Équipe de France

Adrien Rabiot, l’ambition tout simplement

Il incarne le présent et le futur du Paris SG, l’avenir du pied gauche au milieu, voire chez les Bleus. On en fait trop ? Peut-être pas, tant il monte les marches à une vitesse sidérante. A 21 ans, le Parisien affiche 100 matches en Ligue 1 et quelque chose nous dit qu’on n’a encore rien vu.

Il faisait chaud et on a vu perler quelques gouttes de sueur sur ses tempes. Comme quoi, le beau gosse à qui tout réussit, le garçon prodige à l’ascension irrésistible, peut aussi parfois avoir un aspect humain. Il faut dire qu’on était tout près de lui. En fait, on était avec lui, en plein milieu de la pelouse de Charléty. A l’invitation de son équipementier, une marque allemande avec trois bandes sur les côtés, on l’avait retrouvé pour tester ses nouveaux crampons. Ça tombait bien parce que quatre jours plus tôt, le garenne avait effectué ses grands débuts en Ligue 1, contre Bordeaux, au Parc des Princes.
Nous étions fin août, le soleil tapait fort sur Paname et Carlo Ancelotti avait lancé, contre les Girondins, Adrien Rabiot, des boucles plein les cheveux, 17 ans et quatre mois, titulaire aux côtés de Blaise Matuidi et Thiago Motta. Ce soir-là, Zlatan Ibrahimovic n’avait pas marqué, Paris n’avait pas gagné et les Girondins avaient retrouvé l’esplanade des Quinconces avec un point dans la poche (0-0). Mais l’essentiel se trouvait ailleurs, finalement. L’essentiel s’appelait Adrien Rabiot. Déjà, cette espèce de grande carcasse échevelée mais chevelue, déjà, cette allure et cette prestance, quelque part entre l’aisance naturelle et l’arrogance inconsciente.
On était là, l’après-midi d’après ou presque, en plein cagnard, et on lui a demandé ce qu’il retenait de cette première, de ce début de saison au milieu des géants, lui, le petit gars de Saint-Maurice qui avait débuté à l’US Créteil de 2001 à 2008, puis Alfortville. Avaient suivi un aller-retour de six mois à… Manchester City, le pôle Espoir de Castelmaurou et enfin le cocon PSG pour devenir un pur produit de la formation parisienne. Le home made au milieu des mégastars de QSI…
Ce n’est pas qu’il n’a pas voulu répondre mais à l’atelier coups francs, après qu’il eut planté les siens, plutôt satisfait de ses nouvelles pompes, il manquait un gardien dans les buts. Alors il a enfilé les gants, on a ouvert les paris et on s’est aperçu que déjà, malgré ses 17 printemps, le grand frôlait quand même le mètre quatre-vingt-dix. Pas mineure, l’envergure.
Adrien a plongé à gauche, s’est déchiré à droite et on a fini par lui dire de ne pas se faire mal, parce que ça aurait été ballot, quatre jours après une grande première au Parc, de se blesser à Charléty en mode off. Et puis disons-le tout net, on n’avait pas envie de voir débarquer les services médicaux et juridiques du PSG pour négocier les indemnités d’arrêt de travail du prodige. Avec un diamant comme ça, on pouvait se faire serrer pour braquage. Mais rien n’y fit. Adrien plongeait, replongeait. Il en voulait encore. Le diamant était brut. Ce jour-là, on a rencontré un vrai amoureux du jeu.
Quatre ans plus tard, le baby à la gueule d’ange a explosé tous les plafonds de verre. Réserviste parmi les Bleus avant l’Euro, titulaire et mieux que ça depuis le début de saison dans le milieu toujours à trois du Paris SG d’Unai Emery, Bleu pour de bon depuis le mois de novembre. Une consécration pour beaucoup. Un nouveau départ pour lui. Et une fierté de plus pour son papa, cloué depuis bientôt 10 ans dans un fauteuil*. « C’est lui qui m’a amené au foot. Il connaît ça très bien. Quand je lui ai annoncé que je signais pro, j’ai compris dans son regard qu’il était très fier de moi. »
