Basket

Cedric Ceballos, cachez ce dunk que je ne saurais voir

Basketteur, rappeur, acteur, DJ, consultant télé et animateur radio : Cedric Ceballos est un homme aux multiples talents. « Ice » a le sens du spectacle. Il le prouva lors du Slam Dunk Contest 1992 en réussissant un dunk les yeux bandés.

Sa carrière NBA ne répondit pas tout à fait aux attentes. Il loupa les Finales NBA 1993 avec Phoenix et quitta les Lakers après une sale affaire. Le basket, c’est comme la musique. Avec un ballon ou un micro, il faut être créatif. Le rap aussi, c’est comme le basket. Ça vient de la rue et ça fait tourner rond le monde. Cedric Ceballos a franchi la porte des studios d’enregistrement. Sur un album datant de 1994 et intitulé « Basketball’s Best Kept Secret » (Le secret le mieux gardé du basket), porté par le single « Flow on » (featuring Warren G), il retrouvait ses potes des parquets : le regretté Malik Sealy, Shaq Fu, Brian Shaw (l’actuel entraîneur des Denver Nuggets), Chris Mills, Jason Kidd (le coach des Milwaukee Bucks), Isaiah Rider, Dennis Scott, Gary Payton ou encore Dana Barros. Durant l’été 2000, il sortit un deuxième LP, baptisé « Nuff Ced ».
Cette passion n’était pas une lubie soudaine. L’ancien ailier des Lakers possède son studio d’enregistrement à L.A., Alik Entertainment, où a été aménagée une salle de danse. « J’ai commencé à jouer les DJ à l’âge de 12 ans, racontait-il au magazine « Slam ». Je suis tombé amoureux du hip-hop dès que ce mouvement est apparu. J’ai toujours eu un studio à la maison. J’ai voulu devenir rappeur très tôt, bien avant que le Shaq ne s’y mette. Ça m’a poursuivi au college. Je n’aimais pas autant le basket que la musique. Je ne pensais pas avoir une chance d’aller en NBA. J’avais fait une bonne carrière à la fac mais je venais d’une petite école. Quand j’ai eu l’opportunité de devenir pro, j’ai laissé tomber tout le reste. Je me suis dit : « Fais du basket autant que tu peux puis tu reprendras la musique. » »
Même tempo balle en main. Cedric Z. Ceballos est passé à la postérité en 1992 lors du Slam Dunk Contest d’Orlando. Qui n’a pas vu son dunk les yeux bandés ? Impossible à oublier. Le small forward natif d’Hawaii ressemble alors à l’ailier du futur. Il est plus rapide que la balle et grimpe aisément sur les pivots adverses. Avec son 1,98 m (pour 86 kg), Ceballos est sans cesse en mouvement, échappant aux défenses et aux prises à deux. Son surnom, « Ice », rappelle immanquablement celui donné autrefois à George Gervin (« Iceman »).

7190661-11032775

Grâce au n°23, les Lakers ont fait fondre la Ligue entière. Crédités de 48 victoires en 1995, soit 15 de plus que la saison précédente, ils sont devenus l’équipe la plus jeune à atteindre les playoffs (26 ans de moyenne d’âge). Elimination 4-2 face aux Spurs en demi-finales de Conférence Ouest. Ceballos, qui a eu 26 ans durant l’été 1995, a réalisé la meilleure saison de sa carrière. Ses records personnels ont tous explosé (21.7 pts, 8 rbds, 1.8 pd en 35 mn). Il a été le premier Laker à tourner à plus de 20 points par match depuis James Worthy en 1991. Il a gagné ses galons de All-Star en février (il ne put tenir sa place en raison d’une blessure). Il a également réussi 13 matches à 30 points ou plus, 19 double-doubles et il termina meilleur rebondeur des Lakers 18 fois.

