Basket

Charles Barkley, la symphonie inachevée

Certains sportifs marquent l’histoire de leur discipline sans remporter le moindre titre en club. Charles Barkley en fait partie. Ses actions éclatantes et ses déclarations fracassantes ont grandement contribué à médiatiser le basket américain dans les années 90. Grand rival de Michael Jordan, il en fut aussi la principale victime.

A 49 ans, Charles Barkley n’a pas changé. Joueur fantasque et grande gueule du temps de sa splendeur, celui que l’on surnommait « The Round mound of rebound » est demeuré une bête de scène, un animal médiatique. Sur TNT, « Sir Charles » continue de flinguer à temps plein. Miami et LeBron James ont souvent pris cher. Mais Barkley s’est toujours défendu de chercher ou de foutre la merde. A une époque, il expliquait : « Je ne crée pas de polémiques. Elles sont là bien avant que je n’ouvre ma bouche. Je les porte juste à votre connaissance… »
Le MVP de la Ligue 1993 s’est empâté avec les années, évidemment, mais son caractère jovial, son franc-parler et ses analyses techniques sans concession lui valent une cote très élevée dans le paysage audiovisuel américain. Bien sûr, l’ennemi juré de la langue de bois a gagné quelques inimitiés. Hier, sa tête de Turc préférée se nommait Allen Iverson. Aujourd’hui, il déverse principalement son fiel sur LeBron James, coupable à ses yeux d’avoir choisi la facilité en allant s’acoquiner avec la paire Dwyane Wade-Chris Bosh. Charles céda lui aussi à la tentation en 1996. Mais il avait 33 ans. Avant d’associer ses talents à ceux de Clyde Drexler et Hakeem Olajuwon, il avait essuyé échec sur échec. Ce qui fit d’ailleurs dire à Wade : « Pourquoi attendre d’être vieux (pour former un « Big Three ») ? »

Annoncé à 1,98 m, plus proche de 1,93 m
Seize ans de NBA, un titre de MVP chez les Suns, 11 sélections All-NBA et un titre de MVP du All-Star Game ont permis à « Sir Charles » d’entrer au Hall of Fame en 2006. Quand on demande à Bill Walton de résumer le personnage, il a ces mots : « Charles était comme Magic (Johnson) et Larry (Bird). Tous étaient de vrais all around players. Personne n’était capable d’en faire autant que Barkley. Il était dominant aux rebonds, dominant en défense, capable de tirer à 3 points, il savait dribbler… C’était un vrai playmaker dans le corps d’un ailier. »

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Formé chez lui, à Auburn, en Alabama, Barkley est annoncé à 6-6 (1,98 m). Il est, pour beaucoup, plus proche de 6-4 (1,93 m). Cela ne l’a pas empêché d’aller jouer des muscles comme power forward. Lorsqu’il quitta la scène en 2000, son CV était riche de plus de 20 000 points, 10 000 rebonds et 4 000 passes décisives. Seul le duo Kareem Abdul-Jabbar-Wilt Chamberlain en avait fait autant. Il fut bientôt suivi par Karl Malone.
Si Charles a connu le must avec Phoenix, c’est à Philadelphie qu’il débuta, aux côtés de Julius Erving et Moses Malone. Barkley sort de la draft 1984, comme Michael Jordan. Il passe huit saisons à Philadelphie mais la meilleure reste la première. En 1985, les Sixers disputent une finale de Conférence Est contre Boston. Défaite en cinq manches. Après le retrait des vétérans Erving et Malone, Barkley va de déception en déception avec, très souvent, des éliminations prématurées. Quelques pétages de plombs, une sale histoire – une bagarre tragique à la sortie d’une boîte – et Barkley est forcé de quitter la cité de l’amour fraternel. Après les Jeux de Barcelone, en 1992, il trouvera refuge à Phoenix.
Au début des années 90, « Sir Charles » est peut-être le meilleur basketteur du monde. Bien sûr, Michael Jordan plane trois gratte-ciel au-dessus mais Barkley est le plus complet aux yeux des spécialistes. Charles, c’est la noblesse des bas quartiers de Leeds, Alabama. Dans le Sud profond. Là-bas, quand on est Noir, on a tout faux dès le départ. Mais Barkley avait la chance d’avoir de gros biscotos et de la matière grise. « Ce type est unique. Sa musculature exceptionnelle, sa détente vertigineuse et son mental d’acier en font un joueur hors du commun. » Pat Riley n’avait pas de superlatifs assez forts pour qualifier le phénomène.

