Équipe de France

Antoine Griezmann, le petit blond devenu golden boy

Il avait attrapé au vol le dernier wagon pour la Coupe du monde au Brésil. Depuis l’Euro, c’est lui qui conduit le train bleu. Appelez-le dorénavant « Grizzy the Boss ».

En à peine plus de deux ans, Antoine Griezmann a changé de planète sur la galaxie bleue. Il était arrivé sans faire de bruit, sur la pointe des crampons, le plus discrètement possible, en équipe de France (si beaucoup réclamaient son intronisation, lui n’a jamais rien revendiqué, la jouant plutôt profil bas après sa mésaventure avec les Espoirs sur laquelle nous reviendrons, en précisant qu’il s’agit de sa seule faute de goût), en mars 2014. C’était le dernier match amical du groupe de Didier Deschamps avant que le sélectionneur ne communique sa liste des 23 pour la Coupe du monde au Brésil. Il a, depuis, tout fait en accéléré.
D’abord en compostant son billet d’entrée pour participer au grand raout brésilien. Ensuite en montrant sur place une envie folle de prouver qu’il méritait bien d’être de la partie. Même si l’image qu’il restera de lui, là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, ce sont ces larmes qu’il n’a pu retenir, juste après l’élimination en quarts de finale face à l’Allemagne. Depuis ? « Grizzy » a furieusement monté le curseur.

Plus leader technique que leader tout court
L’indispensable leader d’attaque de l’Atlético Madrid est devenu l’indispensable leader d’attaque des Bleus. Le boss. Un cadre. Lui n’aime pas trop l’expression. Là encore, il ne revendique rien. « Je ne vais pas devenir un cadre parce que vous le voulez ou parce que le coach me le demande, susurre-t-il. Par rapport à Hugo (Lloris) ou même Raphaël (Varane), je m’exprime peu. Je pense que Rapha a ça en lui. Il prend parfois la parole et il le fait sans hésiter. C’est naturel. »
Alors, disons « leader technique ». OK, Antoine ? Réponse du tac au tac, sans tacle : « Je ne sais pas si on attend plus de moi mais je sais que je veux toujours plus. Je continue de tout donner, de travailler, avec l’idée d’améliorer ce que j’ai réalisé l’année d’avant. A chaque début de saison, je pars avec l’ambition de faire mieux que la précédente. »
Si son histoire avec les clubs français n’a jamais débuté – trop petit, trop frêle, pas assez athlétique, et patati, et patata, ont été les arguments majeurs pour le recaler, dans les grandes largeurs mais sans hauteur, à l’entrée de nos centres de formation -, en équipe de France, catégories jeunes, ça avait démarré très fort. En juillet 2010, il est sacré champion d’Europe U19 avec les mini-Bleus, après avoir dominé l’Espagne 2-1 en finale. Quatre mois plus tard, il rejoint les Espoirs et inscrit notamment trois buts en cinq matches, lors de la phase qualificative pour l’Euro 2013. C’est là que va survenir le premier et unique coup d’arrêt dans sa carrière internationale.

Une virée malvenue
Alors que les Bleuets viennent de battre 1-0 la Norvège au Havre, en barrage de cet Euro, il s’offre, trois jours avant le retour, une virée nocturne plutôt malvenue – de la Normandie à Paris, là aussi en aller et retour, avec quatre de ses partenaires (Yann M’Vila, Wissam Ben Yedder, Chris Mavinga et M’Baye Niang). La sanction tombe. Double peine. Non seulement la sélection rate la qualif’ mais lui est interdit d’équipe de France, quelle que soit la catégorie, jusqu’en janvier 2014.
Des cinq coupables, il est celui qui se montre le plus repentant. Il ne moufte pas. Accepte la décision de la commission de discipline sans rien dire, conscient de l’énormité de la bêtise. « J’ai commis une grave erreur, admet-t-il. Quand on prétend, comme moi, évoluer à un certain niveau, on n’a pas le droit de faire ça. J’assume la sentence, qui est à la hauteur de ma faute. » Et surtout, il promet de retenir la leçon. Il l’a parfaitement retenue. Plutôt que de ruminer sa frustration, il s’est mis à bosser plus fort, a continué à monter en puissance, tant dans le rôle du passeur que du buteur, puis a encore étoffé son registre en rejoignant l’Atlético Madrid de Diego Simeone.
C’est juste avant de changer de crèmerie qu’a pris fin sa mise en réserve de la République et c’est pile le moment où Didier Deschamps l’a convoqué pour ce fameux dernier match avant de communiquer sa liste des 23 pour le Mondial. La suite ressemble à un manège enchanté avec l’approbation de tous ceux qui l’ont approché sur le terrain, version « made in Blue ».