Elevé dans le berceau du gangsta rap
Ceballos est devenu, par ailleurs, le septième joueur de l’histoire de la franchise à marquer 50 points dans un match, le premier depuis Gail Goodrich en mars 1975. Le 20 décembre 1994 face aux Timberwolves, Cedric plante 29 points en seconde mi-temps, dont 18 dans le dernier quart-temps, et atteint le cap historique avec un tir primé réussi à 6 secondes de la fin. « Je ne sais pas comment j’ai mis ce shoot… J’avais de bonnes sensations mais toute la défense était sur moi. Il est rentré », s’excuse-t-il presque. « Les joueurs m’avaient demandé de le laisser sur le terrain, explique Del Harris, le coach des Lakers. J’allais le sortir mais ils m’ont dit : « Laissez-le ! » J’imagine que le coach de Minnesota (ndlr : Bill Blair) n’a pas apprécié mais qu’il soit sûr qu’un soir, lui aussi aura à choisir entre son joueur et moi ! »
La version de Cedric est un peu moins glamour. « Mes coéquipiers jouaient pour moi, faisaient des écrans mais ça ne marchait plus, j’étais mort. Au dernier « time out », Tony Smith, mon partenaire, m’a dit : « Pas la peine de rentrer aux vestiaires si tu ne plantes pas 50 points ! » Il restait deux minutes, je me suis dit que c’était du domaine du possible si je passais par le rebond offensif. » Il inscrivit finalement son 50e pion sur un panier à 3 points. Une fois de plus, « Ice » prit tout le monde à contre-pied.

7190661-11032779

Cedric Ceballos naît à Maui, la plus belle d’île d’Hawaï, et grandit en Californie du Sud, à 8 km du Forum d’Inglewood, la salle des Lakers. Ado, il va à la Dominguez High School, un bahut de Compton. Cette ville située au sud de Los Angeles compte parmi les banlieues les plus pauvres des Etats-Unis. Berceau du gangsta rap, elle est également célèbre (pas de quoi s’en vanter) pour servir de théâtre d’affrontements aux Bloods et aux Crips, deux gangs rivaux. Cedric vient au basket assez tardivement. Au lycée, il ne pratique ce sport qu’une seule année. Faute de notes suffisantes, il doit transiter par le Ventura Junior College avant d’intégrer, en 1988, l’université California State, à Fullerton. Après seulement deux saisons, il est classé sixième meilleur scoreur et quatrième meilleur rebondeur de l’histoire de la fac (22.1 pts et 10.7 rbds de moyenne). Les Titans remportent la Conférence Big West à deux reprises. Jamais ils n’ont compté dans leurs rangs un joueur aussi prolifique en attaque.
Les Suns draftent Ceballos en 48e position, à son départ de l’école en 1990. En sortie de banc, il apporte déjà une énergie contagieuse mais la concurrence de Tom Chambers, Xavier McDaniel et Dan Majerle limite sensiblement son temps de jeu. « La première année, j’étais là en touriste. Je demandais à mes adversaires : « Comment ça va ? » Quand je rencontrais Michael Jordan, je lui serrais la main. Je ne me souciais guère de jouer. Je rencontrais Magic Johnson, Larry Bird, Charles Barkley, tous les héros de mon adolescence. L’un des assistants coaches, Lionel Hollins (ndlr : aujourd’hui coach des Brooklyn Nets), est venu me parler. Il m’a dit : « Les gens viennent pour te voir dunker. Ton jeu est agréable à regarder. Tu pourrais faire une belle carrière dans cette Ligue. » Ç’a été le déclic. Pendant l’été qui a suivi, je me suis réveillé. »
Durant sa saison sophomore, il doit glisser au poste 2 et progresse sensiblement aux lancers francs (de 66.3 à 73.6%). Titularisé en playoffs, le basketteur rappeur rapporte 13.5 points et 6.4 rebonds sur huit matches. Phoenix s’incline 4-1 face à Portland en demi-finales de Conférence Ouest. Evidemment, c’est sa perf dans le concours de dunks d’Orlando qui marque tous les esprits. Au premier tour, Ceballos termine 4e derrière Larry Johnson, John Starks et Nick Anderson. En demi-finales, il arrive 2e derrière « Grandmama » (90.4 pts contre 98).