Chicago-Phoenix, le meilleur de la NBA
Au début de la décennie 90, les Suns n’ont qu’une ambition : le titre NBA. Barkley est censé être la pièce manquante du puzzle. « Tout ce que je veux, c’est gagner. Je rêve du titre. Il ne se passe pas un jour sans que j’y pense. Je le gagnerai ou je mourrai en essayant de le remporter. » Il en a marre de courir après. En quittant Philadelphie, Barkley pensait mettre toutes les chances de son côté. Fini les éliminations précoces, les engueulades avec les propriétaires et les entraîneurs. Sa priorité absolue était de rejoindre une grande équipe pour retrouver son pote Michael Jordan en Finales. A lui seul, il change complètement la mentalité d’une formation qui avait trop souvent tendance à craquer dans les rencontres décisives.

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Après un été de folie avec la « Dream Team » – or olympique et titre de meilleur marqueur du tournoi de Barcelone -, « Sir Charles » explose les compteurs. Sa première saison dans l’Arizona est royale. C’est confirmé : Barkley adore vraiment les premières. Avec une moyenne de 25.6 points et 12.2 rebonds, il met la main sur le trophée de MVP de la saison régulière. Nous sommes en mai 1993. Le 5e meilleur scoreur NBA et 6e meilleur rebondeur livre une campagne de playoffs intense avec 26.6 points, 13.6 rebonds et 4.3 passes par match. Dans la finale de Conférence Ouest, il assène 44 points aux Sonics dans le Match 7. Plus 24 rebonds pour corser l’addition !
Barkley a pris rendez-vous avec Jordan pour ce qui restera l’une des plus grandes Finales de toute l’histoire de la NBA. Certes, les Bulls finissent par mater Phoenix (4-2) mais Barkley évolue, comme « M.J. », dans une autre dimension. « Ce fut ma meilleure saison et mes meilleurs playoffs. Avec ses prolongations, le Game 3 des Finales est, pour moi, le plus grand match de l’histoire du basket. Je me fous de savoir qui a gagné ou perdu. On a tout donné. C’est ce que les gens attendent, non ? » Barkley n’en pouvait plus mais il prit quand même 19 rebonds ce jour-là. Phoenix dut s’incliner en dépit de ses deux victoires au Chicago Stadium.

Avec Olajuwon, Drexler puis Pippen, il échoue aussi
Des problèmes de dos perturbent l’année 1993-94 de Charles. Il ne dispute que 65 matches. Le n°34 songe carrément à mettre un terme à sa carrière. Les Suns l’en dissuadent. Il revient à la charge en playoffs mais les Rockets, futurs champions, mettent fin à l’aventure de Phoenix en demi-finales de Conférence Ouest, en sept manches. « Sir Charles » en a encore sous la semelle : en 1994-95, il met les Trail Blazers au supplice avec une moyenne de 33.7 points et 13.7 rebonds lors d’un 1er tour conclu par un sweep retentissant. Une fois encore, les Rockets – en mode back-to-back – remportent la demi-finale de Conférence (4-3). Barkley termine l’exercice blessé.
L’intérieur neuf fois All-Star n’a plus qu’une saison à vivre sous le soleil de l’Arizona. Il s’affichera à plus de 23 points et 11 rebonds avant de tomber, sans gloire, au 1er tour des playoffs, contre San Antonio. La magie n’opère plus à Phoenix. Direction Houston. Naissance du « Big Three » Clyde Drexler-Charles Barkley-Hakeem Olajuwon. Le titre se refuse obstinément au second : en 1997, le Jazz douche les espoirs des Rockets en finale de Conférence Ouest. Stockton ridiculise son adversaire direct, Matt Maloney, et plante le « trey » assassin au buzzer dans le Game 6. Barkley n’a pu livrer que 53 matches durant l’année et il est encore diminué en postseason. L’année 1998 confirmera le déclin de la star planétaire qui chute à 15.2 points et 11.7 rebonds.

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Clyde Drexler a mis fin à sa carrière. Les Rockets pensent rebondir avec Scottie Pippen. L’ex-prodige des Bulls a gagné six bagues de champion avec Michael Jordan. « Sir Charles » compte sur son expérience et sa polyvalence. Mais dans cette saison écourtée par le lock-out, les Rockets sont hors du coup. Ils disparaissent dès le 1er tour des playoffs, éliminés par les Lakers. La greffe Pippen ne prend pas. Durant l’été suivant, l’ex-n°33 des Bulls balance. « Michael m’avait bien dit que Barkley ne gagnerait jamais rien avec son gros cul… » Pippen file à Portland. Charles entame une tournée d’adieu étalée sur l’exercice 1999-2000. Une blessure au genou gauche mettra fin à sa carrière. Il se blesse là où il avait débuté, à Philadelphie.

