Étranger

Christian Eriksen, le foot en mode panoramique

Il est le meilleur buteur d’Angleterre sur les coups francs directs. « L’un des meilleurs joueurs en Angleterre » selon son coach, Mauricio Pochettino. Lui, c’est Christian Eriksen, la gâchette danoise des Spurs. Un Viking à Londres. Découverte.

C’est l’un des regrets de Morten Olsen. Au cours de ses quinze années de mandat (quand même) à la tête des Vikings, le sorcier du Danemark n’aura jamais profité de son génial petit meneur de jeu. Olsen, qui a rendu son tablier de sélectionneur en novembre dernier après que Zlatan Ibrahimovic eut décidé de l’envoyer profiter d’ un repos bien mérité (la Suède a battu le Danemark lors du barrage pour l’Euro et le « Z » a déclaré : « Le Danemark voulait m’envoyer à la retraite mais c’est moi qui ai envoyé le foot danois à la retraite »), n’aura pas eu le temps.
Car il faut tout de suite rappeler l’essentiel : nous parlons ici d’un garçon qui vient de fêter ses 24 ans. Presque encore un espoir de sa catégorie. Mais Christian Eriksen, petite pépite de l’Ajax en son temps, a changé de dimension depuis l’arrivée sur le banc de Tottenham de Mauricio Pochettino. Certes, le coach argentin, ancien disciple de Marcelo Bielsa, doit y être pour quelque chose. Mais White Hart Lane est formel : il y avait longtemps que les supporters du nord-est londonien ne s’étaient pas autant régalés devant les sucreries d’un seul joueur. Oui, il y a Harry Kane, l’enfant de la maison. Bien sûr, il y a Dele Alli, le petit dernier de la famille. Evidemment, Hugo Lloris, Moussa Dembelé (le Belge, pas le Rennais) et les autres ne sont pas étrangers à l’excellente saison de Tottenham. Mais Christian, quand même…

Débuts très précoces
A 24 ans donc, celui qui est né à Middelfart devait être prédestiné. Middelfart, au-delà de la racine même du mot, est géographiquement comme un pont entre deux rives, à l’entrée de l’archipel danois. Un pont au pays du handball, entre Kolding et Odense. Mais Eriksen joue au ballon avec ses pieds. Peut-être parce qu’il tenait encore le biberon entre ses mains quand il débuta : il avait 3 ans ! Peut-être, aussi, parce qu’il est né en 1992, année mythique pour le foot danois, couronné champion d’Europe de l’autre côté de la rive, au bout de l’archipel, en Suède. Prédestiné, toujours.
Arrivé à Odense à 13 ans, il est élu « meilleur joueur technique » du championnat danois de sa catégorie, où il atteint les demi-finales face à Bröndby. C’est le début d’une collection. Dans les catégories de jeunes, il est couronné chaque année. « Meilleur joueur » par-ci, « meilleur milieu » par-là. En fait, il est, depuis ses premières années chez les jeunes, considéré comme le plus grand talent danois depuis les frères Laudrup.
« Il avait quelque chose de spécial. On pouvait le dire tout de suite. Chaque fois qu’il accédait à un niveau supérieur, il lui fallait juste un match ou deux pour s’adapter, puis il devenait le meilleur joueur. Il était très tôt capable de prendre les commandes d’un match dans son ensemble, d’en dicter le rythme et de dessiner le jeu comme il l’entendait », se souvient son premier formateur à Odense, Uffe Pedersen. Forcément, les bruits courent vite eux aussi, même sur l’archipel. Chelsea et Barcelone tentent de le convaincre mais c’est l’Ajax qui réussit son opération séduction.

Successeur de Wesley Sneijder
Christian rejoint les Rouges et Blancs en 2009, où on voit déjà en lui le successeur de Wesley Sneijder, parti deux ans plus tôt au Real Madrid. Un peu le même profil, c’est vrai, jusque dans la couleur des cheveux. A Amsterdam, il plonge dans un cocon de foot. Bon choix. Frank De Boer, son entraîneur à l’époque, n’a pas oublié. « Techniquement, c’était déjà très fort, même lorsqu’il est arrivé. Surtout, c’était sa conduite de balle et sa capacité à conserver le ballon qui étaient au top. Et puis c’est quelqu’un d’extrêmement endurant. Au-delà de cette vision du jeu total, il court énormément. Il a des yeux dans le dos. Parfois, ses coéquipiers avaient l’impression qu’il ne pouvait pas les voir mais il les voyait. Il était jeune et jouait comme un patron en donnant cette impression de n’avoir plus rien à apprendre. Et il avait 20 ans. »
Dans ce cocon quand même un peu XXL quand on aime le ballon, Christian a aussi ouvert en grand ses antennes vers Dennis Bergkamp. Et apparemment, ça l’a marqué. « J’ai tellement appris auprès de lui ! Nous faisions des séances individuelles, en one-to-one, et ce qu’il réalisait était assez impressionnant. Comment il trouvait et comment il utilisait l’espace. »
Poli jusqu’à la moelle à l’Ajax, Christian le blond fait donc le choix des Spurs après 163 matches (et 66 buts quand même) sous le maillot à la rayure mythique. Le voilà en Premier League. Le plus grand championnat du monde, qui devrait donc être taillé pour lui puisque c’est le championnat où on ne s’arrête jamais de courir. Mais Eriksen va éprouver quelques difficultés à s’adapter à la dimension physique du foot anglais. Non pas qu’il ait eu peur, parce qu’un petit viking de Middelfart n’a jamais peur, mais quand même. Tottenham ne traverse pas sa période la plus faste durant ses premiers mois outre-Manche.