« Dee Brown a piqué tous mes tricks »
Le Hornet et le Sun sont donc opposés en finale. Un an plus tôt, le Celtic Dee Brown avait remporté le contest avec un « blind dunk » (dunk aveugle) : il s’était masqué les yeux avec le bras droit au moment de mettre la balle dans l’arceau. Pour son deuxième essai, Ceballos fait encore plus fort. Il porte un bandeau durant toute l’exécution de la figure et dunke donc sans savoir où est situé précisément le panier. Ce trick qui réveille un public quelque peu endormi par la piètre qualité du show lui vaudra la note maximale de 50. Ajoutée à la première (47.2), elle lui garantit la victoire finale. Larry Johnson a obtenu 33,5 et 32,5 : même avec un dunk parfait, il ne pourra pas combler son retard (seules les deux meilleures notes sont retenues). « Grandmama » ne tentera pas sa dernière figure.

7190661-11032781

« L’idée de ce dunk aveugle m’est venue à Los Angeles en voyant Magic shooter les yeux fermés, expliquera Cedric. Je me suis entraîné pendant un bon mois avec Gorilla, la mascotte des Suns. Par chance, ce dunk était le plus réussi de tous ceux que j’ai tentés. La première fois que j’ai essayé, j’ai dunké dans le vide… Le pire échec, c’est lorsque j’ai répété avec toute la presse. J’ai fini dans les caméras ! J’avais battu Dee Brown dans un concours de dunks à la fac. Pour remporter son concours en 1991, il a utilisé tous les tricks que j’avais déployés contre lui… Ça m’a rendu dingue ! Il faisait le concours parce qu’il jouait plus que moi et il réutilisait tous mes trucs ! » « J’ai étouffé en finale, confie Larry Johnson, futur Rookie de l’année, au sujet de ses quatre premières tentatives manquées. Les lumières, les caméras, le concours en lui-même… Je me suis senti oppressé. J’ai complètement étouffé. Je n’ai même pas vu le dunk de Cedric. » La presse demande à inspecter le bandeau pour vérifier si ce dernier n’y voyait effectivement rien. Refus poli…
Avec le départ de Xavier McDaniel à New York, l’hozizon de Ceballos à Phoenix s’est considérablement éclairci. Et puis Tom Chambers n’est plus un jeune premier. Durant la saison 1992-93 qui voit Phoenix se hisser en Finales NBA, Ceballos démarre 46 matches sur 74 et rapporte 12.8 points en 21.7 minutes. Avec un pourcentage de réussite aux tirs de 57.6, c’est tout simplement le joueur le plus adroit de la Ligue. Invité à défendre son titre au Slam Dunk Contest de Salt Lake City, il termine 3e derrière Harold Miner et Clarence Weatherspoon.
La saison est longue. Ceballos souffre d’une fracture de fatigue au pied droit. Il veut tenir sa place en postseason mais force trop et aggrave sa blessure durant la finale de Conférence Ouest face aux Sonics. Le Match 7 se jouera sans lui. Les Finales NBA face aux Bulls (2-4) aussi. Pour le Game 1 face à Seattle, il avait été titularisé, à la surprise générale, aux dépens de Richard Dumas. Ses 21 points ajoutés aux 15 points, 10 rebonds et 5 contres d’Oliver Miller en sortie de banc compensèrent le trou noir de Charles Barkley (6/14). Au sujet de la concurrence avec Dumas et des choix du coach, Paul Westphal, Ceballos ironisait : « Je pense que c’est son chien qui doit l’aider à trancher. Si son chien lui lèche la main gauche le matin, il choisit Rich. Si c’est la main droite, il me choisit. Voilà pourquoi j’ai mis un bout de viande dans ma paume. Quand le coach me serrera la main, il emportera l’odeur de la chair fraîche… »

