Étranger

Celtic Glasgow, le foot pour religion (1/2)

Parce qu’il y a ce maillot. Parce qu’il y a ce stade, cette histoire, cette tradition. Parce qu’il y a des derbies mais un seul Old Firm. Bienvenue à Glasgow, côté Celtic !

D’abord, il y a cette ville. Cette atmosphère si particulière. L’idée que l’on roulait, sur cette M8 depuis Edimbourg, puis que l’on marche, maintenant que nous sommes arrivés sur des pavés d’histoire. Des conflits, des grands lacs, les étendues sauvages, la terre tourbée, les îles aux alambics. Et voilà Glasgow, donc. Pas la capitale mais tout comme. Edimbourg est la porte d’entrée sur l’Ecosse, Glasgow, la porte d’entrée sur les Highlands. La ville la plus grande et la plus peuplée du pays. La troisième agglomération du Royaume-Uni. Glasgow, c’est l’Ecosse. Glasgow, c’est les Rangers. Glasgow, c’est le Celtic. Et là, ça ne rigole plus…

De l’ADN aux origines
Pour prendre la mesure du Celtic, il faut s’approcher de ses origines comme de son actualité. S’imprégner des traces. Déjà, rappeler Andrew Kerins, un Irlandais de souche qui deviendra le Frère Walfrid, ecclésiastique de l’ordre des frères maristes, une congrégation laïque qui se consacre à l’éducation et à la jeunesse. Nous sommes en 1887 et le Frère Walfrid fonde le Celtic Football Club dans le but de soutenir la communauté irlandaise de l’Est de la ville, majoritairement regroupée dans le quartier de Parkhead.
Celtic. Le nom n’est pas anodin et rappelle ici les liens étroits entre les deux contrées celtes. Un peu d’Ecosse et beaucoup d’Irlande s’entremêlent sur le maillot blanc. Un terrain est loué dans Parkhead. Un club aux racines identitaires est né. Très vite, l’idée de bâtir une structure professionnelle germe. Le nouveau joujou tombe dans les mains de Pat Welsh et John Glasse, deux entrepreneurs de la ville, un peu contre l’avis du frère Walfrid, il faut bien le dire.
Devant l’engouement suscité (déjà plus de 20 000 personnes se massent au stade !), l’idée d’une compétition nationale prend forme. En 1890, le Celtic devient l’un des membres fondateurs du championnat professionnel écossais. Celtic Park voit le jour. L’histoire est en marche. Les premiers trophées tombent mais déjà, la montée du sectarisme en Ecosse déclenche certaines violences entre supporters.
L’âme irlandaise est partout au Celtic et les victoires des « boys » commencent à agacer la communauté protestante de Glasgow. Exaspérée de voir le drapeau irlandais flotter dans l’air de Celtic Park, elle se réfugie derrière les Rangers. A l’Ouest de la ville. A l’opposé, of course. Ce sera à Ibrox Park. Aujourd’hui encore, on parle souvent de cette histoire, blague à part, dans les pubs pro-Celtic : celle d’un supporter, sur son lit de mort, qui demande à sa femme de faire venir en urgence un pasteur pour le convertir au protestantisme, et donc fan des Rangers. Surprise, sa femme lui demande pourquoi. Réponse du mourant : « Parce que si je meurs, ça fera un enfoiré de protestant en moins. »

L’engagement militant
Au Celtic, les racines identitaires se mêlent aux idées militantes. Pour beaucoup, elles ne font qu’un. En voulant aider les émigrés irlandais qui avaient fui la grande famine du milieu du XIXe siècle, sur l’île voisine, le club a aussi, sur ses fonds baptismaux, tendu la main aux plus défavorisés. Mais l’afflux massif de Celtes, dépossédés de leurs terres et affamés (plus d’un million de morts quand même), a divisé Glasgow la « victorienne ». Côté protestant, on considérait ces réfugiés catholiques comme des êtres inférieurs, tant sur le plan racial que culturel. Un fardeau. Des intrus. Si bien que le club est très vite devenu le symbole de l’espoir, un refuge identitaire et une source de fierté pour les plus faibles et les opprimés.
L’engagement militant s’est développé au fil des décennies pour devenir une véritable marque de fabrique aujourd’hui. D’ailleurs, si les envolées lyriques sont une vraie spécialité locale, il faut rappeler que « LE » chant du Celtic s’intitule bien « You’ll never walk alone », qui n’est absolument pas un monopole anfieldien des English de Liverpool, quelques dizaines de kilomètres plus au sud (les supporters de Sankt Pauli, du Borussia Dortmund et d’autres clubs ont eux aussi adopté le standard de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein comme hymne).
Au Celtic, on chante, donc, plutôt fort et juste et on affiche ses convictions. Les matches de Coupe d’Europe, à l’exposition télévisuelle plus internationale que les week-ends de championnat hors Old Firm, constituent à chaque fois une tribune revendicative. Bien avant « Mandela Day », les fans du Celtic se sont autoproclamés grands défenseurs de l’anti-apartheid. Cet été, les Israéliens de l’Hapoël Beer-Sheva se sont pointés à Glasgow pour les barrages de la Ligue des champions ? Celtic Park a brandi des milliers de drapeaux palestiniens. Le Celtic a reçu le Barça en phase de poules ? Les bannières indépendantistes catalanes ont fleuri dans le stade. A chaque fois, l’UEFA distribue des amendes, justifiant comme elle peut l’interdiction de toute revendication politique dans les stades. A chaque fois, le club paie et la caravane passe.

Le Old Firm, plus qu’un derby
C’est le plus ancien derby du monde. Le premier eut lieu en mai 1888. C’était aussi le premier match de l’histoire du Celtic, qu’il remporta 5-2. Personne ne l’a vu mais tout le monde se rappelle du score. Littéralement, Old Firm (vieille entreprise ou plutôt vieille combine) s’explique de plusieurs manières. Parce que les deux clubs auraient entretenu, au fil des ans, cette rivalité, afin d’en tirer les bénéfices financiers dans un championnat où le degré de compétitivité des clubs, en dehors des deux géants, fait doucement sourire. Le très lu « Scottish Referee » n’hésitant pas à parler en 1904 de la « Old Firm Rangers-Celtic Ltd ». On trouve aussi trace d’une finale de Coupe entre le Celtic et Hibernian. En panne de gardien de but, le Celtic s’en était fait prêter un par les Rangers.
Pour résumer, on citera Henrik Larsson, qui en a pourtant vu un paquet et qui a joué quelques Barça-Real, par exemple : « Je n’ai rien vécu de semblable au Old Firm. Que ce soit avant ou après mon passage en Ecosse. Je n’ai jamais disputé une autre rencontre aussi féroce et dans une telle ambiance. » Le Old Firm, c’est plus de 300 confrontations et deux records d’affluence. Jamais un match entre deux clubs britanniques n’avait réuni 118 567 spectateurs. C’était le cas à Ibrox en 1939. Ils étaient 132 870 à la finale de la Coupe d’Ecosse en 1969.

Populaires

Presse magazines

Société d’Édition de Sites Internet Musicaux et Sportifs

Vélo Tout Terrain Planète Cyclisme City Ride Ride it

© 2017 Editions Le Nouveau Sportif / SESIMS

To Top