Basket

B.J. Armstrong, what a wonderful world !

Au début des années 90, l’actuel agent de Derrick Rose était un enfant star en NBA. Avec sa bouille de gamin, personne n’aurait cru que B.J. Armstrong deviendrait un jour une figure de la Ligue. Et pourtant, il obtint le job le plus convoité du monde : meneur titulaire des Bulls de Michael Jordan…

B.J. (prononcez « Bi-Djè ») comme un nom de rappeur. B.J. comme Beau Jeune homme. B.J. comme Bulls Junior. Un meneur de 1,88 m et 79 kg qui a le visage et le sourire d’un kid. « Pour mon fils Jeffrey, 6 ans, B.J. est le meilleur joueur du monde. Normal, il pense que B.J. n’a que 4 ans de plus que lui ! », s’esclaffe Michael Jordan au lendemain de son premier « threepeat ».
Benjamin Roy « B.J. » Armstrong est aussi et surtout le meneur de la meilleure équipe de la planète dans les années 90, les Chicago Bulls. Le rôle le plus envié du basket mondial. Qui ne voudrait pas être le deuxième élément de la paire d’arrières ? Etre associé à Sa Majesté et à son lieutenant Scottie Pippen ? Voilà ce que fut la vie de B.J. de 1989 à 1993, deux ans avant son départ pour Golden State.

Il échappe à la misère mais pas au gros ballon orange
Comme toujours, tout ne fut pas simple. B.J. naît le 9 septembre 1967 à Detroit. A l’époque, la plus grande ville du Michigan, connue pour sa rudesse, vit encore ses années fastes de capitale de l’automobile et de la black music. Mais les ghettos sont les plus durs du pays. Tout comme le basket qu’on y pratique, prémices peut-être du doublé des « Bad Boys » à la fin des années 80. Elevé dans une famille « middle class » soudée et très religieuse, B.J. échappe à la misère mais pas au gros ballon orange. Il joue au basket sans arrêt tout en suivant une scolarité brillante. « J’ai toujours eu la réputation d’être un basketteur très prometteur et un élève sérieux. »

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Ça ne ressemble pas au petit crack du bahut ? Et pourtant, c’est la stricte vérité. A l’époque, B.J. a déjà une bouille de poupon. « Cela vient de mon père. Aujourd’hui encore, il doit présenter sa carte d’identité pour entrer dans un bar… », s’exclame-t-il dans un grand éclat de rire. Son look de jeune ado ne l’empêche pas de se faire respecter sur les playgrounds comme avec son équipe de lycée. Ses deux modèles évoluent bien entendu à « Motown ». « J’adorais Isiah Thomas et Bill Laimbeer. Le jeu soyeux et sans failles du premier, la force mentale du second. »
En 1985, Armstrong choisit l’université d’Iowa pour y passer un diplôme de communication et battre les records du « basket program ». Quatre ans plus tard, B.J. est toujours frêle d’allure mais il est devenu le meilleur passeur de l’histoire de la fac, son 4e meilleur marqueur et son 3e meilleur intercepteur (18.6 pts, 5.4 pds et 1.84 int pour sa dernière saison chez les Hawkeyes). Le tout, bien sûr, agrémenté d’un joli diplôme. Ah, ce physique… Son poids plume a donné de la salive aux mauvaises langues. On lui a même conseillé d’aller se faire voir en Europe. « No way. Mon but s’écrivait en trois lettres majuscules : N.B.A. »

« John Paxson m’a aidé comme personne »
En septembre 1989, les Bulls, qui l’ont drafté en 18e position, lui offrent un contrat de 2,4 millions de dollars sur 5 ans. Pas cher payé. Mais la concurrence est énorme. Michael Ier est bien évidemment intouchable. B.J. passe derrière Craig Hodges et John Paxson. A l’époque, il prend le soin de s’inscrire dans un cursus pour suivre des études supérieures de droit et d’histoire. Quand on aime ça… « Je continue mes études pour être sûr de faire des choses passionnantes après la NBA », annonce-t-il.

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B.J. débarque à Chicago avec deux objectifs : prendre du poids et apprendre. Deux moyens pour ça : la musculation… et John Paxson. « John m’a aidé comme personne. Grâce à lui, j’ai toujours obtenu des réponses à mes questions. Je lui dois beaucoup », reconnaît-il. Une première année en NBA est déjà un défi en soi. Encore plus avec les Bulls. B.J. ne joue pas beaucoup mais il pointe le bout du nez avec 5.6 points et 3 passes par match. Son apprentissage continue, son temps de jeu augmente. Les deux saisons suivantes, Armstrong remporte une bague de champion du monde. De quoi attaquer la saison 1992-93 gonflé à bloc.
Avec la blessure au genou de John Paxson et le départ de Craig Hodges, coupé par la franchise de l’Illinois, la place tant convoitée de starter s’offre à lui. « B.J. n’est pas d’un tempérament agressif mais il a appris à le devenir. Cela lui a permis d’élargir son jeu », constate Phil Jackson. Seul petit problème : son manque de régularité. On lui reproche aussi de penser davantage, parfois, à créer son propre shoot qu’à organiser le jeu à proprement parler. Plutôt gênant pour un meneur. Qui plus est, Paxson est de nouveau opérationnel et efficace à 3 points…

