Basket

Billy Owens, la boulette de Golden State

C’est un grand classique. Un top prospect universitaire dont on attend monts et merveilles. Et pour lequel on fait n’importe quoi… En cédant Mitch Richmond pour Billy Owens en 1991, Golden State commit une erreur de dimension historique.

A 8 ans, Billy Owens décida de son avenir. Il alla trouver son père qui dirigeait l’entraînement d’une équipe de gamins. « Hey, Dad, je serai basketteur professionnel ! » Automne 1991. Quatorze ans plus tard, Eugene Williams Owens est sur le point d’atteindre son but. Avec ses 2,06 m pour 102 kg, ses épaules larges et rondes, ses hanches enveloppées et ses grandes mains, Owens, n°3 de la draft effectuée le printemps précédent, peut jouer n’importe où. Deux, 3, 4… « C’est une véritable affaire », proclame Jerry Reynolds, le GM et coach des Kings qui le compare aux plus grands. Et même à Magic Johnson ! « Il n’y a qu’un seul Magic, déclare Owens. Mais c’est vrai que je m’inspire beaucoup de son jeu. »
Owens est né à Carlisle (Pennsylvanie), la ville d’origine de Jim Thorpe, vainqueur du décathlon olympique 1912 qui allait devenir une légende du baseball et du football américain. Petit dernier d’une famille de trois garçons et deux filles, Billy a vu son père, Billy Sr, abattre trois boulots pour faire vivre son clan. Il a hérité de son esprit travailleur et pragmatique. Papa dès 18 ans d’un petit Lavail Demetrius, Owens fils a su éviter les erreurs les plus courantes chez des éléments de sa génération. « Je veux prendre du plaisir mais aussi préparer l’avenir de mon fils et de ma famille. »

Un physique un peu grassouillet
Dès son plus jeune âge, il a exploité au maximum ses capacités. En refusant obstinément l’échec. « Je déteste perdre. Demandez donc à mon grand frère. On s’est souvent filé des beignes pour des parties de Nintendo… Mon père aussi est un mauvais perdant. Il me retirait de l’argent de poche à chaque défaite ! » Au lycée, la Carlisle High School, Billy ne perd que 11 matches sur 129. Avec 3 298 points inscrits durant ses années de collège, il se classe 2e meilleur scoreur de toute l’histoire de l’Etat de Pennsylvanie, juste derrière un certain Wilt Chamberlain. Durant son année senior, Owens s’affiche à 34 points de moyenne. Quatre fois de suite, Carlisle sera sacré champion de son Etat.

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A l’époque, deux lycéens reviennent dans toutes les discussions : Alonzo Mourning et Billy Owens. Ils finissent d’ailleurs co-MVP du McDonald’s All-American. Owens choisit l’université de Syracuse où il croise la route de Derrick Coleman. Passé en NBA, Coleman est désigné Rookie de l’année 1991. Billy, lui, se voit élu Joueur de l’année de la Conférence Big East et « All America » à l’unanimité. Ses stats témoignent de son abattage : 23.3 points, 11.7 rebonds, 3.5 passes, 1.2 contre. « S’il n’est pas le meilleur, il en est tout près et en plus, il sait faire jouer les autres », déclare Jim Boeheim, le coach de Syracuse qui vient d’atteindre les 900 victoires en carrière. « C’est difficile de lui trouver des défauts. Sa force, c’est de pouvoir jouer partout », souligne Bucky Buckwalter, dirigeant des Trail Blazers. « Il a la stature de Buck Williams (ndlr : ancien 4 des Nets, des Trail Blazers et des Knicks) et les qualités de Clyde Drexler », conclut Jerry Reynolds, son nouvel entraîneur.
Pour de nombreux GM, Owens, 22 ans à l’époque, est le meilleur produit issu de la draft. Pourtant, des rumeurs faisaient état de problèmes cardiaques. On lui reproche aussi son physique un peu grassouillet. Des tests sérieux prouvent que les apparences sont trompeuses. Les Hornets, qui bénéficient du premier choix, lui préfèrent quand même Larry Johnson, sorti de l’université de Nevada-Las Vegas. Ils se justifient en mettant en avant les grosses qualités au rebond de l’intérieur de UNLV. Les Nets ont le 2e choix. Ils changent d’avis à la dernière minute et prennent l’enfant du pays, le New-Yorkais Kenny Anderson (ex-Georgia Tech). Les dirigeants de Sacramento n’en croient pas leurs yeux : Owens est toujours disponible…

Dans l’œil du cyclone au sortir de la fac
Billy a pratiquement réussi tout ce qu’il a entrepris pendant ses trois années à Syracuse, sauf participer au Final Four NCAA. Il a été médaillé de bronze avec les USA lors du championnat du monde 1990. Son premier challenge professionnel sera de s’adapter à la défaite. Les Kings n’ont pas participé aux playoffs depuis 1986 et ils possèdent le titre peu enviable de plus mauvaise attaque de NBA. Billy est appelé à former un tandem ambitieux avec Lionel Simmons, deuxième meilleur rookie en 1991. « Scottie Pippen et Michael Jordan se complètent parfaitement. Ils font au moment voulu ce dont leur équipe a besoin. C’est ce que nous attendons de Billy et Lionel », ose Jerry Reynolds.

