Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (3)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames. Un siècle passionnant et passionné.

1891-1914, LES PIONNIERS ECRIVENT L’HISTOIRE

Des créations
Toutes ne sont pas restées. Mais celles qui ont perduré sont devenues des légendes. Si Paris-Rouen a été, le 7 novembre 1869, la première course de l’histoire, si Milan-Turin est officiellement né le 25 mai 76 (c’est la plus ancienne épreuve encore disputée), bien d’autres sont nées à la fin des années 1800 ou au début des années 1900 et ont duré. En marge du Tour d’Italie, du Tour de Lombardie, de Paris-Tours et de Paris-Roubaix, notamment (on ne peut pas toutes les citer), trois sont devenues mythiques.
A l’origine, l’aller-retour à Liège via Bastogne devait servir de prélude à Liège-Paris-Liège à partir de 1892 (lui-même devait suivre Paris-Brest-Paris). Il n’en sera rien. Dès sa première édition le 29 mai 1892 (le vainqueur fut Léon Houa), celle que l’on appelle aujourd’hui « la doyenne » – à tort ? – s’imposa comme un rendez-vous incontournable du calendrier printanier ou estival. Seules les guerres ont barré sa route de 1914 à 1918 puis entre 1940 et 42. Le Pesant Club Liégeois et la Liège Cycliste Union imaginèrent une course des plus difficiles dans la région ardennaise avec deux villes éloignées mais permettant de faire l’aller-retour en train dans la journée. Sa quinzaine de côtes fit sa spécificité, renforcée de 1950 à 65 par sa programmation le même week-end que la Flèche Wallonne, pour le week-end des Ardennes. A partir de 1966, les deux courses seront un peu espacées, sans que leur intérêt en pâtisse, bien au contraire.

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Autre épreuve mythique malheureusement disparue, Paris-Brest-Paris, né en 1891, avait lieu tous les dix ans (1891, 1901, 11, 21, 31) ou presque (1948, 51). Organisée sur une dizaine de jours au départ, l’épreuve bascula sur trois jusqu’à sa disparition, en septembre 1951. Maurice Diot remporta la dernière édition d’une course créée par « Le Petit Journal » et qui devait être un rendez-vous international. Sur 1 200 km avec des vélos « plombés » (mais aussi ni femmes, ni étrangers au départ), ce fut un franc succès. Pour preuve, Michelin, le fabricant de pneus, y sortit pour la première fois un pneumatique démontable. Au début du XXe siècle, Henri Desgrange, futur organisateur du Tour de France, prit la course à son compte. Il voulait lui donner une dimension internationale avec la possibilité d’avoir des entraîneurs. Après de multiples changements de règlement et l’arrivée des professionnels en 1948, l’épreuve passa à la trappe. L’année 1951 vit la dernière édition d’une course qui n’attirait plus les participants.
Autre chère disparue, Bordeaux-Paris. 1891-88 ! Cette course très spécifique se déroulait derrière entraîneur dans sa seconde partie. Ses 600 km à effectuer d’un trait n’ont pas rebuté les meilleurs (Eddy Merckx ne l’a jamais remportée puisqu’il ne s’y est jamais inscrit). Sa spécificité et son placement en concurrence avec une préparation pour la Vuelta ou le Giro firent que l’année 1985 accueillit la dernière compétition disputée avec derny. 1988 vit tout simplement la dernière édition. Toutes ces épreuves, comme bien d’autres, ont fait l’histoire de ce sport si diversifié. Cette époque fut propice à bien des créations.

