Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (4)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames. Un siècle passionnant et passionné.

1891-1914, LES PIONNIERS ECRIVENT L’HISTOIRE

Une nouveauté : Et le Tour découvrit la montagne

« Vous êtes des assassins ! » 1910-11 : coureurs, directeurs sportifs et observateurs se souviendront à tout jamais de ces deux éditions exceptionnelles de la Grande Boucle. Cette phrase d’Octave Lapize, vainqueur en 1910, en résume à elle seule le caractère épique. Aventure incroyable souvent, irréelle toujours, objet de toutes les spéculations, tentatives de triche et roublardises (mais aussi de banditisme). Concentré des plus folles épopées, des plus poignants drames (in)humains. Comme s’il avait besoin d’autres difficultés, le Tour de France a décidé de passer pour la première fois, en cette année 1910, par les Pyrénées avant, l’année suivante, d’intégrer les Alpes à son programme.
En 1910, l’épreuve vient de connaître son premier mort « sur la route ». Le jeune Adolphe Hélière décéda à 19 ans durant une journée de repos à Nice. Il fut victime d’une hydrocution. Les coureurs empruntent donc pour la première fois les routes des Pyrénées. Si le premier grand passage montagneux fut le ballon d’Alsace en 1905 (le tout premier restant le col du Pin Bouchain, gravi dès 1903), ce plat de résistance ajouté au menu inspire les plus vives inquiétudes. Place aux étapes Perpignan-Luchon et Luchon-Bayonne. Avant Luchon, les cols de Portel, de Port, le Portet d’Aspet et les Ares sont proposés aux coureurs. La route vers Bayonne passe par Peyresourde, Aspin, le Tourmalet (premier col à plus de 2 000 m de l’histoire), Aubisque et Osquich. Ce programme insensé est l’œuvre de l’assistant d’Henri Desgrange, Alphonse Steinès. Il fera sursauter les coureurs et hurler Desgrange. « Je m’en veux de vous avoir mis dans cet état avec mes Pyrénées, s’excusera-t-il. Jamais je n’aurais dû imaginer y lancer des coursiers… Et encore, je vous ai menti sur l’état des routes lors de mes reconnaissances. »
Mis devant le fait accompli, Henri Desgrange s’excusera auprès de coureurs atterrés et de directeurs sportifs médusés face au nombre de difficultés. Et surtout face à leur dureté. Comment cette idée vit-elle le jour ? Desgrange avait envoyé son adjoint effectuer un reportage chez Martini, fabricant de freins hydrauliques. Durant le reportage, Steinès franchit successivement 48 cols suisses, italiens et français. Les ayant passés sans difficulté majeure, il imagina que ce serait un plus pour la course et défendit cette idée auprès de son supérieur hiérarchique… Desgrange dut déchanter, les coureurs avec. Comme le champion Lucien Petit-Breton. Son équipe dut terminer les reconnaissances non pas en vélo mais en voiture.
Avec les Pyrénées, le Tour a pris un visage encore plus surhumain. Les images d’archives de coureurs terminant à pied les ascensions, soutenus par les observateurs, et les écarts réalisés donneront une dimension encore plus mythique à l’épreuve. Ces étapes pyrénéennes deviendront un rendez-vous incontournable de la Grande Boucle. Au cours de l’édition suivante, le Tour de France prendra également rendez-vous avec les Alpes. Aravis, Télégraphe, Lautaret et Galibier sont inscrits au programme de Chamonix à Grenoble. Le menu est toujours plus indigeste. Et cela ne fait que commencer…

