Équipe de France

André-Pierre Gignac : « Tout s’est fait au feeling »

C’est en jeune trentenaire que « APG » s’offre une seconde jeunesse de l’autre côté de l’Atlantique. Après « un Big Mac pour Gignac », celui qui est revenu dans le paysage des Bleus en s’exilant à 10 000 bornes de Clairefontaine s’est mis au Tex Mex. Il adore, plutôt deux fois qu’une, et ça lui va drôlement bien. Attention, interview olé-olé !

PLANETE FOOT : Partir au Mexique, n’était-ce pas faire une croix sur les Bleus ?
André-Pierre GIGNAC :
En fin de saison dernière, quand j’ai terminé meilleur buteur de l’OM et 2e meilleur buteur du championnat (ndlr : avec 21 buts, derrière Alexandre Lacazette, 27, et devant Zlatan Ibrahimovic, 19), le fait de ne pas être sélectionné en équipe de France pour les matches amicaux de juin m’a vraiment fait penser que c’était cuit, fini. Je ne voulais pas me voiler la face.

PF : Et finalement, c’est devenu « plus loin de la France mais plus près des Bleus »…
A.-P.G. :
Je recevais les pré-convocations. Il y a toujours eu la connexion. C’est la preuve qu’il y avait encore une communication et que, au final, je n’ai pas effectué un si mauvais choix que ça. S’exiler à 10 000 kilo­­­mètres, bien sûr que certains ont pensé que l’éloignement serait trop grand, que c’était une retraite dorée, que je partais pour l’argent…… Mais non.

PF : Rejoindre l’Olympique Lyonnais, c’était vraiment impossible ?
A.-P.G. :
Non, pas impossible, c’était une opportunité. Mais c’était très difficile. 90% de ma réponse se sont écrits naturellement : je ne pouvais pas faire ça à mes supporters. Pourtant, il y avait la visibilité, le fait de disputer la Ligue des champions. Sur le papier, c’était mieux pour prétendre à l’équipe de France. Tout y était. Mais j’ai préféré décliner. Pour l’argent ? Non. S’il y avait eu un autre challenge tout aussi excitant que le challenge lyonnais avec moins d’argent que ce qu’on me proposait ici, j’y serais allé.

PF : Pourquoi les Tigres, alors ? Comment ton départ pour le Mexique s’est-il concrétisé ?
A.-P.G. :
Tout s’est fait au feeling. J’ai rencontré les dirigeants, qui ont été les premiers à venir me voir. Ils ont montré une vraie volonté. Ce n’était pas feint de leur part. Ils auraient pu penser que c’était trop gros, que jamais je n’allais donner suite, mais ils y sont allés franco. J’ai aimé leur sincérité. De mon côté, j’avais envie de changer de vie, de voir autre chose. Et je ne voulais pas me manquer, parce que je faisais changer de vie ma famille avec moi.

PF : T’attendais-tu à une acclimatation aussi rapide ?
A.-P.G. :
Certains ont pu penser que je m’éloignais trop mais je peux dire que le championnat mexicain est attractif, passionnant. J’ai découvert une ferveur incroyable, beaucoup de chaleur, tout ce que j’aime.

PF : Au-delà de l’aspect foot, c’est comment, la vie au Mexique ?
A.-P.G. :
Alors… (Il sourit) Exotique. Il fait souvent beau. C’est une belle vie, un championnat qui est assez chaud. La ferveur est incroyable mais aussi impressionnante. Un stade tout vêtu de jaune, 43 000 spectateurs avec le maillot sur le dos, c’est quand même quelque chose. Monterrey est une ville extraordinaire, avec 4 millions d’habitants, une énergie folle, une ville qui grandit. Il s’agit d’une chouette expérience pour moi et ma famille qui s’y plaît et qui est épanouie. Tout cela joue sur moi, cela a aussi compté dans mon adaptation sur le terrain.

PF : Que vaut le championnat mexicain ?
A.-P.G. :
Derrière, c’est très costaud. Les défenseurs sont vicieux, ils sont argentins, colombiens, brésiliens ou mexicains. Au milieu du terrain, il y a quelques petits gabarits très vifs, techniques, avec un centre de gravité assez bas. Et en attaque, il y a pas mal de bons buteurs. Quand on voit l’équipe du Mexique jouer, on se dit que le championnat ne doit pas être si mal. Franchement, sur ce que je constate chaque week-end, ça n’a rien à envier à certains clubs de Ligue 1.