7190661-11032783

La suspension de Richard Dumas pour usage de stupéfiants est censée lui ouvrir un boulevard sur l’aile mais il subit la même blessure durant une rencontre de présaison à Atlanta. Elle le prive des 29 premiers matches de saison régulière. De retour sur les parquets le 9 janvier 1994, Ceballos s’impose peu à peu comme l’une des principales menaces offensives de l’équipe (19.1 pts en 30.2 mn, 53.5% aux tirs). Au cours de ce fameux mois de janvier, les Suns sont privés de leur meneur Kevin Johnson. Charles Barkley est lui aussi à l’infirmerie. Cedric prend les choses en main, signant trois matches à 40, 34 et 40 points. Avec les arrivées de Danny Manning et Wayman Tisdale aux côtés de Charles Barkley, il ne reste malheureusement plus beaucoup de place à l’aile. Jerry West, vice-président des opérations basket des Lakers, sent le bon coup et récupère Cedric Ceballos le 23 septembre 1994 contre un 1er tour de draft. « Les rêves se rêvent », déclare l’ancien Sun à son arrivée en Californie.

Mutombo le blesse… et prend sa place d’All-Star
Gamin, Ceballos idolâtrait Kareem Abdul-Jabbar et tentait d’imiter Magic Johnson. Il se rappelle être resté bouche bée quand il vit débarquer A.C. Green un jour dans l’épicerie de son quartier. Los Angeles, c’est chez lui. On ne pouvait lui faire plus beau cadeau. « Cedric est encore meilleur que je ne le pensais, affirme Magic Johnson, vice-président du club. Il met dedans, il a toujours une main qui traîne en défense, il aide, il provoque des passages en force… Il y a longtemps qu’on n’avait pas eu un ailier de cette qualité. »
Pour sa première année en Californie, Ceballos fait « oublier » le jeune retraité James Worthy (21.7 pts de moyenne) et atteint la barre mythique des 50 points dans un match. Avec une moyenne de 27.8 pions, 9 rebonds et 53.2% de réussite aux tirs, il est désigné « Joueur du mois » de décembre 1994 à l’Ouest. Aucun Laker n’avait connu cet honneur depuis Magic en février 1990. Ceballos est tout bonnement « on fire ». Il n’avait réussi que deux tirs à 3 points en 4 ans ? Il en plante 58 (sur 146 tentés, 39.7% de réussite)…
En février 1995, l’ailier californien gagne ses galons de All-Star en tant que réserviste mais il ne peut se mettre en tenue à Phoenix. Une rupture d’un ligament du pouce droit le prive de 22 rencontres. A ceux qui l’interrogeaient sur ses chances d’être starter dans le Match des Etoiles, Cedric faisait cette réponse : « Je ne sais pas mais mes mains sont fatiguées à force de remplir l’urne avec des bulletins à mon nom… » C’est un oncle qui l’appela à 6h du matin pour lui apprendre qu’il était convoqué. Ceballos n’avait pas émergé de sa nuit. Il lui demanda de le rappeler deux heures plus tard. En apprenant la nouvelle, il était toujours en plein rêve. Ce Match des Etoiles avait lieu à Phoenix où il avait toujours une maison et possédait un business. Sans cette blessure, la fête aurait été belle. « J’avais de bonnes stats, je méritais d’être All-Star. C’était déjà le cas l’année dernière, à mes yeux. Si je n’avais pas été pris, j’aurais pleuré un bon coup – une seule fois, pas plus – et j’aurais mis les bouchées doubles pour les playoffs. C’est marrant : c’est Dikembe Mutombo qui m’a blessé et c’est lui qui a pris ma place à l’Ouest… »

