Étranger

Cinq chocs en stock (3/5)

S’il n’a pas offert un grand écrémage, le 1er tour de l’Euro 2016 a commencé à dessiner certaines tendances. Retour sur les matches les plus marquants du tour de chauffe. Avec Belgique-Italie, premier choc du tournoi, un Angleterre-Galles so british et aussi Allemagne-Pologne, Portugal-Autriche et le renversant Croatie-Espagne.

Vierge mais pas si nul

Allemagne-Pologne 0-0. 16 juillet, au Stade de France. Pas de but entre la Mannschaft et la Pologne mais des enseignements, déjà, sur deux blocs en pleine mutation. Tendance Roja ou parpaings, c’est selon.

C’était un choc entre voisins, qui se connaissent par cœur. Certains ne s’apprécient que modérément, d’autres encore un peu moins. C’était un choc entre coéquipiers aussi. La grande majorité des Polonais évolue en Bundesliga. La totalité des Allemands respectent autant qu’ils redoutent Robert Lewandowski, suivant qu’ils sont supporters du Bayern Munich ou de la Mannschaft. C’était, surtout, un choc entre deux mondes.
D’un côté, le mur polonais, si prompt à exploser à la récupération du ballon. Un bloc que Joachim Löw qualifiait avant le début de l’Euro de « meilleure équipe de contres du monde depuis deux ans ». De l’autre, le nouveau canevas teuton, vers le modèle espagnol, dans le droit sillage des trois années et des 161 matches de Pep Guardiola à la tête du Bayern Munich, qui auront laissé une trace bien profonde dans la tronche de Joachim Löw, le cérébral.
Résultat, un match dans le match, plus qu’une opposition de styles, un carambolage permanent entre le jeu de possession de l’Allemagne et le goût pour la défense des Polaks, mur de l’est en mode Panzer. Comme dans les tribunes du Stade de France, d’ailleurs, où les presque 30 000 Polonais ont largement dominé les débats, comme l’avait promis Marek, rencontré quelques heures plus tôt, le maillot blanc sur le torse et les lignes rouges siglées sur les joues. « Savoir que notre équipe peut rivaliser avec les meilleurs et surtout avec l’Allemagne, championne du monde, renforce encore le truc. Les Polonais sont fous. »
Marek n’a pas menti. On rajoutera quand même qu’ils sont des fous chantants. Plutôt juste et plutôt tout le temps. Avec les percussions, en plus. Ratatatatam, ça a fait du bruit. Pas assez, évidemment, pour déstabiliser la Mannschaft, qui en a vu d’autres et qui, malgré le score nul et vierge, renvoyait l’image d’une équipe sûre de son jeu. Joachim Löw débriefe : « Je suis satisfait de ma défense, l’équipe entière a très bien travaillé. On a limité les contres polonais. Ils ont eu quelques occasions en seconde période mais dans l’ensemble, Manuel Neuer n’a pas eu beaucoup de boulot. »
Avec la paire Mats Hummels-Jérôme Boateng devant lui, c’est vrai que le gardien du Bayern n’est pas dans la position la plus inconfortable. Boateng, espèce d’Habib Beye avec dix kilos de plus, a muselé Lewandowski avec une application de maître d’école. Habib, qui était présent au match, est d’accord. « Oui, au moins dix kilos de plus, hein. Il a été monstrueux, Boateng. Et puis il va super vite ! Quand Lewandowski a eu son occasion de frappe, tu as vu la vitesse à laquelle il est revenu ? Et il tacle avec le pied opposé. Vraiment du très, très haut niveau. »
Ni l’immense Robert, ni le grand Arkadiusz Milik ne trouveront la faille. Mais la Pologne peut être fière. Lewandowski le premier. « On fait match nul contre les champions du monde mais je pense qu’on les a trop respectés en première période. On a été trop défensifs. On a su être plus physiques après la pause. Malheureusement, nous n’avons pas concrétisé nos occasions. On peut encore s’améliorer mais on a vu qu’on savait créer des choses. A partir du moment où on met la pression sur l’adversaire, c’est mieux. »
Côté allemand, les six points ne sont donc pas au compteur après les deux premières rencontres et l’avantage de la possession (63% pour les Allemands contre 37 seulement pour les Polonais) ne s’est pas concrétisé au tableau d’affichage. « On n’a pas su se créer beaucoup de situations, détaille Löw, parce que notre jeu n’a pas été assez rapide dans les trente derniers mètres. Le rythme était saccadé, il y avait toujours beaucoup de Polonais derrière le ballon. »
Et surtout zéro point de fixation aux avant-postes, où Mario Gözte et ses soixante kilos tout mouillé font vraiment léger et où Thomas Müller, redoutable joueur de surface, qui claque but sur but en Coupe du monde, a semblé perdu sur son côté. Il n’avait toujours pas marqué, en sortant du terrain, le moindre but en phase finale d’un Euro.
Oui, la métamorphose est flagrante avec cette Mannschaft aux reflets de Roja. L’Allemagne mute et redouble les passes, confisque le ballon et met une agressivité de dingue pour le récupérer dès qu’elle l’a perdu. Mais devant, il a manqué les changements de rythme, des appels et un neuf. Il reste des interrogations, comme dans toutes les mutations. Il y a déjà plusieurs certitudes aussi, comme cette impression de puissance, en mode père peinard, qu’ils dégagent. N’empêche, ils n’ont pas cassé le mur rouge pour rendre le premier 0-0 du tournoi. Pas grave, les Polonais ont continué de chanter longtemps, longtemps…

Le chiffre : 102
Le nombre de passes réussies par Toni Kroos, le Sergio Busquets de Joachim Löw, sur 110 tentées. Ça fait quand même 93% de réussite. Toujours aussi blanc, aussi propre, au Real Madrid comme en sélection, le Toni.

L’insolite
C’était un choc mais aussi des retrouvailles. Une grande proximité unit depuis toujours les joueurs polonais à la Bundesliga. Vingt-et-un joueurs parmi les 46 présents sur la feuille de match sont ou ont été coéquipiers en club. On peut citer Jérôme Boateng, Mario Götze, Thomas Müller, Manuel Neuer et Robert Lewandowski au Bayern, ou encore Mats Hummels, Jakub Blaszczykowski et Lukasz Piszczek au Borussia Dortmund cette saison. Et on peut rajouter Bernd Leno, André Schürrle et Arkadiusz Milik, qui ont évolué ensemble au Bayer Leverkusen en 2013, ou encore Slawomir Peszko et Jonas Hector à Cologne de 2012 à 2015… Vingt-et-un, en tout, sur 46. Soit près de la moitié !

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