Équipe de France

Buffon et Neuer, les Monuments Men

Quarts de finale de l’Euro 2016. Allemagne-Italie 1-1, 6-5 t.a.b. La Squadra et la Mannschaft ont poussé le bouchon jusqu’aux tirs au but. Un concept à breveter quand deux références du jeu se trouvent dans les buts.

On s’attendait à une soirée qui s’étire, prolongation en vue, probable, des tirs au but pour finir, possible. Mais on n’avait pas imaginé ça. Manuel Neuer non plus. « Non, il y a eu tellement de tireurs dans cette séance finale… C’est assez fou ! Personnellement, je ne me souviens pas d’avoir déjà vécu ça. J’ai l’impression que les Italiens ont tous tiré au milieu du but ! »
C’est donc à l’issue d’une séance interminable que les Allemands ont entrevu la lumière. D’une douce mais impitoyable folie aussi. Une vraie loterie dans la loterie. Plusieurs fois, les Italiens ont cru sourire, se sont vus en demi-finales. Puis cela a été au tour de leurs adversaires. Mais non, bing, la prime irait à la Squadra ? Bang, encore les Allemands, avec une véritable balle de match ce coup-ci. Dans la botte de Bastian Schweinsteiger. C’était sans compter sur ce diable de « Schweini ». Ou la vieille couleuvre qui sommeille dans sa chaussette et pourrit la vie de sa cheville depuis de longues saisons peut-être. Une frappe de vétéran, à peine de District, qui part dans les airs, dans le ciel de Bordeaux. Pas besoin de tramway, avec ce ballon-là, pour franchir le lac. Incroyable…
Il faudra donc neuf tireurs pour que la décision se fasse. Et que la Mannschaft, au bout du bout, rigole. Deux de plus, on aurait eu droit à Gianluigi Buffon face à Manuel Neuer et à Neuer face à Buffon. Remarquez, l’image n’aurait pas fait tâche. Le meilleur gardien du monde face au meilleur gardien du monde. Le pur-sang face au maître étalon. Allemagne-Italie, c’était un peu « Monuments Men » à Bordeaux. La rencontre des géants. Deux capitaines.
C’était, bien sûr, le quart le plus relevé du plateau. Une finale avant l’heure sur le papier, des étoiles qui se cognent sur les maillots. Les Allemands, candidats déclarés au titre, abonnés permanents des derniers carrés, face aux Italiens, que l’on n’imaginait pas à pareille fête, peut-être, mais qui restent les Italiens, une machine à compèt’, accessoirement la dernière équipe à avoir battu l’Allemagne en phase finale internationale, en demi-finales de l’Euro 2012 (2-1).
Alors, une finale avant la lettre, vraiment ? L’ancien buteur en or de la finale de l’Euro 2000 (contre l’Italie), David Trezeguet, qui vit aujourd’hui à Turin, où il est un ambassadeur de la Juventus, apportait un bémol. « Les Italiens, ils sont arrivés à l’Euro en se disant « On va essayer de passer le 1er tour », puis ils ont battu la Belgique (2-0) et pris confiance. Ensuite, ils ont battu l’Espagne (2-0) et ils se sont vus champions. Mais la réalité, c’est que l’Allemagne était sur leur chemin. Et même si l’affaire s’est conclue aux tirs au but, on a senti une différence, quand même, entre les deux équipes, avec plus de maîtrise côté germanique. »
La maîtrise face à l’orgueil. La fierté qui s’oppose à la froide sérénité. Buffon VS Neuer, surtout. « Même si ça faisait 1-1 au terme du temps réglementaire, j’ai trouvé que nous étions la meilleure équipe sur le terrain », notait le gardien allemand. « Cela a été une soirée intense jusqu’au dernier tir, résumait de son côté Joachim Löw, le sélectionneur des champions du monde. Un match très pointu techniquement de la part des deux formations. Mais on a été au-dessus. Je ne voyais pas l’Italie marquer dans le jeu. »
A la roulette russe, c’est donc Neuer qui rit, ce coup-ci. Buffon était en pleurs. « Ce sont des larmes de déception, précisera le capitaine transalpin en quittant le stade. C’est la fin d’un moment qui avait quelque chose de magique, parce qu’il ravivait des souvenirs parmi nous et nos supporters. Mais quand l’adversaire rate trois de ses cinq premiers tirs au but et qu’on n’arrive pas à gagner, tout devient plus compliqué. Parfois, ça tourne dans notre sens, parfois non. C’est le sport, il faut l’accepter. »
Une référence à la Coupe du monde 2006 et au titre remporté face aux Bleus à l’issue des tirs au but, à Berlin. L’apogée d’une carrière hors normes ? C’était il y a huit ans et Gigi est toujours dans la place ! A trente-huit ans, le gardien de la Juve n’a rien dit d’autre. Surtout pas qu’il mettait un terme à sa carrière internationale, bien au contraire. « Je me sens bien. Ce genre de match m’apporte beaucoup d’émotions et j’estime que j’ai encore des choses à donner à cette équipe nationale. »
Recordman des sélections en Italie, avec 161 au compteur après ce quart contre l’Allemagne, le roc est là. Et bien là. « Je suis heureux et fier d’avoir travaillé avec ce groupe. L’Allemagne a davantage mérité la victoire que nous mais ce match sera utile pour nos joueurs. » Déjà tourné vers l’après. La classe à l’italienne. S’il reste en poste jusqu’à la prochaine Coupe du monde, Gigi deviendra le premier joueur de l’histoire à en avoir disputé six. Pour le moment, seuls le Mexicain Antonio Carbajal et l’Allemand Lothar Matthäus l’accompagnent encore. Vu comment il règne sur ses filets, ça paraît largement dans ses cordes.

