Équipe de France

Aux larmes, citoyens…

Portugal-France 1-0 a.p. Premier titre pour la Seleçao grâce à un but d’Eder en prolongation. Le rêve bleu tourne au cauchemar. Au Stade de France, c’est le Portugal qui a des étoiles plein les yeux. Les Français méritaient mieux mais c’est Cristiano Ronaldo qui rit.

Il est sorti en pleurs, il est revenu la jambe raide, le genou gauche strappé dans une gaine mais en sautant comme un cabri, sur l’autre jambe. Le Portugal avait perdu son astre dès le milieu de la première période mais l’étoile est réapparue sur le bord de la pelouse comme une comète. Lors des cinq dernières minutes de la prolongation, quand tous les Bleus poussaient, que tous les Portugais dégageaient encore, toujours plus loin, on ne voyait presque plus que lui le long de la ligne de touche. En claudiquant, il traversa carrément la zone technique de Didier Deschamps, posa quelques pieds sur la pelouse, revint, gesticula. Puis il poussa Fernando Santos dans le dos. A un moment, on s’est même demandé s’il n’allait pas lui casser une côte.
Cristiano jubilait. On savait que « CR7 » faisait à peu près tout ce qu’il voulait au sein de la Seleçao. Là, il a fait tout ce qu’il a voulu jusque dans le carré français. Le poids de sa paroi abdominale, de ses épaules larges, de ses trois Ballons d’or ou les trois à la fois, sans doute. Qu’importe. Il ne sentait plus la douleur et ce genou qui inspira vraiment la crainte des croisés, dès les premiers instants. Il ne touchait presque plus le sol. Enfin, Cristiano tenait son triomphe. « Je suis tellement heureux ! » seront ses premiers mots de champion d’Europe. « J’ai toujours cherché, toujours voulu obtenir un tel trophée ! Depuis si longtemps… En fait, depuis 2004. Il s’agit d’un moment merveilleux pour le football portugais. Quelque chose qui restera inoubliable. »

Pas d’arme fatale mais un supplément d’âme
Le Portugal est champion d’Europe. Bientôt, « CR7 » va soulever le trophée Henri Delaunay. L’explosion totale. Lui qui a tout gagné, qui arbore si fièrement son palmarès long comme l’estuaire du Tage à Lisbonne, interminable quoi, gambade comme un gosse avec son genou en compote et la jambe raide. On ne se refait pas. L’histoire est belle pour lui, si cruelle pour les Bleus…
Fernando Santos, le grand architecte qui avait démarré son mandat à la tête de la Seleçao au Stade de France en 2014 et qui avait juré à ses joueurs, ce soir-là, d’y revenir pour disputer la finale de l’Euro, était sur la même longueur d’ondes que son capitaine. « J’ai toujours dit que Cristiano était fondamental pour nous et qu’il fallait compter sur lui. Il a fait des efforts titanesques. Il a un incroyable esprit d’équipe. Deux fois, il a essayé de retourner sur le terrain. C’était important pour nous qu’il soit présent dans les vestiaires et sur le banc. Il y a cru comme moi. »
Ronaldo privé de finale dès la moitié de la première mi-temps, la Seleçao perdait son arme fatale mais pas son supplément d’âme. « Quand il est sorti, je me suis dit qu’il fallait procéder à de petites modifications, avec notamment le passage de Nani dans l’entrejeu pour garder cette présence devant la défense des Français. L’idée, c’était d’essayer de les faire courir. Parfois, on y est parvenu, d’autres un peu moins. Mais notre structure était solide, nous avons conservé une bonne assise défensive. A la mi-temps, j’ai précisé : « Gardez la tête haute et nous remporterons le match ! » J’ai toujours su qu’on avait un collectif et des joueurs de talent mais que nous devions nous battre plus que nos adversaires, courir plus et être plus concentrés qu’eux. Le groupe, lui, a toujours cru qu’il pouvait devenir champion et maintenant, nous le sommes. »