7190661-11032787

Treize fois (sur 58 matches), Ceballos atteindra la barre des 30 points et 32 fois celle des 20. Crédité de 19 double-doubles, il se classe 2e meilleur rebondeur parmi les small forwards de la Ligue, derrière Scottie Pippen (8 prises contre 8.1). Chez les Lakers, sa personnalité a déteint sur l’ensemble du groupe. Il est vite devenu le leader de la nouvelle génération. Ce n’est pas un hasard si Nick Van Exel a mûri au point de devenir l’un des meilleurs meneurs NBA et si Vlade Divac est revenu à son tout meilleur niveau. Les autres, comme Eddie Jones, arrière rookie en provenance de Temple, se sont mis au diapason.
De lottery team, Los Angeles est devenue une équipe playoffable. Lors de l’exercice précédent, le meilleur scoreur de l’équipe – Divac – tournait à seulement 14.2 points. Les Californiens traversaient une grave crise de leadership. James Worthy n’avait plus aucune influence dans le locker room. Magic Johnson sortait de ses gonds en voyant son héritage dilapidé. Jerry West estimait que trop de monde à L.A. vivait dans le passé. L’arrivée de Cedric Ceballos réveilla complètement Lakerland. Il s’inventa un nouveau surnom : « Chise », diminutif de franchise player. « Cedric a une influence très positive, explique Kurt Rambis, actuellement assistant de Derek Fisher chez les Knicks et ancien assistant coach à L.A. Quand il est sur le terrain, il donne tout et ne garde jamais rien. Il essaie d’emmener ses coéquipiers aussi loin que possible. »
Ceballos lui-même ne reconnaissait plus « ses » Lakers quand il était à Phoenix : « Je ne reconnaissais plus les héros de mon enfance. J’avais l’impression que tout le monde voulait porter ce maillot mais que personne ne voulait en payer le prix. Personne ne voulait se donner à fond soir après soir. Moi, j’étais prêt à payer ce prix. J’étais tellement sûr d’apporter un changement que j’avais annoncé une saison à 50 victoires à mes proches. Personne ne me croyait. Je suis quelqu’un qui déteste perdre. C’est un peu comme sur les playgrounds où il faut gagner pour rester sur le terrain. C’est ma philosophie depuis que j’ai commencé à jouer au basket. Elle ne détonnait pas à Phoenix. Chez les Lakers, ce type d’attitude manquait. Nous avons dû mettre certaines choses au point mais le message est passé. »

« Le match démarre, il disparaît dans le public »
« Personne n’est capable de bouger sans ballon comme lui, explique Del Harris. Quand le match démarre, il disparaît dans le public. Il balade son défenseur sur tout le terrain comme s’il le tenait en laisse. Et ce jusqu’à ce qu’il devienne LE joueur ouvert. » Longtemps, l’ex-Titan fut un basketteur sous-estimé. Pire : ignoré. On le jugeait trop petit pour faire un bon ailier. Ce n’était qu’un 2e tour de draft en provenance d’une petite école. Il avait beau planter quand on avait besoin de lui, il ne comptait pas. Quand on regardait la table de marque, on se frottait les yeux. C’est à peine si on avait remarqué sa présence. Quand vos coéquipiers se nomment Barkley, Kevin Johnson et Majerle, vous n’existez pas. Jerry West obtint Ceballos pour une bouchée de pain. Aucune autre franchise ne jugea bon de lâcher une contrepartie aussi ridicule (un 1er tour de draft). Ce qui énerva prodigieusement Paul Westphal : « Les GM des autres équipes sont complètement stupides. On avait trop d’ailiers, on n’avait pas d’autre choix que de lâcher Cedric. On a accepté le meilleur deal possible. »

