondial, disputé le 21 juillet de la même année au Nürburgring où Binda enterre les derniers espoirs d’un Girardengo vieillissant. Même si amateurs et pros sont encore dans la même course, le cyclisme vient de franchir une nouvelle étape en permettant aux meilleurs coureurs du monde d’enfiler le maillot irisé une saison. Inexistants, les Français fourbissent les armes qui vont leur assurer une insolente domination avant que les Italiens ne reprennent la main avec l’avènement de Gino Bartali.
Pendant plusieurs années, André Leducq, Antonin Magne et Georges Speicher jouent « A toi, à moi », trustant les victoires sur la Grande Boucle, récidivant aux championnats du monde tandis que René Vietto, prime à l’éternel malchanceux oblige, conquiert le cœur des Français. René crève à quelques kilomètres de la ligne. René se sacrifie et offre son vélo à Antonin Magne. René gagne parfois, René échoue souvent mais René est un roi, le seul, l’unique, « le Roi René ».
Gino, pas encore le Pieux, pointe son nez en 1936 et envoie à la casse les vieilles gloires de la Botte, les dominant sur le Giro et confirmant l’année suivante. Les Italiens sont de retour, Fausto Coppi n’est pas loin. La guerre non plus. Henri Desgrange tire sa référence en août 1940 et le cyclisme tente de survivre à l’occupant. Championnat de France tronqué de la zone occupée, cyclo-cross, courses sur piste à la sauvette, un Giro, deux Vuelta, c’est à peu près tout. L’Europe a la tête ailleurs. En cinq ans, on verra plus de vélos sur les routes de l’exode que devant les voitures des directeurs sportifs.

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Une nouveauté : Un maillot jaune pour tout l’or du monde
Deux versions s’opposent quant à la naissance du premier maillot jaune du Tour de France. Très officiellement, celui-ci est apparu en 1919 à l’instigation d’Henri Desgrange qui souhaitait que le leader de la course porte un paletot distinctif et opta pour la couleur jaune de son journal « L’Auto ». Le Français Eugène Christophe étrenna la tunique d’or. Il reçut son bien le 19 juillet, au matin de la 11e étape, parce que le maillot n’avait pas fini d’être confectionné dans les délais prévus.
Beaucoup plus tard, « Cri-Cri », comme on le surnommait, se souvenait encore de cette première. « Qu’est-ce que j’ai pris ! Je crois avoir tout entendu… « Qu’il est beau le canari » ou encore « Mais qu’est-ce qu’elle fait, Madame Cri-Cri ? » Le premier jour, surtout, ça n’a pas arrêté. » Si le brave Eugène a essuyé les plâtres, il n’a pas fallu longtemps à la nouvelle toque pour gagner le respect que son porteur méritait.
En 1953, Philippe Thys, premier triple vainqueur de l’épreuve (1913, 14 et 20), conteste cette version des faits. Assurant qu’Henri Desgrange lui aurait proposé « de porter le maillot jaune en 1913, alors (qu’il était) leader du général. J’ai refusé. Il a insisté et finalement, mon directeur sportif m’a conseillé d’accepter, estimant que cela constituerait une bonne réclame pour notre marque. On en a donc acheté un dans un magasin. Comme il était trop petit, il a fallu le recouper… » Aucun journal ni photo ne pouvant confirmer, on en restera à « Cri-Cri d’amour » premier jaune du Tour.

