Étranger

Alex Sandro, l’arrière qui monte, qui monte

Tapi dans l’ombre de Patrice Evra tout au long de la saison dernière, l’arrière gauche brésilien de la Juventus Alex Sandro montre les crocs depuis quelques semaines. Têtu, sérieux et respectueux. C’est toute l’histoire de sa vie.

ll a su être patient. Il a eu raison. Dans le (grand) rayon des numéros 3, il est en passe de devenir numéro un. Longtemps dans l’anonymat du championnat brésilien, même s’il s’est offert une Libertadores avec Santos, aux côtés de Neymar, en 2011, puis dans la notoriété relative du championnat portugais. Et enfin dans l’ombre de Patrice Evra à la Juve. Il y en a pour qui la patience aurait atteint ses limites. Pas lui.
Mais il faut dire que dans le (grand) rayon des arrières latéraux, à gauche, il trimballe une silhouette un peu particulière. A une époque où, concernant son poste, la frontière entre le défenseur et l’attaquant n’a peut-être jamais été aussi fine, où les considérations défensives sont au moins autant priorisées que les impacts dans le camp adverse, Alex Sandro cultive les deux. Depuis ses débuts. Dur au mal, dur sur l’homme, dur au duel. Rapide vers l’avant, explosif, fin technicien et bon centreur. Tout y est, rassemblé dans ses crampons lacés couleur de samba. Un vrai arrière gauche brésilien, ce garçon.

Un profil de gaucho

Physiquement aussi ? Bon, il a plus un profil de gaucho, quelque part entre l’Argentine et la Bolivie, mais on ne le lui dira pas. Un visage aux traits bien ciselés, plus proche d’une vieille tribu de Sioux que d’un quartier défavorisé collé à celui d’à côté, façon nid d’abeille, dans une mégapole brésilienne. D’ailleurs, il n’est pas né dans cet espèce d’assemblage de béton, de briques et de broc, comme on en trouve souvent au pays de la cachaça et des J.O. 2016, mais à Catanduva, un village à l’échelle du Brésil (112 000 habitants, quand même).
C’est là, dans l’Etat de Sao Paulo, qu’Alex a poussé ses premiers cris, ses premiers ballons et signé ses premières foulées. Il effectue régulièrement l’aller-retour, un peu plus de cinq bornes, entre la maison et le centre d’entraînement, à Catanduva, en courant. Une certaine idée de la volonté. Pourtant, les gros clubs se refusent à lui. « Pas assez bon », qu’ils disent.
De Sao Paulo à Santos, Alex essuie les échecs mais ne coule pas de larmes. Pas le genre de la maison. Il mettra tout le monde d’accord à l’Atlético Paranaense pour finalement se faire recruter par Santos. Plus près de son bout de terre natal. Sa revanche. Aux côtés de Neymar, donc, mais aussi de Danilo, son pendant à droite, et de Ganso et Elano au milieu. C’est vrai que le Santos FC fait un beau champion d’Amérique du Sud en 2011 ! Une saison encore plus remplie pour lui, le petit jeunot, qui devient champion du monde U20 avec la Seleçao. Là, les scouts du FC Porto, qui avaient bien repéré le nouvel arrière gauche du Santos, le cochent définitivement. Il est devenu une priorité.

Porto, port de chute

Sandro traverse l’Atlantique en 2011, avec un chèque de 9,6 millions d’euros à la clé pour le club du roi Pelé et du prince Neymar, mais l’essentiel est ailleurs. Alex quitte sa terre. Il veut s’imposer en Europe. Porto est plutôt un bon (premier) port de chute mais lui voit déjà plus loin. Plus grand. Poussé par des agents aux yeux gros comme des machines à sous ? Même pas. Il en est convaincu. Il veut s’imposer dans l’un des plus grands clubs du monde. Porto ne sera qu’une étape. Importante, mais une étape.
Au Portugal, Alex se met tous les Dragons dans la poche en crachant un feu terrible et incandescent dans son couloir gauche : 134 matches et une certaine idée du footballeur sur lequel un coach rêve de s’appuyer. Deux fois champion, il remporte aussi la Supercoupe du Portugal en 2013, ce qui commence à garnir de façon assez gourmande sa vitrine personnelle, à 22 ans. Le Real Madrid, qui a pris Danilo (son compère de Santos, avec qui il évoluait aussi à Porto), mais aussi Manchester United et surtout l’Atlético Madrid… Ça se bouscule aux portillons du Dragao mais Pinto da Costa, le toujours truculent président portiste, ferme la porte.