PF : Prendre le risque de partir aussi loin ne t’a-t-il pas permis d’élever encore ton niveau de jeu ?
A.-P.G. :
Des gens ont pensé que c’était une retraite dorée. Mes performances prouvent le contraire. J’y suis dans l’optique de travailler, de prouver qu’un étranger venant d’Europe ne va pas là-bas pour se foutre d’eux. Ce que je veux, c’est qu’ils aient une bonne image de la France mais aussi que la France ait une bonne image du Mexique. Ce serait la plus belle des récompenses pour moi et pour mon club, qui ne pensait peut-être pas que j’allais franchir le pas. Mais ils ont eu l’audace d’insister.

PF : Et six mois après, tu deviens champion…
A.-P.G. :
Un truc de fous ! J’étais le plus heureux des hommes. Cela a été un championnat incroyable. J’étais tellement heureux pour moi et pour mes coéquipiers ! J’ai toujours eu la confiance et la foi. Jusqu’aux penalties, puisque le titre s’est joué lors de la séance des tirs au but, et ça a marché.

PF : Penses-tu, avec le recul, avoir ouvert une brèche ? Que les gens, les joueurs, peuvent maintenant considérer le Mexique et le foot mexicain autrement ?
A.-P.G. :
Je le pense, effectivement. J’ai fait le choix, à 31 ans, de partir dans un championnat méconnu en France mais pas en Amérique latine. Les Mexicains ont une bonne réputation. J’ai ouvert une connexion, oui, parce que quelques joueurs m’ont appelé, approché pour me demander de parler à mon club de leur situation, donc… Je pense que je peux être un précurseur. Certains s’intéressent à ce championnat. Il y a une grosse ferveur mais une grosse pression aussi. C’est ça qui est bon.

PF : « APG » en VRP de luxe, c’est ça ?
A.-P.G. :
(Il sourit) Une fois, je suis allé voir mes dirigeants pour leur parler d’un joueur. Mais je ne vous dirai pas qui.

PF : Loin des yeux, loin du cœur… Avec l’éloignement, a-t-on encore plus envie de tout donner pour le maillot bleu ?
A.-P.G. :
C’est toujours répétitif mais c’est une vérité. C’est une telle fierté de porter ce maillot ! A 10 000 kilomètres, je viens de loin. Et quand j’arrive, je ressens l’odeur de la France, de Clairefontaine, de Paris. C’est un retour au pays, oui, et c’est bon de sentir tout ça.

PF : Tu as connu un parcours sinueux avec l’équipe de France. Partir, revenir… Et l’Euro, alors ?
A.-P.G. :
J’y crois forcément depuis que le sélectionneur m’a rappelé à l’automne. L’Euro, c’est une échéance assez rapprochée. Il y a eu des circonstances favorables mais je suis revenu. Donc, j’y crois.

PF : On ne peut effectivement pas occulter les circonstances un peu particulières de ton retour, en l’absence de Karim Benzema…
A.-P.G. :
Je le sais, comme je savais que contre l’Allemagne et l’Angleterre, deux grandes nations du football mondial, mes performances allaient être épiées. Jouer ces deux sélections et être performant, c’était important.

PF : Donc, l’Euro, tu y crois forcément…
A.-P.G. :
J’ai dit au départ que c’était une cote à 100 contre 1 pour que je revienne en Bleu. Bon, ceux qui ont parié ont dû gagner pas mal d’argent sur ce coup-là… Le championnat est méconnu, je suis très loin. Mais quand on joue une finale de Copa Libertadores, qu’on est champion, il y a des faits aussi. Et puis je vis aussi des expériences fantastiques. En partant, je ne faisais pas une croix mais je renonçais aux Bleus à 95%.