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Des champions : Forza Italia !
Campionissimo. Le mot suprême pour désigner les plus grands champions italiens après la première guerre mondiale. Alfredo Binda, Gino Bartali, Fausto Coppi : la liste fait rêver. Pourtant, le premier d’entre tous – ainsi nommé par le directeur de la « Gazzetta dello Sport », Emilio Colombo, dans l’un de ses éditos -, n’a pas laissé la même trace indélébile que ses successeurs, presque tombé dans les oubliettes de l’histoire.
Costante Girardengo a ouvert le bal des « campionissimi ». Sans doute a-t-il eu la malchance de voir sa carrière amputée à cause de la guerre 14-18. Sans doute sa notoriété a-t-elle souffert du fait qu’il n’aimait rien tant que de courir en Italie devant son public et qu’il lui a manqué ce grand succès international – même s’il remporta le GP Wolber 24, officieux championnat du monde pro – qui aurait donné un éclat encore plus vif à son palmarès : 2 Giro (30 étapes), 6 Milan-San Remo (un record qui tiendra 50 ans avant d’être battu par Eddy Merckx), 3 Tours de Lombardie, 9 titres nationaux, ses succès les plus notoires.
Passé pro en 1912, « Gira » se fait très vite remarquer au sein du peloton. Un costaud, un dur au mal que rien n’effraie, comme le prouve son succès 1914 dans l’étape Lucca-Rome, la plus longue de l’histoire du Giro (430 km). Le conflit mondial va mettre un temps sa carrière entre parenthèses, pas tuer ses ambitions. A son retour, plus affamé que jamais, lors de la saison 1919, et à son zénith, il justifie pleinement ce titre de « Campionissimo » qu’on va lui décerner. Le Piémontais remporte le troisième de ses neuf titres italiens de rang. Dans le Giro, il fait le show. Vainqueur de 7 étapes sur 10, leader d’un bout à l’autre, il laisse le 2e, son ami et rival Gaetano Belloni, à plus de 51’ et termine ce parcours flamboyant en remportant le prestigieux Tour de Lombardie, devant Belloni.
« Gira » va étendre son règne sur les épreuves italiennes jusqu’au milieu des années 20. Le passage de témoin se situe en 1926, lorsqu’il doit s’incliner pour le titre national devant un petit jeune prometteur de 24 ans nommé Binda. L’année suivante, Alfredo enfonce le clou en le dominant lors du premier Mondial pro sur route. « Gira » s’offre un dernier bonheur en raflant en 1928 son 6e Milan-San Remo devant Binda. Son successeur est tout trouvé. Un plus grand, dont la famille a émigré dans le Sud de la France après guerre. C’est sous les couleurs de Nice Sport puis de La Française qu’Alfredo Binda effectue ses débuts pros. Il doit rejoindre l’équipe Alcyon mais un désaccord financier fait capoter l’affaire. Il envisageait sa naturalisation mais plaque tout, retourne définitivement en Italie et signe dans la formation Legnano.
Dès sa première saison dans la péninsule, il remporte Giro et Lombardie. A l’aise sur tous les terrains, ce formidable rouleur, sprinteur émérite et grimpeur extraordinaire, prend le surnom de « Grimpeur assis ». Avec son sens de la formule, René Vietto dit un jour : « On lui aurait mis un verre d’eau sur la tête, il aurait réussi à escalader le Tourmalet sans renverser une goutte. » Binda écrase les compétitions italiennes, à l’image du Giro. En 1927, 12 étapes sur 15. L’année suivante, rebelote avec seulement 1 étape sur 2 (6 au total). En 1929, 8 de rang. Il tue tout suspense, au point qu’en 1930, les organisateurs décident de le payer pour ne pas prendre le départ.
Peu enclin à courir hors du pays, il n’aura participé qu’à un Tour de France (abandon sur chute en 1930) et fit une exception pour le Mondial 1927 en Allemagne. Il récidiva en Belgique (1930) et à Rome (32). Son dernier grand succès sera le Giro 1933 avant l’arrêt de sa carrière en 35, que l’on pourrait succinctement résumer par toutes ses victoires et records. Mais déjà, un autre grand monsieur arrive, un certain Gino Bartali…

A savoir…
– Après ses succès sur Paris-Roubaix et Bordeaux-Paris, Henri Pélissier doit s’incliner le 8 juin 1919 dans Paris-Tours face à l’armada belge qui réalise le triplé grâce à Hector Tiberghien, René Vandenhove et Jean Rossius.
– Le vieux Gaulois (35 ans) Eugène Christophe remporte Bordeaux-Paris le 16 mai 1920.
– C’est le 4 septembre 1921 que le Belge Louis Mottiat s’impose dans Paris-Brest-Paris, une course de 1 200 km qui a la particularité de se disputer tous les dix ans.
– Pour la première fois, le Tour de France s’attaque à l’Izoard. Le Belge Philippe Thys gagne l’étape à Briançon. Nous sommes le 13 juillet 1922.
– Le Suisse Henri Suter est le premier non-Belge à inscrire son nom au palmarès du Tour des Flandres. Cet événement se produit le 25 mars 1923.

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