Équipe de France

Cinq chocs en stock (5/5)

S’il n’a pas offert un grand écrémage, le 1er tour de l’Euro 2016 a commencé à dessiner certaines tendances. Retour sur les matches les plus marquants du tour de chauffe. Avec Belgique-Italie, premier choc du tournoi, un Angleterre-Galles so british et aussi Allemagne-Pologne, Portugal-Autriche et le renversant Croatie-Espagne.

Et c’est l’Espagne qui plie

Croatie-Espagne. 21 juin au Matmut Atlantique. Maîtres du ballon, oui, mais pas assez punchy, les Espagnols ont cédé face aux assauts balkaniques. La Croatie s’offre la 1ère place, la Roja retrouvera l’Italie dès les huitièmes de finale.

Cette fois, il n’a pas pleuré. Darijo Srna, endeuillé par la mort de son père, qui a succombé à un cancer alors qu’il disputait son premier match de l’Euro contre la Turquie, n’avait appris la nouvelle qu’en retournant au vestiaire. Le capitaine croate avait tenu à jouer le deuxième (contre les Tchèques) après avoir quitté Deauville et sa délégation pour un aller-retour express à Mestrovic, pour les funérailles. Il n’avait pas pu retenir ses larmes au moment des hymnes, à Geoffroy-Guichard.
A Bordeaux, les Croates, eux, n’ont pas manqué leur coup. En s’imposant dans les dernières minutes face aux tenants du titre espagnols, ils ont pris la 1ère place du groupe. Ils évitent l’Italie et, accessoirement, la partie de tableau infernale du tournoi.
Quand Alvaro Morata a ouvert la marque, au bout de sept petites minutes et au terme d’une action assez saisissante de maîtrise de la Roja, franchement, on n’y pensait pas. L’Espagne, un peu poussive face aux Tchèques pour son entrée dans la compétition, avait maté la Turquie lors du deuxième match et était repartie avec les louanges de tous les suiveurs : les matadors étaient de retour. L’Espagne s’était trouvé des attaquants de rupture. Mais Andres Iniesta et les autres ont montré des limites qu’on ne soupçonnait pas à Bordeaux.
La faute, sans doute, à la répétition des matches : entre Vicente Del Bosque et le turnover, il y a un monde. Ses joueurs ont sûrement payé une partie de la note face aux Croates. N’empêche, il ne faut surtout pas réduire la victoire de Srna et de ses potes au manque de jus espagnol. D’abord parce qu’ils ont su défendre sans s’affoler, survivre à des séquences de possession assez suffocantes, comme seuls les Espagnols savent en infuser à leurs adversaires. Rester compacts, même quand l’action d’en face se met à dépasser les quinze puis les vingt passes (on a compté) ! Et tout ça avec… la moitié de l’équipe en moins ! Ante Cacic avait laissé sur le banc Mario Mandzukic, Marcelo Brozovic, Ivan Strinic, Domagoj Vida, Mateo Kovacic et Luka Modric, rien que ça !
Franchement, au cours de la première demi-heure, on a vacillé pour lui en voyant les sarabandes espagnoles. Mais lui n’a pas bronché. Et Ivan Perisic, qui se déguise de plus en plus en Arjen Robben depuis quelque temps, a cassé les reins de Juanfran avant de déposer un centre au cordeau pour Nikola Kalinic. Sergio Ramos était à la ramasse, à deux mètres quoi, le genre d’absence complètement inhabituelle dans sa surface. Et la Croatie, dans une espèce de surprise du chef, a égalisé juste avant la mi-temps.
A l’heure de jeu, quand le pourtant toujours excellent Monsieur Kuipers (Björn de son prénom) a sifflé un penalty imaginaire pour la Roja, on a vu le capitaine croate les yeux écarquillés, dirigés vers son banc. Puis il a couru vers Danijel Subasic, est resté pendu de longues secondes à son oreille. Et le gardien de l’A.S. Monaco a détourné la frappe de Sergio Ramos qui, s’il est amateur de grands crus, ne doit décidément pas être fan du Bordeaux. Le capitaine espagnol a tout raté dans la capitale mondiale du vin. Côté croate, Subasic et tous les autres exultent, Srna revient vers le banc, les poings levés, en pleine communion avec Modric. Même sur le banc de touche, le petit Mozart du Real Madrid a eu son influence sur le match : c’est lui qui a rencardé Srna avant que Sergio Ramos ne s’élance…
C’est un match nul qui fait les affaires de tous ? L’Espagne s’en contenterait ? Pas la Croatie. Dans un dernier contre, Nikola Kalinic a trouvé Ivan Perisic et l’ancien Sochalien s’est pris une fois encore pour Arjen Robben. Une course de soixante mètres, un petit contrôle et un dernier coup de rein qui casse ceux de Gérard Piqué. Il y a deux ans, au Brésil, Iker Casillas avait sombré face aux supplices de Robben. Cette fois, c’est David De Gea, l’héritier de San Iker que Del Bosque a titularisé pour cet Euro, qui plie sous la foudre. Le gardien de Manchester United ne bouche pas son angle au premier poteau et c’est l’Espagne qui s’incline.
Perisic, ce héros ! « Une soirée très spéciale, dira-t-il avant de monter dans le bus, juste derrière Srna et ses téléphones. Je félicite tous mes coéquipiers et tous nos supporters. Mais ce n’est que le début. » Alors, il faudra peut-être se souvenir de Bordeaux.

Le chiffre : 616
Le nombre de passes réussies par l’Espagne, soit 372 de plus que les Croates. Plus du double ! C’est une photographie mais ça relance le débat sur la possession, non ?

L’insolite
Davor Suker, l’ancien avant-centre de la sélection aujourd’hui président de la Fédération croate, est reparti du stade avec… le ballon du match sur l’épaule, bien pris dans un filet. Comme quoi, c’est une victoire qui compte un peu quand même. Surtout avec une équipe B, Davor ? « Non, nous avons des supporters, un staff, un coach et 23 joueurs formidables. Il n’y a pas de titulaire ou d’équipe B. Nous allons tous dans le même sens. » C’est toujours beau un président quand ça gagne.

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