Équipe de France

Cristiano Ronaldo mérite-t-il vraiment le Ballon d’or ?

Il ne fait guère de doutes que l’attaquant portugais recevra en fin d’année son quatrième Ballon d’or. Pourtant, l’ordre pré-établi a fait naître quelques réclamations au sein de la rédac’, et pas des moindres. Alors, « CR7 » ou pas ?

OUI

Après six années de collaboration avec la FIFA, le « Ballon d’or » de France Football reprend son indépendance cette année. C’est une très bonne nouvelle, cela renforce encore l’idée d’une lutte à armes égales et à règlement fixe. On se souvient, ici, de la décision de Sepp Blatter, dans l’urgence et dans un incroyable bricolage, de repousser la date limite des votes en 2013, histoire d’être sûr que le Portugais serait sacré après sa démonstration en barrage qualificatif pour la Coupe du monde contre la Suède, en novembre. L’idée d’un vote à deux vitesses, voire d’une compétition jouée à l’avance, n’avait pas germé, elle était déjà en fleur, fière et haute en couleurs.
Ce ne sera plus le cas cette année, comme on ne verra plus la publication des noms des trois finalistes à quelques jours de l’annonce finale du palmarès. Après tout, réduire la liste des 30 à 3 noms en un coup de ciseaux était aussi une façon très diplomate de dire aux 27 autres qu’ils n’avaient rien à faire dans la cour. En 2013, Cristiano avait été l’Elu, alors que Franck Ribéry aurait dû être récompensé. Et en 2016 ? Franchement, là, il n’y a pas match. Il y en a eu un, pendant quelques semaines, entre les mois d’avril et le 10 juillet au soir. Un espace temps au cours duquel Antoine Griezmann a pris toute la place et pas mal de lumière, même avec ses cheveux au naturel (comme quoi…).
« Grizou » griffait, « Grizou » volait, « Grizou » avait successivement maté le Barça et le Bayern Munich presque à lui seul, en quarts et en demi-finales de la Ligue des champions. Le Français avait manqué un penalty en finale, contre le Real Madrid, et Cristiano Ronaldo, pourtant à la limite de la transparence au cours du match, avait soulevé une nouvelle Coupe aux grandes oreilles entre Karim Benzema et Zinédine Zidane. Griezmann était touché mais pas coulé.
Le Français a remis le bleu de gala au fur et à mesure que les Bleus avançaient dans leur Euro. Héros contre l’Irlande, en démo face à l’Islande, à nouveau bourreau de Manuel Neuer contre l’Allemagne. Restait le Portugal pour un incroyable sacre continental à domicile. Le Stade de France, Deschamps sur le banc, certains parfums revenaient à nos narines… Et voilà que « CR7 » se blesse et quitte la pelouse en pleurs à la demi-heure de jeu.
L’histoire qui tourne, se disait-on alors, le destin qui bascule ? Pas vraiment. Griezmann a fait comme les Bleus : il a manqué sa finale. Et Cristiano est revenu, le genou dans la naphtaline, sur le bord du terrain, sautant comme un cabri et secouant Fernando Santos, son sélectionneur, comme un bananier. Le blessé était resté le patron. Quelques semaines après une nouvelle Ligue des champions, « CR7 » soulève enfin un premier trophée international avec sa sélection.
Depuis ? L’affaire est pliée, il pourrait rester dans le coton jusqu’à la fin de l’année. La menace Lionel Messi ? Non, une menace fantôme. Cette saison, le Barça a remporté la Liga, certes, mais entre une nouvelle Copa America qui s’arrête en finale, sa retraite internationale et… son retour en sélection, l’Argentin a été plus humain qu’extraterrestre en 2016. Neymar, champion olympique ? C’est une médaille d’or mais ça vaut chocolat à côté d’un doublé C1-Euro. Le mec en or de 2016, c’est Cristiano. Point.

NON

Savoir qui va rafler le Ballon d’or relève, à ce jour, d’une assertion, acceptée par tous. D’une évidence entérinée. Qui peut croire qu’il y aura un réel suspense ? Le Ballon aux dorures si convoitées finira dans les grandes mains, impressionnantes et dominantes, de Cristiano Ronaldo. C’est une certitude. Le moindre doute n’est même pas permis, ce sera pour sa pomme et personne d’autre. Na ! Maintenant, la question qui se pose vraiment, c’est de savoir si le Portugais mérite complètement le trophée. Et, là, permettez-nous d’émettre quelques doutes. Si, si…
OK, je pars avec des longueurs de retard. Mon ami – d’origine portugaise – José de Almeida va me pourfendre si je touche à l’idole « CR7 ». Et ce sera encore pire avec sa femme Delci, qui défend bec et ongles (avec le bec, je ne sais pas mais avec les ongles, j’en suis sûr) l’icône. Le plus grand, le plus fort et tout et tout… C’est lui.
Attendez, Messieurs, dames, il a fait quoi, Cristiano, pour être monté au pinacle, et là, on parle du terrain, ces derniers mois ? Participer à la victoire du Real Madrid dans la dernière Ligue des champions ? Disons qu’il s’est agi d’une influence en clair-obscur. Il a papilloté, il a parfois osé butiner, il a fini, peut-être, par s’envoler mais pas à des altitudes affolantes. Pas si loin, pas si fort qu’on l’imaginait. Et franchement, le Portugal vainqueur à l’Euro, cela ressemble, quand même, dans les grandes largeurs, au hold-up du siècle, non ? Peut-être pas au niveau de bassitude, comme aurait pu le dire Ségolène Royal à une époque, de la Grèce en 2004 (au Portugal aussi) mais pas si loin.
On veut bien récapituler, pour ceux qui auraient eu du mal à suivre le feuilleton et le parcours des joueurs lusitaniens. Pas de victoire en phase de poules – nada, niente – et une toute petite troisième place, dans le nouveau format à 24 équipes, qui a permis d’offrir, sur le fil, à la Seleçao une improbable qualification. La suite ? On continue de narrer, sans se marrer, promis. Un huitième de finale arraché après prolongation, avec un but de Quaresma, pas de Ronaldo. Une victoire aux tirs au but (après un 1-1, toujours sans but de Son Excellence) en quarts. Une demi-finale où il s’est réveillé, quand même, c’est vrai. Une finale où il s’est effondré, bien malgré lui, c’est toujours vrai.
Alors, bien que cela soit sans le moindre espoir, votez Griezmann, comme le proposait, courant septembre, à sa une, le quotidien « L’Equipe ». « Grizou » a été finaliste de la Ligue des champions et acteur majeur du parcours de l’Atlético Madrid dans cette C1. Et également finaliste de l’Euro, dont il a fini meilleur joueur et meilleur buteur. Tout cela sans cocorico mais avec, il nous semble, des arguments qui mériteraient qu’on s’y attarde. On sait, hélas, que cela ne suffira pas à convaincre les grands décideurs du monde de foot. Faut-il en pleurer ? On préfère, au bout du compte, en­­­­ ricaner. Ah, ah, ah !

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

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