Tottenham dans la tourmente
André Villas-Boas est limogé, Tim Sherwood fait office de pompier avant d’être remercié lui aussi. Pas facile de se mettre à l’anglais dans ces conditions, même si l’apprentissage de la langue n’est pas le plus dur sur cette île-là. C’est le temps des hésitations. Fallait-il miser autant sur le petit blond de l’Ajax ? Le joueur a-t-il fait le bon choix alors que le Borussia Dortmund et le Bayern Munich s’étaient montrés insistants, eux aussi, pour le recruter ?
Sa deuxième année (38 matches, aucun faux bond en championnat, et 10 buts) donne un aperçu de ses capacités. Mais c’est surtout depuis le début de cette saison que l’enfant de Middlefart prend toute sa dimension et, accessoirement, que Morten Olsen s’arrache quelques cheveux depuis sa retraite dorée. Il n’a jamais eu d’impact avec la sélection, Brian Laudrup n’hésitant pas, l’an passé, à le dire : « Eriksen déçoit avec l’équipe nationale. » Une critique à la hauteur des attentes, sans doute. Encore plus avec les images qu’il renvoie depuis Londres en ce moment.
Mais le bonhomme prend une envergure nouvelle dans la saison XXL des Spurs, à la lutte pour la conquête du titre et prétendants sérieux en Ligue Europa. Aux côtés de Dele Alli et Erik Lamela, il est le soutien numéro un de Harry Kane, dans une position de milieu offensif plein axe qu’il affectionne tout particulièrement. Parce qu’il voit plus vite, parce qu’il sait faire la passe qu’il faut, la passe qui casse la ligne d’en face, et parce qu’il est un premier relais autant qu’un dernier passeur comme on en voit peu, actuellement en Angleterre. A part Dimitri Payet à West Ham, sans doute.

Le pro du coup franc
Mauricio Pochettino ne le sait que trop bien et n’a pas envie d’envisager un futur sans ce garçon qui reste concentré sur une fin de saison plus qu’excitante, il est vrai. « C’est quelqu’un de très professionnel. Son futur est assuré. C’est l’un des meilleurs joueurs en Angleterre. » Et aussi le meilleur artificier sur les coups de pied arrêtés. Il est le spécialiste numéro un du royaume sur coup franc direct. Le joueur de Premier League qui a marqué le plus de buts en dehors de la surface au cours des deux dernières saisons. Evidemment, tout White Hart Lane veut le garder. Une prolongation d’une saison, jusqu’en 2019, serait actée. Mais son nom revient de plus en plus fort aussi du côté du Bayen (encore) et même du Paris SG. Affaire à suivre mais pas à l’Euro puisque Zlatan est passé par là en novembre et que Morten Olsen est un jeune retraité depuis. En juin, Christian sera en vacances.

Vu par Mauricio Pochettino, son entraîneur à Tottenham
« Christian est un de nos meilleurs joueurs. Il est très talentueux, aussi important dans l’équilibre collectif de l’équipe, parce qu’il fait le jeu, que dans l’efficacité, parce qu’il marque des buts ou réussit des gestes qui font basculer un match. C’est très bien qu’il ait retrouvé ses sensations de buteur. Il est encore très jeune en plus. »

Profil
■ Né le 14 février 1992 à Middelfart (DAN)
■ 1,75 m, 72 kg
■ Milieu offensif
■ Roadbook : Ajax Amsterdam (P.-B., 2009-août 2013), Tottenham (ANG, depuis août 2013)
■ Palmarès : 4 championnats des Pays-Bas (en 2011, 2012, 2013 et 2014 avec l’Ajax Amsterdam), 1 Supercoupe des Pays-Bas (en 2013 avec l’Ajax Amsterdam)
■ International danois, 57 sélections, 6 buts
■ Première sélection : le 3 mars 2010 à Vienne, Autriche-Danemark 2-1 (amical)

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