Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (25)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

1976-89, LE BLAIREAU VOUS SALUE BIEN

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Duels au soleil : Hinault-Fignon, Saronni-Moser, entre France et Italie
Le cyclisme s’est nourri à toute époque de rivalités entre coureurs. La cohabitation entre les deux champions français Bernard Hinault et Laurent Fignon dure deux ans. Deux ans chez Renault-Gitane. Fignon prend ses marques dès 1982 avec une victoire dans le Critérium International avant de filer un coup de main à Hinault qui remporte son deuxième Giro. Laurent regarde Bernard remporter son quatrième Tour de France en juillet mais la rupture est déjà consommée. Rupture avec Cyrille Guimard. Hinault n’a rien contre Fignon mais il veut changer d’air car il ne reconnaît plus son équipe. Un an plus tard après la victoire de Fignon sur le Tour 1983, il signe chez la Vie Claire et roule pour Bernard Tapie. Le duel peut commencer.
Le « Blaireau » a gagné partout alors que le Parisien est à l’aube d’une carrière prometteuse après son entrée fracassante dans le monde professionnel. Le duel est attisé par les cendres encore chaudes qui ont conduit Hinault à quitter Guimard, qui dirige Fignon. Le Tour 1984 est un foyer où le phénix Hinault renaît de ses cendres avant de finir brûlé sur les pentes de L’Alpe-d’Huez. Dominé dans les contre-la-montre (excepté le prologue au départ de Montreuil), Nanard souffre terriblement face à la fougue d’un adversaire survolté à l’idée de battre l’imbattable.
A l’issue de l’étape de L’Alpe, où Hinault a attaqué Fignon et le Colombien Luis Herrera après avoir été décramponné dans l’avant-dernière difficulté (la côte de Laffrey), le Parisien jubile au micro de Jacques Chancel : « Il m’a bien fait rigoler ! » Cette phrase déclenche la polémique, même si Hinault n’en rajoutera pas. Il a été battu par plus fort que lui.
Le Breton gagnera de nouveau le Tour, des classiques (le Tour de Lombardie dès 1984) et le GP des Nations. Le Parisien, souvent blessé avant un retour en force face à l’Américain Greg LeMond en 1989, ne connaîtra plus la même réussite sur le Tour. Ce duel écourté dans le temps permet surtout de recaler un épisode de la vie de deux champions d’exception.

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Les champions d’exception, l’Italie connaît. Elle s’est toujours nourrie de duels à travers sa propre histoire. Costante Girardengo-Alfredo Binda puis Alfredo Binda-Learco Guerra et Fausto Coppi-Gino Bartali avant Giuseppe Saronni et Francesco Moser, qui se détestaient copieusement. On n’oublie pas Gianni Bugno-Claudio Chiappucci. Michele Bartoli et Marco Pantani ne jouaient pas sur le même terrain. Une Italie clanique, emportée par la passion de ses coureurs. Elle adule Moser avant d’acclamer « il Beppe ».
Saronni sort vainqueur d’un Giro taillé pour Moser en 1979. A 22 ans, il déjoue tous les pièges pour s’imposer dans un duel fratricide. Moser n’a toujours pas gagné le Giro mais il remporte le Mondial 1974, Paris-Tours et le Tour de Lombardie. Saronni doit attendre 1982 pour enfiler le maillot arc-en-ciel et remporter la classique des feuilles mortes. Leur rivalité naît lors du Mondial 1978. Alfredo Martini réunit une Squadra de rêve autour du duo Moser-Saronni. Lorsque les deux coureurs sont échappés avec le Néerlandais Gerrie Knetemann, l’Italie se voit championne du monde. Moser part à l’amorce de la dernière boucle avec Knetemann. Saronni n’a pas bougé. A l’arrivée, le Hollandais souffle la médaille d’or à Moser. Saronni, dépité, lâchera : « Si ça avait été moi avec Knetemann, je l’aurais évidemment battu au sprint ! »
Sur le Giro 1981, la rivalité entre les deux hommes atteint son paroxysme. Un autre Italien en profite : Giovanni Battaglin. Saronni déclare toujours acerbe : « Je ne comprendrai jamais l’attitude du public qui m’insulte chaque jour. Les supporters de Moser me traitent comme un chien ! Leur attitude est odieuse… Moser les monte contre moi. » Ce dernier a son domaine réservé. Il s’adjuge trois Paris-Roubaix et le record de l’heure, battu deux fois en quelques jours à Mexico, en 1984. Saronni gagnera de nouveau le Giro (1983). Le vieux Moser devra attendre 1984 pour le remporter à 33 ans, devant un Fignon « volé » puisque le Stelvio fut annulé au dernier moment. Aujourd’hui, Moser et Saronni ne sont pas réconciliés. En 2002, par média interposé, Saronni accusait Moser d’avoir introduit le dopage !