Trop d’occasions manquées côté bleu
Cela faisait bien longtemps que Cristiano Ronaldo avait séché ses larmes quand elles ont coulé sur les joues de Blaise Matuidi, après plus de 120 minutes de jeu crispantes, lorsqu’il est allé chercher cette maudite médaille du finaliste. Peut-être repensait-il, à ce moment, à ces occasions manquées. La tête d’Antoine Griezmann, trop belle, presque trop parfaite, qui prenait la direction de la lucarne comme une évidence, avant que Rui Patricio ne la détourne. Ou cette autre reprise, plein axe, qui allait lécher la transversale, comme si le cadre se dérobait sous les assauts de « Grizou », qui restera donc le meilleur buteur de l’Euro avec 6 pions à son compteur.
Monsieur Antoine est allé chercher son trophée mais n’avait vraiment pas le cœur à ça. « Je serai peut-être fier plus tard mais pour l’instant, je suis très déçu, pour moi et mes coéquipiers. J’avais à cœur de leur donner ce titre et je n’ai pas pu marquer. Le Portugal, ce n’est pas que Ronaldo, on l’a bien vu. Ils étaient costauds défensivement. Et c’est sans Cristiano qu’ils mettent leur but. C’était une grande équipe en face, ils l’ont prouvé. »
Peut-être revoit-il les percées de Moussa Sissoko, qui a cisaillé la défense portugaise au cœur, à chaque prise de balle ou presque. Sans doute revoit-il cet enchaînement d’André-Pierre Gignac qui, après avoir mis dans le vent Pepe d’un crochet, voit sa frappe s’écraser sur le poteau. Comme le signe d’un destin soudainement devenu contraire. Ce n’était pas le soir des Bleus.

Se souvenir des belles choses…
Hugo Lloris avait lui aussi comme un sale goût dans la bouche. « Il faut garder la tête haute, estimait-il, même si on a perdu cette finale. On a réalisé de grandes choses durant ce tournoi. Beaucoup de Français sont fiers et c’est peut-être la chose la plus importante. Quand on est joueur, quand on est compétiteur, on n’accepte pas trop la défaite, surtout avec ce genre de scénario. Mais il faut apprendre de ça et continuer à avancer. On a manqué de réalisme et on n’a pas eu de réussite avec le poteau de Dédé à la 92e minute. Le football est parfois cruel et il faut faire avec. C’est important de bien digérer. On a consenti énormément d’efforts pour arriver là et pour l’instant, le sentiment est chargé de beaucoup de tristesse. Au final, ça se joue à pas grand-chose. On s’est créé beaucoup plus d’opportunités qu’eux mais la lucidité a fait défaut dans le dernier geste et aussi la chance. Les Portugais n’ont pas forcément proposé un grand football mais ils méritent leur succès, c’est le sport de haut niveau. Ils ont été forts mentalement durant tout le tournoi. Ils n’ont remporté qu’un seul match au terme des 90 minutes, ce qui montre les ressources de cette équipe. On est tous déçus et déchirés de pas avoir gagné mais cette expérience doit rester positive. » Une façon comme une autre de voir plus loin.
Antoine Griezmann s’y essaie aussi. « C’est cruel mais également magnifique. Il faut apprendre de tout ça. On n’a aucun regret. Je suis fier de ce groupe, fier de tout le monde. C’est dommage, on a touché le poteau et moi, j’ai eu des occasions qui ne sont pas passées loin. Il y a eu des parades du gardien. C’est frustrant mais il va falloir revenir plus fort. » Bonne idée. Objectif, dorénavant : la Coupe du monde en Russie, en se souvenant des belles choses.