Une équipe : Alcyon, première machine à gagner
Entre histoires d’hommes, histoires de machines et histoires de courses, le cyclisme de la fin du XIXe siècle et du début du XXe voit aussi naître les premières grosses équipes dans le peloton. Avec le Tour de France, l’équipe des cycles La Française arrive la première. Maurice Garin sera son leader, entouré de sept coéquipiers dont Lucien Pothier. Les autres coureurs sont épaulés par un sponsor individuel ou font partie de la petite équipe Gladiator. En 1904 et 1905, d’autres grosses équipes se créent comme Peugeot-Wolber et Bianchi. Des petites sont aussi de la partie et les sponsors individuels se multiplient. 1906 marque l’arrivée de l’équipe française Alcyon, une marque de cycles. Très vite, elle deviendra la grosse équipe du peloton. Les Français Aucouturier, Cadolle, Dortignacq, Emile et Léon Georget et Wattelier assurent les premiers gros succès. De 1909 à 12 (avec Faber, Lapize, Garrigou, Defraye), elle remportera quatre Tours de France successifs. Dans la période de l’entre-deux-guerres, de 1927 à 29, elle se fera également remarquer avec trois autres succès (Frantz et De Waele). Alcyon sera présente dans le peloton jusqu’en 1961 et affichera un palmarès remarquable, fruit du travail des coureurs et du staff. Le Français Georges Speicher sera son dernier grand directeur sportif.

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Un fait : Athènes fait entrer le vélo aux J.O.
A la clôture des premiers Jeux Olympiques de l’histoire, en 1896 à Athènes, le baron Pierre de Coubertin déclara : « Les Jeux Olympiques n’appartiennent pas à un pays mais à tous ». La France se prépare à accueillir l’Olympiade suivante (1900). Athènes a été le temple de la piste, un anneau de bois où 20 000 spectateurs s’entassaient à chaque réunion. La vitesse et le kilomètre étaient déjà programmés. On y ajoute le 10 000 m et les 100 km tandis que la course sur route se déroule sur 87 km. C’est un pâtre grec qui remporte l’or. Un dieu pour tout un peuple qui savoure la victoire d’Aristidis Konstantinidis dans la course en ligne, en 3h22’31’’. Les Français, eux, seront les rois de la piste : au Parisien Léon Flameng s’ajoute Paul Masson, vainqueur à lui seul de trois médailles d’or (vitesse, km, 10 000 m). Masson est un petit râblé à la moustache frétillante. Le mollet ferme, il saute sur la ligne les inconscients qui osent se placer à sa hauteur. Flameng domine de long en large le 100 km avec 14 tours d’avance sur le 2e ! Une facilité extraordinaire quand on sait qu’il chuta pendant la course. Les Grecs qui garnissent les tribunes s’inclinent devant tant d’audace. Les Français s’adjugent quatre médailles d’or sur six. L’histoire du cyclisme aux J.O. ne fait que commencer…

A savoir…
– Chapeau Louis Trousselier ! Entre 1892, année de création de la doyenne Liège-Bastogne-Liège, et 1930, le Français (vainqueur en 1908) sera le seul non-Belge à monter sur le podium ! L’Allemand Herman Buse remporte la course en 1930. Il faudra attendre 1948 pour retrouver un non-Belge sur le podium, le Français Louis Caput (3e).
– Si le classement du Tour 1904 avait été conservé, Maurice Garin aurait remporté son deuxième Tour devant Lucien Pothier et… César Garin, l’un de ses deux frères avec Ambroise (César était le cadet et Maurice l’aîné). Henri Desgrange en décida autrement et Henri Cornet devint le plus jeune vainqueur de l’histoire.
– Milan-San Remo connaît sa première édition en 1907. Son premier vainqueur fait la fierté de la France. Lucien Petit-Breton s’impose devant le duo franco-italien Garrigou-Gerbi. L’Italie fera la loi à domicile en 1909 avec Luigi Ganna mais c’est véritablement avec Costante Girardengo (1918, 21, 23, 25, 26, 29) que commencera son règne à domicile. Sans oublier les succès de Agostini, Corlaita, Belloni, Gremo, Brunero, Linari et Chesi, avant un certain Binda.
– Le patron du Tour avait bien caché son jeu. Henri Desgrange détient entre le 11 mai 1893 (à Paris) et le 31 octobre 94 (détrôné par Jean Dubois à Paris) le premier record de l’heure avec 35,325 km ! Son successeur passera à 38,220 km. Entre 1893 et 2005, le record sera amélioré 26 fois, dont la dernière par le Tchèque Ondrej Sosenka (49,700). Les Français le détiendront 12 fois. Les plus grands le feront tomber, comme Fausto Coppi, Jacques Anquetil et Eddy Merckx.

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