« L’Atlético le veut mais nous avons refusé leur offre de 30 millions. Normal, la clause libératoire d’Alex Sandro est de 50 millions ! »

Entre poker menteur et vrai envie de le garder, c’est la Juve qui rafle finalement la mise. Nous sommes en 2015. Après l’Atlantique, Alex garde le même cap mais il traverse ce coup-ci la Méditerranée d’ouest en est. Direction le Piémont, son idée à lui, depuis le début. « J’ai choisi ce club parce que j’ai toujours rêvé de devenir un joueur de la Juve. Il y avait d’autres offres mais j’ai réalisé mon rêve. Porter ce maillot est comme un symbole. Il est reconnu dans le monde entier. On parle de quelque chose d’important. C’est un privilège de le porter et de représenter les tifosi. Je me retrouve dans le championnat d’Italie, le plus tactique du monde. Je vais grandir ici. »

L’autel de la concurrence

L’aboutissement ? Patatras. Comme lors de ses premières années, Alex se cogne sur l’autel de la concurrence. A la Juventus, il y a un taulier dans le couloir gauche et le taulier s’appelle Evra.

« Mais Patrice est un modèle pour moi, un point de référence. Je m’entraîne avec les plus grands joueurs, comme lui, dont je suis la carrière depuis qu’il joue à Manchester United. Je suis un grand fan, c’est un honneur d’évoluer à ses côtés. Il n’y aura jamais de rivalité entre nous. J’ai beaucoup à apprendre, en particulier de lui. J’ai deux modèles, Roberto Carlos et Patrice Evra. »

Alex s’acclimate. Sans broncher. Sans s’affoler non plus. « Depuis le premier jour à la Juve, j’apprends. Tous les jours, à chaque entraînement. J’ai assimilé tous les codes du championnat italien et cette discipline tactique, physique et mentale qu’il demande. Je remercie encore le coach, qui m’a donné et me donne toujours autant de conseils. »
Un champion en puissance plus qu’en sommeil. Et cette saison, hasard ou coïncidence, Didier Deschamps ne retient pas Evra dans sa première liste post-Euro et envoie le message d’une transition au poste en équipe de France. Au même moment, Massimiliano Allegri fait appel à Alex pour démarrer le championnat. Titulaire, à la place de Tonton Pat. Tout sauf une revanche. Simplement son heure. « Nous sommes dans une approche très simple à Turin : nous abordons chaque match comme une finale. En Ligue des champions comme à Milan, à Rome ou à Sassuolo, en championnat. Nous voulons tout gagner. L’objectif est clair à la Juventus. »
Et la concurrence aussi. Patrice Evra, l’inoxydable, en a vu d’autres. Il est toujours là pour pousser le Brésilien vers l’exigence. « J’essaie de mettre les jeunes dans les meilleures conditions mais je leur dis aussi que je ne lâcherai rien, jamais. Je ne manque de respect à personne mais je fais mon boulot et j’ai confiance en mes qualités. Même à 34, 35 ans, je veux encore progresser. » Alex Sandro aussi. Mais lui a dix ans de moins.

Profil

  • Alex Sandro
  • Né le 26 janvier 1991 à Catanduva (BRE)
  • 1,76 m, 66 kg
  • Défenseur latéral gauche
  • Roadbook : Atlético Paranaense (BRE, 2008-09), Santos FC (BRE, 2010-juillet 2011), FC Porto (POR, 2011-août 2015), Juventus Turin (ITA, depuis août 2015)

Palmarès

  • Champion du monde U20 en 2011 (avec le Brésil)
  • Coupe du Brésil en 2010 (avec Santos, BRE)
  • Copa Libertadores en 2011 (avec Santos, BRE)
  • Champion du Portugal en 2012 et 2013 (avec le FC Porto, POR)
  • Champion d’Italie en 2016 (avec la Juventus Turin, ITA)
  • Coupe d’Italie en 2016 (avec la Juventus Turin, ITA)
  • International A (Brésil)

Vu par… Beppe Marotta, directeur général de la Juve

« Sur l’aile gauche, on a Evra, qui a toujours été très performant, mais nous avons anticipé sur le long terme avec Sandro. La saison dernière, il s’est adapté au maillot bianconero. Ses qualités sont indiscutables. Il peut devenir un joueur essentiel de la Juve. »

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