Joli sourire, cultivé, passionné de littérature et de rap
Mais pendant les playoffs 1993, Armstrong va mettre tout le monde d’accord. L’homme au visage de gamin dévore tous les meneurs adverses. A sa manière. Avec une défense étouffante et une maîtrise parfaite du jeu hautement élaboré des Bulls. Pour couronner le jeu, une adresse insolente pimentée de quelques paniers assassins à 3 points. Un vrai leader. Pas étonnant pour quelqu’un qui a l’ambition « de jouer un rôle politique à l’échelle mondiale ». Joli sourire. Cultivé. Passionné de littérature et de rap. Travailleur, fin, bien élevé. Et trois fois basketball world champion… Voilà un CV intéressant et original pour un affichage sur des panneaux électoraux. B.J. le répète à l’envi : « I’m a proud black man » (Je suis un Noir fier).

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Michael Jordan himself lui rend hommage : « B.J. a prouvé qu’il était un grand meneur. Après avoir connu des moments difficiles, il s’est imposé avec brio et fierté. » Demandez à Mookie Blaylock (Atlanta), Mark Price (Cleveland), Doc Rivers (New York) ou Kevin Johnson (Phoenix), ses adversaires pendant la phase finale, s’il est normal qu’Armstrong soit alors le meneur starter le moins bien payé de NBA. La réponse est unanime. « Non. Il va être augmenté et payé comme une star. » « C’est prévu », explique-t-on dans l’entourage de Jerry Krause, le GM de Chicago.
Pour B.J., ce troisième titre vaut de l’or. D’abord parce qu’il y a participé en tant que titulaire (et de quelle manière). Ensuite parce que les Bulls se sont retrouvés dos au mur pendant la saison régulière et lors des Finales. Aussi, « Gueule d’ange », joueur le plus adroit à 3 points de la Ligue en cette année 1993 (45.3%), peut savourer : « Vous n’imaginez pas comme je suis heureux ! C’est une expérience qui m’apportera beaucoup. On ne s’arrêtera pas là. Ce titre est le plus important des trois car il a fallu travailler beaucoup plus. On a eu des défis à relever toute l’année, sur le terrain comme en dehors. Moi, je devais améliorer mon niveau de jeu et prouver que j’avais ma place dans le cinq. Je crois que c’est fait. On est les meilleurs du monde ! »

Le dernier Chicagoan à porter le n°10
Michael Jordan parti, Armstrong assume ses responsabilités. Il se classe 3e meilleur marqueur des Bulls derrière Scottie Pippen et Horace Grant (14.8 pts de moyenne) et finit 2e de la Ligue pour le pourcentage de réussite à 3 points (44.4%). Deuxième de la Central Division avec 55 victoires pour 27 défaites, Chicago est sorti par New York en demi-finales de Conférence Est (4-3). Au moins B.J. a-t-il obtenu la reconnaissance ultime : il a été nommé starter pour le All-Star Game de Minneapolis (11 pts et 4 pds en 22 mn) où l’ont accompagné Pippen et Grant. Au cours de la saison suivante, B.J. demeure le 3e meilleur marqueur de l’équipe (14 pts), derrière Pippen et Kukoc, jusqu’au retour de Michael Jordan. Un nouvel échec attend les Bulls en demi-finales (4-2 contre Orlando).

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Fin de la période faste de B.J. qui sera, pour l’anecdote, le dernier Chicagoan à porter le n°10 (ensuite retiré en mémoire de Bob Love). Le 24 juin 1995, le natif de Detroit est le 1er choix de Toronto lors de l’expansion draft. Pas d’exil au Canada : le 18 septembre suivant, il est expédié à Golden State en échange, notamment, de Carlos Rogers et Victor Alexander. La compétition avec Tim Hardaway ne dure qu’un temps. En cours d’année, l’ancien membre du « Run TMC » file à Miami. Armstrong s’affiche à 12.3 points de moyenne dans une équipe désormais confiée au tandem Latrell Sprewell-Joe Smith (1er choix de draft 1995).
Le meilleur est derrière lui, même s’il établira la troisième plus grosse série de matches joués consécutivement, 577. En novembre 1997, le triple champion NBA prend la direction de Charlotte, échangé contre Muggsy Bogues et Tony Delk. En mars 1999, nouveau déménagement à Los Angeles (transféré avec Glen Rice et J.R. Reid contre Eddie Jones et Elden Campbell). Laissé libre par les Lakers, Armstrong transite par Orlando avant d’achever sa carrière à Chicago, son équipe de toujours, en 1999-2000.
Contrairement à ce que l’on pensait, « Gueule d’ange » ne se lancera pas en politique. Il assiste le GM, Jerry Krause, jusqu’à la démission de celui-ci en 2003. Dans un petit clin d’œil du destin, B.J. fut écarté du poste de président des opérations basket au profit de John Paxson, celui qu’il avait remplacé comme meneur titulaire une décennie plus tôt. Armstrong joue les scouts pour Chicago jusqu’en 2005 avant de devenir consultant puis agent de joueurs. Il défend les intérêts de Derrick Rose, notamment.

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