Le roi de la formule
« Sir Charles » se retire après 1 073 matches de saison régulière et 11 Matches des Etoiles (MVP en 1991 à Charlotte). Evidemment, il manque l’essentiel. Une bague de champion. Barkley a trop souvent été du mauvais côté. Contre Boston, contre Detroit, contre Chicago lorsqu’il évoluait sur la Côte Est… Passé à l’Ouest, il demeura toujours dans le mauvais camp. Il a souvent médité la maxime « If you can’t beat ’em, join ’em » (Si tu ne peux pas les battre, rejoins-les) mais ne l’a jamais mise en application. Ou alors avec un temps de retard.
Reste le best of des petites phrases. L’interlocuteur préféré des journalistes trouvait toujours la formule choc pour faire hurler de rire l’assistance. Tout le monde s’est régalé avec les bons mots de l’une des grandes gueules les plus célèbres de NBA. Avant un All-Star Game, il lança : « Je n’avais jamais réalisé qu’on pouvait réunir autant de mecs aussi laids dans un même endroit. » Autre perle : « Moi, je n’ai pas volé mon argent aux Sixers. J’ai joué avec des gars qui avaient besoin de porter un masque pour aller chercher leur chèque. » Rick Mahorn, coéquipier à Philadelphie, cassa les idées reçues : « Charles se fait passer pour un branleur mais il est tout le contraire. » « On croit que je me fous de tout mais je ne suis pas un clown, assurait l’intéressé. Je suis souvent contre le système et ça dérange les gens. » Michael Jordan appréciait d’une certaine façon sa franchise : « Charles ne tient jamais sa langue mais il dit ce que les autres n’osent pas dire. C’est comme votre petit frère. Il fait des conneries tout le temps. Vous avez envie de lui foutre une baffe mais vous l’aimez bien quand même. »
Provocateur sur le terrain, Barkley l’était encore plus dans ses interviews. Son arrogance lui a évidemment porté préjudice en plusieurs occasions. Après une dispute mémorable, Bobby Knight l’écarta pour les J.O. de 1984 à Los Angeles, alors que Barkley méritait objectivement une invitation. Il se retrouva mêlé à des bastons, alimenta la rubrique « Faits divers », collectionna les amendes et les prises de bec avec les arbitres. Mais cela faisait partie du personnage, vif et impertinent. « Pendant toutes ces années, j’ai insulté mes coéquipiers et les dirigeants de Philadelphie. Je me suis battu avec d’autres joueurs. J’ai insulté les Blancs, les Noirs, les féministes. Si j’ai oublié quelqu’un, prière de lever la main », écrivait-il dans sa biographie.

Les bons mots de « Sir Charles »
« Je n’écoute pas les arbitres. Je n’écoute jamais les gens qui se font moins d’argent que moi. »
« Je ne pourrais pas me suicider. Je suis l’un de mes êtres humains préférés. »
« N’importe quel abruti peut marquer des points. »
« La pression ? Ce n’est pas le truc qu’on met dans les pneus ? »
A propos de l’instauration de la défense de zone en NBA : « C’est un grand jour pour les tocards ».
« En quoi Christian Laettner ressemble à Larry Bird ? Ils sont tous les deux Blancs et ils pissent debout. »
A propos de sa retraite : « C’est exactement ce dont l’Amérique a besoin : un autre Noir sans boulot ! »
« Les Bulls d’aujourd’hui sont juste une bande de jeunes branleurs surpayés. Putain, je maudis ma mère pour m’avoir mis au monde dix ans trop tôt ! »
« On peut m’acheter. S’ils y mettaient le prix, je serais prêt à travailler pour le Ku Klux Klan. »
« Si vous sortez avec une fille et que les gens disent qu’elle a de la personnalité, cela signifie qu’elle est moche. Quand les gens disent qu’un joueur travaille dur, ça signifie qu’il est nul. »
« Il n’y aura plus jamais un autre joueur comme moi. Je suis la neuvième merveille du monde ! »
« Nous n’avons pas besoin des arbitres mais je me doute bien que les Blancs ont besoin de faire quelque chose. Tous les joueurs sont Noirs ! »
A propos de Chris Mullin qui s’était évanoui : « Si c’est son cerveau qui est touché, pas de problème car c’est le plus petit organe de son corps. »

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