7190661-11032796

Durant cette année 1994-95, Ceballos manque deux matches pour des problèmes au dos et 22 autres après cette déchirure d’un ligament du pouce. Voilà bien son seul défaut : « Ice » est fragile. « Je ne serai peut-être qu’un tout petit épisode dans l’histoire de ce club mythique mais si mon court passage aide à ramener les Lakers à leur niveau, je serai plus qu’heureux. Je veux que les gens craignent les Lakers. Je ne veux pas entendre nos adversaires dire : « Chouette, on joue Los Angeles, on va arrondir nos stats. » La simple idée de nous jouer doit les perturber. C’est cela, obtenir le respect. »
On l’a dit : les Lakers se font sortir en six matches par San Antonio en demi-finales de Conférence Ouest après avoir éliminé Seattle 3-1 au 1er tour. Ceballos livre une campagne assez molle, bien éloignée de ses standards en saison régulière (14.2 pts, 6.1 rbds). En 1995-96, il termine meilleur marqueur des Lakers pour la deuxième année de suite (21.2 pts à 53%). Cet exercice voit Magic Johnson tenter un come-back à 36 ans dans un rôle de power forward. Les Lakers remportent 53 matches. Ceballos aborde les playoffs dans de meilleures dispositions (19 pts et 8 rbds). Il faut dire qu’il avait quelques casseroles à se faire pardonner.
En mars, dans une victoire 94-71 contre les Sonics, Del Harris limite son temps de jeu à 12 minutes. Le lendemain, un mercredi, Ceballos loupe un avion pour Seattle sans donner d’explications. Il est injoignable. Le co-capitaine de l’équipe est suspendu avec une amende à la clé. Ceballos réapparaît le dimanche après avoir loupé deux rencontres (deux défaites), deux practices et un shootaround. Montant total de l’amende : 56 756 $. Il justifie son absence par des problèmes familiaux. Le hic, c’est qu’on l’a aperçu au London Bridge Resort, un hôtel de Lake Havasu (Arizona). Cedric a aussi été vu en train de faire du ski nautique. Sur la piste de danse du « Kokomo », une boîte de nuit, il n’avait pas l’air spécialement préoccupé par des soucis personnels. D’après le témoignage du patron et des employés du nightclub, au moment où les Lakers buvaient la tasse à Seattle (104-93), Ceballos prenait un apéro et signait des autographes…

Condamné pour une escapade sans permission ?
On prétend que l’ancien Sun accueillit très mal la nouvelle du retour de Magic Johnson après 5 ans d’absence. Il balaya cette idée. Ceballos n’était pas le seul à craindre que ce come-back ne brise l’unité du groupe. Craintes infondées puisque l’équipe se mit à tourner à 26.8 passes contre 24.8 avant. Magic réapparut le 30 janvier 1996 face aux Warriors. Ce soir-là, les Lakers réussirent 44 assists, soit leur meilleur total depuis 1986…

7190661-11032797

Une élimination 3-1 au 1er tour des playoffs contre Houston met finalement en lumière les limites du cinq californien, lointaine copie des Lakers des années 80. Jerry West en tire les conséquences. Il cède Vlade Divac à Charlotte pour récupérer Kobe Bryant. Drafte Derek Fisher. Casse sa tirelire pour Shaquille O’Neal. L’histoire est en marche. Cedric Ceballos ne sera pas de l’aventure. Après huit matches, il souffre d’une déchirure partielle d’un tendon dans le genou droit et se retrouve sur l’injured list. Le 10 janvier 1997, Los Angeles le renvoie à Phoenix, où l’accompagne Rumeal Robinson. Robert Horry et Joe Kleine font le trajet inverse. Ceballos n’est pas condamné sur son indisponibilité : il paie sans doute là son incapacité à accepter un second rôle et son peu d’investissement en défense.
Mitch Kupchack, le GM, assure que ce transfert n’a rien à voir avec l’épisode de Lake Havasu. « Je pense que Del Harris serait d’accord avec moi : après cette affaire, Cedric s’est révélé un coéquipier idéal. Il a eu d’excellents rapports avec tout le monde au club. Il nous manquera, je vous l’assure. » « Beaucoup de monde est triste de le voir partir, confirme Eddie Jones. Cedric est quelqu’un de bien. Personne dans le vestiaire n’avait de dent contre lui. Il était cool avec tout le monde et vice versa. » Nick Van Exel, lui, se fend d’un : « No comment. » Pour nombre d’observateurs, les faits sont assez simples : Ceballos avait des rapports avant tout professionnels avec le reste du groupe et son escapade en Arizona finit par lui coûter sa place. La version de l’intéressé est évidemment différente : « Une fois Shaq dans la place, les Lakers avaient besoin de shooteurs extérieurs. Moi, je suis plutôt un joueur de raquette, j’aime m’engouffrer dans les brèches et me balader près du cercle. J’ai adoré mon séjour à Los Angeles. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir pu jouer avec James Worthy. »
Depuis l’été 1996, les Suns sont orphelins de Charles Barkley. Ils perdent leurs huit premiers matches. Sur le banc, Danny Ainge remplace Cotton Fitzsimmons (R.I.P.), démissionnaire. Le meneur Kevin Johnson tourne à 20.1 points mais aucun autre joueur ne dépasse la barre des 15. Autant dire que les 15.3 de Cedric Ceballos sont les bienvenus. Le small forward de 27 ans connaît une nouvelle alerte au genou en mars mais il finit l’exercice en trombe (18.5 pts en 19 mn sur cinq matches). Pour la série face à Seattle, Danny Ainge lui accorde 21.4 minutes en sortie de banc. Il plante 16 points dans le Match 4. Les Sonics s’imposent 116-92 dans le Game 5 et se qualifient.