PF : Quand tu as vu ton nom sur la liste, cet automne, quelle a été ta réaction ?
A.-P.G. :
Déjà, je ne l’ai pas vu parce que je dormais. C’est au moment où je me suis levé pour aller à l’entraînement que j’ai constaté que mon téléphone était saturé de messages. J’étais un peu surpris. Oui, c’était fort. Après ? Allez, dix heures d’avion, un bon repos pendant le vol, j’essaie de bien dormir et je fais l’effort d’éviter la sieste le premier jour de mon arrivée pour me régler le plus vite possible au niveau du décalage horaire. Et ça ne m’a pas posé de problèmes, j’ai été assez content de ma gestion de la chose.

PF : Et aujourd’hui, ta cote est à combien ?
A.-P.G. :
Je me donne 50% de chances. L’autre moitié, je me dis que c’est à moi de la faire en étant performant.

PF : Quel regard poses-tu sur l’affaire de la sextape qui, indirectement, a aussi conduit à ton retour chez les Bleus ?
A.-P.G. :
Je me préoccupe de mon cas, d’abord. Après, c’est difficile, la justice fait son travail. Moi, j’ai effectué les 10 000 kilomètres pour le sportif. J’ai la tête au sportif, pas à l’extrasportif. Je dirai juste que l’équipe de France a les moyens de surmonter tous ces problèmes.

PF : On sait que tu suis toujours l’OM. Comment vis-tu la saison olympienne ?
A.-P.G. :
Oui, je suis forcément le championnat de France et plus particulièrement mon ancienne équipe, dont je suis un fervent supporter comme on peut le voir à travers mes tweets. A chaque match, j’essaie de les encourager. C’est une saison de transition, une saison pas facile après le départ précipité de Marcelo Bielsa qui a fait beaucoup de mal, je pense. Il leur faut gérer les départs de plusieurs joueurs cadres, des joueurs qui incarnaient cet OM. Je suis forcément déçu mais j’espère qu’ils finiront par relever la tête. Il y a beaucoup de jeunes de qualité et des joueurs d’expérience, avec Steve (Mandanda), Lassana (Diarra), Nicolas (Nkoulou). Ils peuvent remonter là où ils doivent être. C’est tellement important pour la ville et pour le club.

PF : Le départ de Marcelo Bielsa t’a-t-il surpris ?
A.-P.G. :
Non, pas surpris, parce que je suis sûr qu’il y avait pensé trois ou quatre fois la saison dernière. Pas étonné mais déçu pour mon club, parce qu’il méritait un peu mieux que de voir Bielsa partir sur un coup de tête. Ça m’a fait de la peine. Mais bon, il a tellement apporté en une année. Une façon de travailler unique, des séances d’entraînement que je garderai en tête. On a fait des matches extraordinaires la saison dernière.

PF : Donc, Marseille ne peut pas trouver la continuité ?
A.-P.G. :
C’est un club de fous. On le dit souvent, c’est un peu cliché mais je l’ai vécu de l’intérieur durant cinq ans. Marseille, c’est vraiment les extrêmes, il n’y a pas de juste milieu mais c’est aussi ça qui est bon. A chaque fois qu’un joueur m’a demandé conseil ou posé une question, je lui ai répondu la même chose : « L’OM, il faut le faire une fois dans sa carrière. » Y’a pas d’équivalent en Europe !

PF : Un dernier mot pour finir. Est-il possible qu’André-Pierre Gignac termine sa carrière chez les Tigres UANL ?
A.-P.G. :
Tout est possible ! A la fin de mon contrat, j’aurai 33 ans, je peux prolonger ici, rester dans le club après. Je peux revenir à l’OM, pas en tant que joueur mais pourquoi pas dans le club. Plein de choses sont possibles.

Elu meilleur joueur du championnat
Champion dès sa première session, « APG » a aussi reçu la distinction suprême : meilleur joueur du championnat, en plus de figurer en pointe, évidemment, de l’équipe-type de la compétition. Voilà ce qu’en a dit officiellement la Ligue mexicaine au moment de l’attribution des prix : « Pour la Ligue, c’est un privilège d’avoir l’attaquant des Tigres. Ses compétences individuelles, son engagement, son charisme avec les fans, son sens du but, il fait tout bien. Il a obtenu le titre pour son premier tournoi au Mexique. C’est une idole dans le Nord et dans le reste de la Ligue. » Ça vous classe un bonhomme, c’est vrai.

Gignac au Mexique, c’est :
■ 30 matches
■ 23 buts
■ 2 682 minutes jouées
■ 1 but toutes les 117 minutes

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