Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (24)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

1976-89, LE BLAIREAU VOUS SALUE BIEN

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Top chrono : 8 secondes pour l’histoire
Laurent Fignon avait coutume de raconter son Tour de France 1989 avec cette discussion en forme de boutade. « Dites donc, vous ! Je vous connais… Vous êtes celui qui a perdu le Tour de France pour 8 secondes », lui lance une personne. Et Fignon de répondre : « Je suis aussi celui qui l’a gagné par deux fois, Monsieur-Madame. » Le Parisien aura vécu sa trop courte vie avec cette défaite sans cesse ressassée. Comme si ses deux superbes victoires en 1983 et 1984 n’avaient été que des mirages. Mais ces 8 secondes entre lui et Greg LeMond, vainqueur au final, seront figées pour l’éternité dans l’histoire et le palmarès de la course.
D’abord parce que ce Tour de France fut sublime, renversant et généreux dans le spectacle offert par les coureurs. Et puis cela tient à la personnalité des deux protagonistes. Comme Fignon, l’Américain avait déjà remporté le Tour (en 1986) avant de prendre du plomb dans l’aile. Le Parisien, lui-même, était un miraculé en 1989 après de multiples blessures. Mais tous deux avaient dans les veines ce fluide d’attaquant que seuls les grands champions possèdent. Et puis après une bataille sans merci à travers les Pyrénées et les Alpes, le cadre majestueux d’une arrivée à Paris, sur les Champs-Elysées, offre une issue parfaite à ce mano a mano relevant de la dramaturgie.
La veille de l’arrivée, Fignon possède 50’’ d’avance sur l’Américain. La course propose 24,5 km entre Versailles et Paris. Elle livrera le nom du vainqueur à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française. Ce sera une cruelle désillusion pour le Parisien qui a remporté Milan-San Remo et le Giro cette même année ! Mal en selle et souffrant d’une inflammation de l’urètre, le Français perd le maillot jaune pour 8 malheureuses secondes. Le plus petit écart jamais enregistré entre le 1er et le 2e dans toute l’histoire du Tour.
« La leçon de ce Tour, je la connaissais. Mais je n’ai pas su l’appliquer. Je savais que le jour où vous êtes plus fort que les autres, il ne faut pas hésiter à les mettre le plus loin possible. » Laurent s’est toujours rappelé des moments magiques de cette Grande boucle où il aurait pu (et dû, donc) repousser plus loin Greg LeMond. « Dans l’étape de la Chartreuse, j’aurais dû partir dans le col de Porte et m’élancer dans 70 km d’échappée, quitte à coincer un peu par la suite. » Cet aveu terrible fera mal. « Ce qui m’a empêché de le faire, ce sont les 50’’ d’avance que j’avais sur LeMond. »

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La surprise du chef : Marc Gomez gagne la Primavera
20 mars 1982. Les Italiens attendent un duel Francesco Moser-Giuseppe Saronni sur Milan-San Remo. Mais les organisateurs ont modifié le parcours en ajoutant la Cipressa, côte sévère à la sortie d’Imperia. Ensuite, il faut passer le Poggio qui reste le moment clé de la Primavera. Car les jambes sont lourdes après plus de 280 km de course. A l’assaut du fameux Poggio, intégré à la course dès 1960, les Italiens ne voient rien venir de bon. Ils perçoivent un coureur à lunettes devant Saronni, Moser et les favoris. Son nom : Marc Gomez. Il court pour une équipe au maillot orange (Wolber) et on le prend pour un Espagnol. Il est bien Français, Breton pur beurre. Il livre des journaux le matin sur la région de Rennes et s’entraîne l’après-midi. Il a refusé un contrat chez Cyrille Guimard et à 27 ans, pour sa première année pro, il fait sauter la banque sur la Via Roma devant un autre Français, Alain Bondue, tombé dans la descente du Poggio. Italiens et Belges, piégés par la bleusaille, feront la gueule et laisseront les reporters gaulois avec leur duo tricolore !