7190661-11032800

En 1997-98, les places à l’aile deviennent chères. Il faut trouver des minutes pour Antonio McDyess, Clifford Robinson, Danny Manning… Ceballos peut encore signer de beaux cartons (25 pts, 13 rbds, 3 cts contre Chicago en décembre) mais il y a un homme de trop. Echangé contre Dennis Scott le 18 février, il atterrit à Dallas, une équipe avec une seule option offensive, Michael Finley. Don Nelson l’appelle pour lui demander de ne pas prendre de billet d’avion : il a l’intention de le transférer dans la foulée… Finalement, les Mavs lui offriront un contrat de 2 ans. Ceballos veut croire que ses blessures appartiennent au passé mais une faute flagrante du Nugget Loren Meyer l’expédie lourdement au tapis. En février 1999, il doit être opéré des deux poignets et quitte prématurément ses partenaires. Avec le lock-out, cela donnera une saison à 13 matches. Pour son 500e en NBA, contre Denver, il inscrit 20 points et prend 13 rebonds.

A Detroit, il prend 11 kilos
Fort de l’émergence d’un ailier fort sophomore du nom de Dirk Nowitzki, Dallas passe de 19 victoires en 1999 à 40 en 2000. Repositionné 6e homme, Ceballos termine 3e meilleur marqueur des Mavs (16.6 pts). Comme d’habitude, il collectionne les double-doubles : 31 points-10 rebonds contre Denver, 29-12 et 22-13 contre Golden State, 27-10 contre San Antonio, 25-12 contre Minnesota… L’assocation Finley-Ceballos tourne à plein régime. Le second est naturellement attiré par le cercle. Il va chercher les lay-ups et les shoots à mi-distance en provoquant les défenseurs. Le premier peut ainsi travailler dans le périmètre. « On n’a pas besoin de concevoir des systèmes pour Cedric, c’est un ramasse-miettes, explique Don Nelson. Il sait dénicher des espaces dans une défense et les exploiter immédiatement. Il appuie là où ça fait le plus mal, là où la défense est la plus soft. »
A 31 ans, Cedric pense pouvoir se poser. Erreur. Il déménagera deux fois en trois mois… Le 29 août 2000, Dallas l’échange contre le Piston Christian Laettner. Le 26 novembre, Detroit l’envoie à Miami contre un 2e tour de draft. Dans ce qui sera sa dernière année sur le circuit US, « Ice » doit se contenter de 6.5 points sur 40 matches. Il traîne 11 kg en trop depuis son séjour à Detroit. « Un climat trop froid pour moi. C’était la première fois que je vivais à l’Est. Je n’étais pas heureux et j’ai pris beaucoup de poids. » Il n’y a pas seulement cette surcharge pondérale. Pat Riley n’apprécie pas forcément son côté « électron libre ». Et surtout, le coach gominé aime les vrais défenseurs. En playoffs, le Heat est sweepé par Charlotte. Ce sera la dernière apparition de Ceballos à ce stade de la compétition. Il aura disputé 59 matches de postseason (9.8 pts, 4.5 rads).