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Un pionnier : Maurice Garin, le Français d’Italie
Il est des noms que l’on retiendra quoi qu’il arrive. Les footballeurs savent à quoi se réfèrent l’URSS ou le Real Madrid. En cyclisme, le nom de Maurice Garin fait immédiatement tilt. « Le petit ramoneur », « le petit matelot », « le bouledogue blanc » : tels furent les surnoms de ce petit homme de 162 cm pour 60 kg, né le 3 mars 1871 à Arvier, dans le Val d’Aoste, et qui restera à tout jamais un pionnier de la Grande Boucle.
Italien naturalisé français à sa majorité, ce ramoneur de métier remporte le premier Tour de France en 1903, à 32 ans. Il finit en tête sur quasiment tous les grands rendez-vous de l’époque. Bordeaux-Paris en 1902, année de la 10e édition. Le premier Tour, donc. A son actif aussi, deux Paris-Roubaix (1897, 98), un an après sa création, et Paris-Brest-Paris (1901) pour la 2e édition. Ce fameux Tour de France 1903 lui valut tous les honneurs (victoire finale et 3 étapes). Puis ce fut le déshonneur, à 33 ans, avec le déclassement, après une nouvelle victoire à Paris, des quatre premiers pour violation du règlement. Garin vit s’envoler un deuxième succès et une victoire d’étape. Cet épisode mit un terme à sa carrière, riche d’une vingtaine de victoires.
Il reviendra en 1944 comme directeur sportif de l’équipe Garin, tantôt française, belge ou luxembourgeoise, et ce jusqu’en 1954. Cette équipe remportera notamment Bordeaux-Paris en 1950 et 52 avec Piet Van Est. Le petit Italo-Français décéda le 19 février 1957 à 86 ans. Ainsi vécut et courut un pionnier. Aujourd’hui encore, on se souvient de lui, à travers une rue à son nom (à Maubeuge, depuis le centenaire du Tour de France en 2003), un stade vélodrome à Lens et même des zones industrielles (Montgeron, lieu du départ du Tour 1903). La célébrité quelles que soient les époques, en somme…

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Un héros : François Faber, le géant de Colombes
Le cyclisme d’hier, plus encore que celui d’aujourd’hui, fourmille de héros, titans de la route. Né en janvier 1887, François Faber est Luxembourgeois par son père (les frères Schleck ne l’auraient pas renié) et Français par sa mère. Il avait un demi-frère, Ernst Paul, qui fut également cycliste. La Première guerre mondiale arracha à la vie, bien trop tôt (28 ans), ce héros d’une autre époque qui venait de s’engager dans la légion étrangère. Faber mourut comme tant d’autres dans les tranchées pour avoir voulu sauver l’un des siens.
Cycliste dès l’âge de 19 ans, l’ancien garçon de café se découvrit très vite une passion et des qualités pour ce sport. Celui que l’on surnommera « le géant de Colombes » est des premières épopées. Il connaît les débuts – ou presque – du Tour de France, en 1906. Il courra pour les plus grosses équipes de l’époque (Peugeot, Alcyon) et y obtiendra les plus beaux résultats. Parmi une trentaine de succès, on retiendra le Tour de France 1909. Il cumulera 17 victoires d’étape et une 2e place l’année suivante, en 1910. Sur neuf éditions, il aura passé près d’un mois comme leader de l’épreuve. On n’oubliera pas le Tour de Lombardie, Paris-Bruxelles, deux Paris-Tours, Bordeaux-Paris, Paris-Roubaix et Milan-San Remo.
De 1908 à 1913, Faber a remporté ce qui se faisait de plus beau sur la route. Aujourd’hui, son palmarès en ferait rêver plus d’un.

Une rivalité : France-Belgique, le match des voisins
Le cyclisme est fait, depuis toujours, de rivalités. A l’intérieur même des équipes. Entre équipes, évidemment, mais aussi entre pays. La création des premières épreuves internationales marque le début des grandes rivalités. On parlera plus tard de celles qui feront rage entre Français et Italiens. Avec la création de Liège-Bastogne-Liège, Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris et celle du Tour de France, c’est l’axe France-Belgique qui occupe tous les esprits.
Belges et Français vont se partager – sans partager – tous les succès ou presque de l’époque. La Doyenne sera belge – un seul succès français, signé Louis Trousselier en 1908 – de 1892 à 1930. De 1891 à 1914, les Français remporteront 16 Bordeaux-Paris sur 25, pour quatre succès belges. Entre 1891 et 1951, Paris-Brest-Paris affichera quatre victoires françaises (sur sept éditions) pour deux belges. Sur le Tour de France, la stat est encore plus impressionnante. Les Français remporteront huit des neuf premières éditions (avant la Première guerre mondiale). Leurs voisins d’outre-Quiévrain trusteront les trois suivantes et les quatre premières de l’entre-deux-guerres. Après, les premiers champions italiens et espagnols modifieront la donne.

A savoir…
– Le patron du Tour avait bien caché son jeu. Henri Desgrange détient, entre le 11 mai 1893 (à Paris) et le 31 octobre 1994, le premier record de l’heure avec 35,325 km. Il est détrôné par Jean Dubois, également à Paris. Ce dernier portera la marque à 38,220 km. Entre 1893 et 2005, le record sera amélioré 26 fois, la dernière perf étant établie par le Tchèque Ondrej Sosenka (49,700). Les Français ont détenu le record 12 fois. Les plus grands l’ont fait tomber : Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Eddy Merckx.

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