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Une nouveauté : Un cyclisme sans frontières
Les reporters colombiens débarquent en force sur le Tour. Nous sommes en 1983. Un an plus tard, on comprend mieux pourquoi. Le Dauphiné Libéré est une rampe de lancement idéale. Bernard Hinault est battu par Martin Ramirez dans le col de Rousset et Francisco Rodriguez remporte deux étapes. Quelques jours plus tard, Luis Herrera (photo 1) remporte, à 23 ans, une victoire historique pour les Colombiens à L’Alpe-d’Huez. Un an plus tard, il est meilleur grimpeur et Fabio Parra meilleur jeune. Il faudra attendre 1987 et la Vuelta pour voir Herrera s’imposer sur un grand Tour. Le 15 mai sera décrété jour férié à Bogota.

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La chute du mur de Berlin en 1989 ouvre, elle, les frontières à l’Est. L’Ouzbek Djamolidine Abdoujaparov succède à Olaf Ludwig (photo 2), né de l’autre côté du rideau de fer, en Allemagne de l’Est, dans la quête du maillot vert. En 1989, Dimitri Konyshev est le premier Russe à monter sur le podium au Mondial, derrière Greg LeMond et devant Sean Kelly. Fini le train-train des nations-pilote (Italie, Belgique, France, Espagne et, à un degré moindre, Allemagne, Suisse et Luxembourg), il faut désormais compter avec les Etats-Unis, l’Amérique du Sud, l’Australie et l’Europe de l’Est.

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Un triplé : Giro-Tour-Mondial, signé Roche
L’Irlandais Stephen Roche porte le maillot de la Carrera dirigée par Davide Boifava. Une équipe italienne où le playboy Roberto Visentini a remporté le Giro précédent. Année 1987. Visentini est né dans la région de Brescia avec une cuillère en argent dans la bouche. Champion du monde juniors 1975, il a dû attendre 1983 pour remporter un succès digne de ce nom avec Tirreno. Au départ du Giro (photo 1), Boifava ne sait pas trop où il va avec son duo Roche-Visentini. « La Gazzetta dello Sport » a titré « La course des couteaux sous la table ». L’un d’entre eux restera sur le carreau…

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Visentini, car Roche a pris l’initiative en attaquant dans les Dolomites. Scène surréaliste : Boifava demande à Roche d’attendre Visentini. Refus de l’Irlandais. On va d’imbroglios en scénarii plus dingues les uns que les autres jusqu’à l’intervention du boss de Carrera Jeans pour trancher en faveur de Roche. Ce Giro fut un calvaire psychologique pour lui. Il trouvera des alliés dans les équipes étrangères.

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Plus tard, Roche récidive sur le Tour. Bernard Hinault est retraité, Greg LeMond sur un lit d’hôpital, Laurent Fignon privé de bonnes sensations. Le favori Roche est bousculé par Pedro Delgado et Jean-François Bernard. A La Plagne, l’Irlandais est placé sous oxygène sitôt la ligne franchie. Il deviendra le premier Irish vainqueur du Tour (photo 2).
Reste le Mondial (photo 3). Rendez-vous à Villach, Autriche. Une course d’attente se débloque à l’amorce du dernier tour avec une échappée de Sean Kelly, Moreno Argentin, Stephen Roche et une dizaine de coureurs. Kelly ne va jamais contrarier les plans de Roche qui attaque aux 400 mètres et surprend Argentin et Juan Martin Fernandez. Triplé historique, réalisé par le seul Eddy Merckx avant lui (1974).

A retenir
– L’Italien Giovanni Battaglin réussit l’exploit rare de remporter la Vuelta et le Giro en 1981.
– En 1982, Giuseppe Saronni est champion du monde à Goodwood devant Greg LeMond.
– Stevens Rooks est sans équipe fin 1982, lâché par Peter Post et les Raleigh. Le vicomte Jean De Gribaldy le signe « à la musette ». Rooks gagne à Liège et resigne chez Post en 1984.
– En 1984, Francesco Moser bat deux fois le record de l’heure en quatre jours
(51,151 km/h) sur un vélo équipé de roues lenticulaires.
– Marc Madiot remporte Paris-Roubaix en 1985, quatre ans après Bernard Hinault. Il le remportera de nouveau en 1991.
– En 1986, le Danois Kim Andersen est contrôlé positif sur la Flèche Wallonne et Paris-Camembert. Il sera radié à vie pour cause de récidive avant que la Fédération internationale ne le réintègre dans le peloton.
– Doublé Liège-Bastogne-Liège et Tour de Lombardie en 1987 pour Moreno Argentin.

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