7190661-11032806

Le téléphone de Cedric ne sonne plus. Il s’engage en faveur du Los Angeles Slam (ABA) puis fait une pige avec les Harlem Globetrotters. Son agent prospecte en Europe et lui décroche un contrat à l’Hapoel Tel-Aviv. Remercié après deux matches, l’ex-dunkeur masqué migre en Russie. Impossible de lui obtenir un visa. Cap sur la CBA (Sioux Falls Skyforce) puis les Philippines et le Venezuela. On retrouve ensuite sa trace en ABA, chez les Los Angeles Stars et le California Buzz. Il transitera par le Phoenix Flame (IBL) avant de revenir au Maywood Buzz.
Depuis toujours, Cedric est un homme aux facettes multiples. Il a de la personnalité, un look et une voix. On le sollicite pour sa connaissance du jeu comme pour ses talents musicaux. Lors de la saison inaugurale du Phoenix Mercury en WNBA, il fut consultant terrain pour la télé. ESPN et TNT eurent recours à ses services. On fit aussi appel à lui pour jouer les MC et assurer l’ambiance à l’American West Arena entre 2002 et 2005. Aucun souci pour mettre le public dans sa poche : Ceballos comptait parmi les sportifs les plus populaires de la région. A une époque, son site personnel était enrichi d’un journal et régulièrement alimenté en vidéos de rap et de basket. « Ice » a eu son émission hebdomadaire sur la Toile (« Nothing but Net ») et une autre, matinale, sur une radio FM de Phoenix. Au programme : R’n’B et rap. Forcément. Il a joué dans quelques films (« Space Jam », « Eddie ») et dans des sitcoms télé. L’entertainment n’a aucun secret pour lui. Faire le show est une seconde nature. « J’ai shooté des lancers francs avec 0 seconde sur l’horloge devant 30 000 personnes. Tenir un micro dans la main ne me pose aucun problème », expliquait-il.
Papa de deux enfants nés de son union avec Sherlynn Cook, Ceballos eut maille à partir avec la justice à plusieurs reprises. En février 1998, il tente de régler une note d’essence avec une carte de crédit non valable. Alertée, la police s’aperçoit qu’il conduit en étant frappé d’une suspension de permis. En 2001, alors qu’ils sont séparés depuis un mois, Sherlynn saisit la justice et réclame 5 M$ au joueur du Heat, soit la moitié de ses gains en NBA (qui se sont en fait élevés à près de 20 M$), estimant qu’il ne subvient pas aux besoins de leur fille Cyndee âgée de 6 ans. Le couple s’était rencontré en 1992. Sherlynn avait mis sa carrière entre parenthèses pour suivre Ceballos dans ses déplacements. Il fallut renoncer pour cela à la société qu’elle venait de créer.
A l’époque de la fac, le small forward avait démarré un match sur le banc. Cinq jours plus tôt, la police était intervenue pour une violente dispute entre le joueur et sa compagne sur le campus. Aucune plainte ne fut déposée. Ceballos affirme que cette sanction n’avait aucun rapport avec la querelle. Il était puni pour être arrivé en retard à un entraînement après avoir assisté aux obsèques de son ami Hank Gathers, la star de Loyola Marymount décédée le 4 mars 1990. Le soir de la draft 1990, Cedric rêve de tomber dans une équipe californienne. On l’attend en fin de 1er tour ou au début du deuxième. Au même moment, la police enquête. Une ex-petite amie de 19 ans l’accuse d’agression sexuelle dans un dortoir de Cal State. On parle d’une dispute pour un sweat Nike et une veste aux couleurs des Bulls qui aurait dégénéré. Ceballos attendit la draft sereinement, certain de n’avoir rien à se reprocher. Dès le 18 juillet, les poursuites étaient abandonnées.

Stats
11 ans
609 matches (313 fois starter)
14.3 pts, 5.3 rbds, 1.2 pd, 0.7 int, 0.3 ct
50% aux tirs, 30.9% à 3 points, 75.3% aux lancers francs
Palmarès
Vainqueur du concours de dunks 1992

Populaires

Presse magazines

Société d’Édition de Sites Internet Musicaux et Sportifs

Vélo Tout Terrain Planète Cyclisme City Ride Ride it

© 2017-2018 Editions Blue Print / SESIMS

To Top