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Un exploit : Kelly, le dernier dinosaure
Six équipes (Flandria, Splendor, Sem puis Skil, Kas, PDM et Festina) pour un palmarès à faire tourner les Guinness sur le zinc. L’Irlandais Sean Kelly était l’homme de toutes les sorties. Le dernier dinosaure, capable d’aligner dans une saison courses à étapes, classiques de printemps, Vuelta, Tour, Mondial et classiques d’automne. Une force de la nature élevée à la ferme, dans le comté de Waterford. C’est là que Jean de Gribaldy vient le dénicher à la fin des années 70.
En 1982, il gagne son premier Paris-Nice. Il enchaîne avec six autres succès dans la course au soleil. Un record ! Kelly remporte 4 maillots verts sur le Tour de France et même une étape en montagne. Il fut l’incontestable n°1 mondial de 1984 à 89 avec des victoires dans Milan-San Remo, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège, le Tour de Suisse, le Tour de Lombardie, la Semaine catalane, sans oublier le Pays basque et la Vuelta 1988.
Pour voir son héros, l’Irlande mit en place un Tour du pays. Kelly connut une année 1991 plus difficile avec une fracture de la clavicule sur Paris-Nice et la perte de son frère Joe dans un accident de voiture. Il remporta un nouveau Tour de Lombardie en fin de saison avant de gagner de nouveau la Primavera en 1992. Il se retira en 1994 sans avoir été champion du monde et sans avoir remporté le Tour des Flandres. Une anomalie quand on sait qu’il termina trois fois 2e du Ronde entre 1984 et 87…

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Au revoir : Le « Cannibale » et Poupou quittent la scène
Raymond Poulidor rejoint la caravane des suiveurs du Tour de France en 1978 après avoir raccroché son vélo le 25 décembre 1977. Le milieu lui manquait déjà. Dix-sept ans de carrière pro pour l’Auvergnat qui aura combattu Jacques Anquetil puis Eddy Merckx avec l’étiquette d’éternel second. « Cette réputation me vient de ce Tour que je n’ai jamais remporté. Les gens en oublient mes victoires. Ma plus belle est mon premier Paris-Nice contre Merckx. »
Comme Hinault plus tard, Poulidor (41 ans) met le vélo au clou sur un cyclo-cross, dans le Nord, à Wambrechies. La sortie terminée, il range la machine dans le coffre de sa Mercedes verte, celle qui le trimballait toujours. Tout ce qui touche à « Poupou » est affaire de longévité. En 1977, Merckx a souffert sur le Tour avec l’équipe Fiat montée par Raphaël Geminiani. Sixième à l’arrivée à Paris, il paie une terrible défaillance dans la Madeleine et le Glandon. En fin de saison, le « Grand Fusil » lui propose un deal. « Je monte une équipe de jeunes que tu encadres et tu continues à courir en disputant les 6 Jours avec Sercu. »
La proposition séduit Merckx jusqu’au jour où il appelle Gem’ pour lui signifier qu’il veut gagner un sixième Tour en 1978 et qu’il a embauché Lucien Van Impe et Walter Planckaert. Merckx part chez C&A pour ne courir que cinq courses. A 33 ans, le roi Eddy est au bout du rouleau. Les médecins lui conseillent d’arrêter très vite. Le 18 mai 1978 à Bruxelles, le « Cannibale » annonce sa retraite. L’âge a toujours eu raison des glorieux champions. Le cyclisme reste entre de bonnes mains avec l’arrivée d’un certain Bernard Hinault…

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Zoom sur… Ti-Raleigh, la machine néerlandaise
Peter Post, décédé début 2011, avait créé l’équipe Ti-Raleigh en 1974. Le maillot rouge, noir et jaune devient célèbre grâce aux victoires de l’homme aux lunettes Jan Raas et à celles de Gerrie Knetemann, Hennie Kuiper, Dietrich Thurau et Johan Van der Velde. Post enrôle les meilleurs Belges et Hollandais de l’époque, Henk Lubberding, Roy Schuiten, Cees Priem, Ludp Peeters, Johan Van der Velde. Joop Zoetemelk rejoint l’équipe néerlandaise en 1980 pour gagner le Tour. Mission accomplie avec une razzia : Post remporte 11 étapes sur 23 dont 7 de rang ! Les Raleigh étaient une machine de chrono quasi-imbattable avec une discipline impressionnante. Ce sponsor britannique se retire en 1983, quand Jan Raas emmène six coureurs avec lui pour fonder l’équipe Kwantum.

A retenir
– En 1976, Freddy Maertens remporte 54 victoires dans l’année, autant qu’Eddy Merckx en 1971 : Mondial, Gand-Wevelgem, Amstel Gold Race, GP de Francfort, championnat de Belgique, 4 Jours de Dunkerque, GP des Nations, 8 étapes du Tour.
– Eddy Merckx signe chez Fiat en 1977 pour 11 500 €, 75 000 francs de l’époque.
– 15 ans après Raymond Poulidor, le Français Michel Laurent remporte, en 1978, la Flèche Wallonne avec le maillot Peugeot.
– En 1979, Joop Zoetemelk perd sa 2e place sur la dernière étape du Tour de France (les Champs-Elysées), conséquence d’un contrôle antidopage positif.
– En 1980, la production française de cycles bat son plein avec un record de fabrication : 2 776 123 unités.
– Carnage en 1988 sur la route de Liège-Bastogne-Liège avec une cinquantaine de coureurs au sol dans la descente de Houffalize, où des travaux sur la chaussée n’ont pas été signalés. L’Américain Davis Phinney passe à travers un pare-brise, il sera défiguré à vie. La société ASO récupérera l’organisation de la doyenne en 1990.
– A 22 ans (en 1989), le Belge Edwig Van Hooydonck gagne le Tour des Flandres. Il doublera à 24 ans.
– Que pasa ? Découvert en 1983 par Jean de Gribaldy, le provençal Eric Caritoux remporte la Vuelta en 1984 pour six secondes, devant l’Espagnol Alberto Fernandez. Raimund Dietzen complète le podium. Caritoux remporte une étape de montagne avant de résister aux attaques de Fernandez sur les pentes menant aux lacs de Covadonga. Lors de l’ultime contre-la-montre, sur 33 km, une chaussée trop humide contracte Fernandez, battu pour 6’’. Caritoux sera deux fois champion de France par la suite (1988, 89).

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