Le chiffre : 6
Le compte est bon. A Bordeaux, l’Italie est devenue la seule équipe à avoir été éliminée six fois au terme de la séance des tirs au but dans une phase finale. A l’inverse, l’Allemagne est sortie victorieuse de sa sixième séance consécutive en phase finale d’un tournoi majeur. Jeu, set et match !

L’insolite
En venant à bout de l’Italie, les Allemands ont vaincu leur signe indien. L’Italie, c’était l’historique bête noire de la Mannschaft. Victoire en finale de la Coupe du monde 1982 (3-1), en demi-finales du Mondial 2006 (2-0 après prolongation en… Allemagne), victoire en demi-finales de l’Euro 2012 (2-1). Tiens, c’était la dernière défaite de l’Allemagne en phase finale d’un tournoi majeur. Depuis ? Du lourd : 14 victoires et 3 nuls pour les champions du monde !

Antonio Conte, pour l’amour du maillot
Eliminée dès le 1er tour de la Coupe du monde 2014, l’Italie était rentrée la tête basse et le moral dans les chaussettes du Brésil. Après trois titres consécutifs remportés à la tête de la Juve, Antonio Conte était arrivé au chevet de la Squadra. Il lui a redonné en quelques mois des allures de machine à gagner. Pas de stars, encore mois de starlettes, rien que des hommes dévoués. La patte Conte. « Je suis fier de ce que nous laissons au foot italien. Notre état d’esprit se traduit parfaitement par l’expression « Quand on veut, on peut ». Nous voulions réussir de grandes choses dans ce tournoi et malgré tous les obstacles, nous avons, quelque part, atteint cet objectif. Tous nos adversaires nous ont respectés. J’espère que cet Euro laissera une trace. Ma plus grand victoire reste d’avoir bossé avec ce groupe. Tout le monde a fait partie de cette fabuleuse expérience, des intendants jusqu’aux cuisiniers. J’ai eu l’honneur de travailler avec des personnes qui m’ont tout donné. Mes joueurs ont montré leur amour pour le maillot, ils ont vraiment offert tout ce qu’ils avaient. Je suis heureux et fier. Très déçu pour les gars mais fier. Maintenant, arrivederci. » Et merci, qu’ils disent aussi, en Italie. Le Mister, qui n’avait plus beaucoup de cheveux quand il jouait aux côtés de Didier Deschamps à la Juve et qui a donc quelques dizaines de milliers d’euros d’implants sur le crâne, les porte bien. Direction Londres et Chelsea. Ça promet !

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