Paroles de champions
Eder : « C’était un moment génial. Le collectif a tellement travaillé ! On savait que le peuple portugais était derrière nous. On s’est bien battus, on a été superbes. Je pense qu’on mérite ce trophée pour tous les efforts consentis. Le Portugal vise ce titre depuis tellement longtemps ! C’est magnifique et mérité. Bravo à tout le monde ! Ce but est très spécial pour moi. C’est celui du sacre. Quelque chose de fabuleux. Le match a été difficile, on savait que la France allait avoir la possession mais on a respecté notre plan de jeu. Avec ce groupe et les jeunes qui arrivent, on se dirige vers un futur radieux. »
Pepe : « Cela a été difficile car nous avons perdu notre leader, le meilleur joueur de la Seleçao. Tout le monde connaît ses qualités. Quand j’ai vu qu’il ne pouvait pas continuer, j’ai dit aux gars que nous devions remporter le match pour lui. Le coach nous a surpris à la mi-temps en changeant un peu de système, il avait parfaitement raison. Il a eu tout bon. On s’est battus pour la nation, c’est la victoire d’un groupe qui a fait preuve de beaucoup d’humilité. On a bossé dur, on s’est démenés pour gagner ce trophée et malgré toutes les critiques, on vient d’écrire l’une des plus belles pages de l’histoire du foot portugais. On a la chance de travailler avec un très grand coach qui connaît bien la sélection. Il a apporté de la fraîcheur avec de jeunes éléments. Quand il est arrivé (ndlr : en septembre 2014), il a dit qu’il fallait se qualifier pour l’Euro puis le remporter. Et voilà… »
Jose Fonte : « Difficile de décrire mes émotions. Ce pourrait être un film. Le Portugal a écrit une magnifique histoire. La France possède énormément de qualités mais nous, on s’appuie sur un groupe extraordinaire. Eder a travaillé très dur et méritait de marquer ce but. »
Cecrid Soares : « C’est incroyable ! Inoubliable ! Nous y avons cru dès le premier jour. Tout le monde s’est impliqué, décidé à donner le meilleur de lui-même. Nous avons perdu notre capitaine mais nous sommes restés solidaires. On s’est entraidés, on n’a pas lâché. »
Raphaël Guerreiro : « C’est un rêve que je ne réalise pas trop, en fait. Gagner l’Euro, pour moi, surtout en France, cela représente quelque chose de spectaculaire. On n’a pas fait attention aux critiques car on passait les tours et on se concentrait sur chaque match. Notre objectif était de remporter le trophée. Merci à toute l’équipe. Pour l’instant, c’est le plus beau moment de ma carrière, c’est clair ! Et cela risque de le rester pour longtemps. »

Le débrief de Didier Deschamps
« Il s’agit d’une énorme déception. C’est cruel de perdre une finale comme ça. On a eu des opportunités mais on a peut-être manqué d’un peu de lucidité et de fraîcheur. Ça se joue vraiment à très peu de choses. Il y a eu des opportunités, notamment la dernière avec Gignac. C’était un match assez fermé où on a quand même eu nos chances. Les garçons ont tout donné. La déception est forte, c’est très dur mais il ne faut pas oublier tout ce qu’on a réalisé. Les Portugais savent très bien faire déjouer leurs adversaires. On a poussé, poussé, peut-être laissé un peu d’espaces. Après la sortie de Cristiano, le Portugal a refermé un peu plus le jeu encore avec son triangle au milieu. Je suis très fier de ce qu’ont réalisé mes 23 mais il faut aussi féliciter le Portugal, ce sont eux les nouveaux champions d’Europe. Ils ne sont pas arrivés là par hasard. Ils n’ont pas gagné beaucoup de matches mais ils ont remporté le plus important. Ils ont peut-être connu des générations plus talentueuses mais c’est celle d’aujourd’hui qui rapporte le trophée. Il ne faut pas le leur enlever, juste les féliciter. Pour nous, c’est une déception de s’arrêter sur cette finale. On ne doit pas tout jeter mais nous avons vu passer une chance… peut-être pas unique mais une grand chance d’être champion d’Europe. Il n’y a pas de mots pour consoler les joueurs. Il va falloir du temps pour digérer. On a gagné ensemble, on a souffert ensemble, on a perdu ensemble. On a aussi conscience qu’on a donné de la joie au public. Cela aurait été tellement magnifique de lui offrir le trophée chez nous… »

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