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Il faut préciser qu’Owens est dans l’œil du cyclone. Il a quitté Syracuse un an avant la fin de son cursus universitaire en expliquant qu’il était « fatigué et ennuyé par (sa) vie d’étudiant ». Les mauvaises langues affirment que Billy est parti avant de possibles sanctions de la part de la NCAA. Une enquête suit son cours à Syracuse suite aux infos parues dans un journal en décembre 1990. L’équipe aurait fourni à certains joueurs, dont Coleman et Owens, de l’argent liquide, des voitures et toutes sortes d’avantages interdits par la loi. Un joueur a aussi affirmé que les coaches avaient fait changer les notes d’Owens pour lui permettre de conserver sa place dans l’équipe des Orangemen… Owens est entendu par les enquêteurs. Une fois passé pro, il refuse de répondre aux questions.
Certains prospects n’ont jamais réussi à quitter le cocon universitaire (n’est-ce pas, Mateen Cleaves ?). Owens, lui, sait ce qu’il veut. Depuis longtemps. A l’époque de la draft, il fit un match contre Larry Johnson. Larry s’imposa. Il portait des chaussures de basket et Billy des chaussures de jogging. Depuis, Billy ne cesse d’affirmer : « J’aurai ma revanche. Je serai Rookie de l’année. » Perdu : avec 19.2 points, 11 rebonds et 3.6 passes de moyenne, « Grandmama » est confortablement élu Meilleur débutant. Pire : la confiance affichée par Sacramento vole en éclats le jour où Golden State propose un échange Billy Owens contre Mitch Richmond, deuxième meilleur scoreur des Warriors avec 23.9 points par match.

Bird-Owens, la comparaison infamante
Le 1er novembre 1991, le n°3 de la draft est expédié chez les Warriors… qui s’en mordent encore les doigts. Avec Tim Hardaway, Mitch Richmond et Chris Mullin, Golden State possède un trio – le « Run TMC » (pour Tim, Mitch et Chris) – absolument infernal. Les trois joueurs dépassent les 22 points par rencontre. Hardaway et Mullin sont All-Stars. Les Warriors alignent une attaque flamboyante, spectaculaire au possible. Mais elle ne survit pas à une élimination en demi-finales de Conférence Ouest contre les Lakers (4-1). Oakland se fait trop souvent dominer à l’intérieur. La franchise californienne veut renforcer sa raquette, quitte à sacrifier l’un des trios les plus prolifiques de l’histoire. Voilà comment les Warriors jettent leur dévolu sur Billy Owens à l’automne 1991.

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La saison rookie de l’intéressé est tout à fait correcte (14.3 pts, 8 rbds, 2.4 pds, 1.1 int). Dans un rôle de 6e homme, l’arrière lituanien Sarunas Marciulionis apporte une contribution inespérée (18.9 pts de moyenne). Golden State compile 55 victoires et se classe 3e de la Conférence Ouest. Mais l’ouragan Shawn Kemp passe par là… Au 1er tour des playoffs, Seattle tremble à peine (3-1). Golden State déchante d’autant plus vite qu’Owens n’apporte pas la présence intérieure escomptée. C’est un small forward qui aime s’écarter pour se faire plaisir au shoot, pas un ailier fort qui va au charbon pour faire le sale boulot… On se gausse des scouting reports qui osaient le rapprocher de Larry Bird.
L’année suivante, les Warriors terminent avant-derniers de leur poule avec 34 victoires. Blessé au genou, Owens ne dispute que 37 matches. L’avènement du duo Latrell Sprewell-Chris Webber en 1993-94 ouvre des perspectives intéressantes, d’autant que Tim Hardaway a passé l’année à l’infirmerie en raison d’une rupture des ligaments du genou (Avery Johnson assure l’intérim). L’équipe signe son retour en playoffs. Elle est sweepée par Phoenix au 1er tour mais ce qui se trame en coulisses est encore pire. Don Nelson et Chris Webber entretiennent des relations exécrables. Pour associer Owens et Webber, « Nellie » est obligé de décaler le second en pivot. « C-Webb » goûte très modérément son rôle comme les systèmes à géométrie variable de l’amiral Nelson.
Pour apaiser la situation, ce dernier fait expédier Owens à Miami contre le pivot américano-libanais Rony Seikaly. Un mauvais calcul puisque Webber, rancunier, décide malgré tout de boucler ses valises, direction Washington… Pour Billy, une longue transhumance démarre, rendue plus pénible encore par l’impossibilité d’être à 100% et donc de redevenir le basketteur qu’il fut. Une année à Miami. Une année à Sacramento. Un come-back en Floride. Deux saisons chez les Kings. Des miettes à Seattle, Philadelphie, Golden State et Detroit… Quand il est titulaire, il rapporte ses 10 à 14 points. Mais le top prospect qui faisait saliver les recruteurs NBA par son côté « couteau suisse » ne sera jamais mieux qu’un obscur second rôle. Sa carrière s’achèvera dans le Michigan en 2001.

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