Adoubé par ses pairs
D’abord, Karim Benzema qui, avant d’être éjecté de la sélection à cause d’un drôle de film, avait vanté les qualités de son partenaire. « Je commence à deviner son jeu et ce qu’il aime bien, disait-il alors. A partir de là, je tâche de le mettre dans les meilleures conditions. » Olivier Giroud, qui a pris la succession à la pointe de l’attaque, notamment durant l’Euro, n’hésite pas à en rajouter une couche. Et ce n’est pas de la peinture fraîche qui colle. « On se connaît bien tous les deux, clame-t-il. Je sais qu’il adore se balader entre les lignes. Notre complémentarité me paraît évidente. Si je dois lui servir de point de fixation ou le rechercher en une touche, je devine, la plupart du temps, où le trouver. » Dernier intervenant, Kevin Gameiro, son nouveau partenaire à l’Atlético et, en équipe de France, depuis la rentrée. Il en bave. « Grizzy, il a le foot dans le sang. Même si on n’a pas beaucoup évolué ensemble jusqu’à présent, cela semble très peu compliqué de le trouver. Comme toujours avec les top joueurs. »
Faut pas mentir non plus. Quand l’ami Tonio est sorti de la dernière saison, il en était à plus de soixante rencontres avec son club et les Bleus. Avec surtout, dix jours avant de rejoindre la troupe France, une défaite sur le fil en finale de la Ligue des champions, où le bonhomme avait raté un péno. De quoi avoir le moral dans les chaussettes. Le staff tricolore lui a alors concocté un programme sur mesure. Les effets n’ont pas été immédiats, son entrée dans la compétition continentale s’est avérée un peu poussive. Il fallait qu’il ingurgite tout ça. Mais ensuite…
En fait, le grand chambardement intervient à la mi-temps du huitième de finale contre l’Irlande. Didier Deschamps, au bout d’une période non maîtrisée, opte pour la carte Griezmann. Il le place en tant que deuxième attaquant, dans la position où il joue dorénavant à l’Atlético. La suite sera une immense régalade. L’attaquant français empile les buts (six, meilleur buteur et meilleur joueur du tournoi), y ajoutant, en bonus, trois passes décisives.

Une préférence pour l’axe
Alors, pas un boss, le môme de Macon ? Il semble toujours hésiter à endosser le costume. Ne revendique toujours rien mais affiche, dorénavant, ses préférences. Sans éclat, bien entendu. « J’ai dit que je me sentais plus à l’aise proche de la surface de réparation, là où j’évolue aujourd’hui en club. Maintenant, je ne réclame rien. Le coach fait ses choix et met ses tactiques en place. A droite, à gauche, dans l’axe, je m’adapte. Même si je reconnais ma préférence pour l’axe. » Et il nous semble que « DD » en est également convaincu. D’où un 4-4-2 dont le sélectionneur ne rêvait pas au départ mais qui a fini par s’imposer à lui comme une évidence, afin de mettre dans les meilleures dispositions son prodige. Un si sympa « Golden Boy ».

Le chiffre : 6
Selon un sondage réalisé par l’IFOP pour le « Journal du Dimanche », au mois d’août, Antoine Griezmann était la sixième personnalité préférée des Français en 2016 et aussi le premier sportif dans ce classement. Il était précédé par Omar Sy, number one, Jean-Jacques Goldman, Simone Veil, Michel Cymes (!) et Jean Reno. A noter que lors du précédent sondage, effectué en décembre 2015, l’attaquant de l’Atlético Madrid ne figurait même pas dans le Top 50 ! Vertigineuse ascension…

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