Appelé par Didier Deschamps pour le dernier rendez-vous de l’année internationale, Adrien a connu sa première cape contre la Côte d’Ivoire à Lens. Carlo Ancelotti, depuis Munich, n’a pas raté ça. « Il s’est amélioré tactiquement, techniquement. Il a plus d’expérience et plus de personnalité. C’est un grand joueur. » Et pas que par la taille.
Deschamps n’a pas eu à trop forcer le trait pour justifier sa convocation. Dans l’auditorium de la FFF, tout le monde était d’accord : c’est surtout l’absence d’Adrien qui aurait posé question. « Il est très performant avec son club. Il a déjà, à son âge, beaucoup de matches à son actif, notamment en Ligue des champions. Il répond présent à chaque fois. Il est dans la continuité. Quand il a un palier à franchir, il le franchit. »
La grande sauterelle que l’on avait croisée sur la pelouse de Charléty a changé de buissons. Pourtant, Rabiot est toujours le même. Il avance comme il court. Il voit le jeu comme il regarde son interlocuteur, lui sondant le fond de l’œil avant même de lui serrer la pogne. Il est comme ça. Il n’y peut rien. Il traîne avec lui cette image de surdoué, le gamin premier en tout, à l’école et ailleurs. Le promis au rang un. Le chemin n’a pas toujours été direct, pourtant. C’est normal, quand on a 17, 18, 19 puis 20 ans et qu’on veut s’imposer, titulaire, au sein du milieu du PSG. Ce qui signifie tout de même éjecter Marco Verratti, Blaise Matuidi ou Thiago Motta du onze. Il est comme ça, le Parisien. Ambitieux. Il voit loin, il rêve plus grand. Jusque-là, ça colle parfaitement au projet parisien, sauf qu’à 18 ans, le kid a dû apprendre la patience. Pas toujours sa première qualité.
En décembre 2015, soit deux ans après son prêt fructueux à Toulouse, il râle un peu, exprime son envie de jouer plus. Il s’épanche dans « Téléfoot », réclame un prêt « en forme de cadeau de Noël », hésite à prolonger son contrat. Véronique, sa maman omniprésente (un peu trop, par moments, au Camp des Loges) qui gère tout, le freine pour signer cette prolongation. Et Nasser Al-Khelaïfi himself sort de ses gonds. « Oui, ça m’a déçu. Très déçu, dit alors le président parisien. Je le lui ai dit en face. Ces déclarations sont inacceptables. C’est un manque de respect total envers le club formateur qui a tant fait pour lui. Il a vingt ans, il joue régulièrement, il est issu du centre, le PSG lui a beaucoup donné. Je n’accepterai jamais qu’il se considère plus important que l’institution. Le club sera toujours au-dessus de n’importe quel joueur. »
Nasser se fâche d’autant plus fort qu’il sait le talent et le potentiel du garçon. En fait, le président parisien voit haut, lui aussi, pour Adrien. « C’est un grand talent. Mon rêve serait qu’il devienne un jour le capitaine. Mais il fait partie de la famille PSG et il doit la respecter. Il a compris le message. » Et deux ans après le TFC, Adrien n’est, cette fois, pas parti du PSG. Verratti n’est jamais revenu de la saison, cloué par une vilaine pubalgie qui l’a privé d’Euro. Rabiot s’est installé. Yohan Cabaye et Benjamin Stambouli ont pris la porte. Emery est arrivé ? Adrien Rabiot, 21 ans, a pris quelques clés sur le trousseau.
Virevolant, à l’aise, décisif. Didier Deschamps situe le changement. « Depuis le début de la saison, il a pris du volume et de l’agressivité, ce qui n’était pas son point fort à un moment. Mais là, il enchaîne et il fait mal à l’adversaire. » Avec son style bien à lui, entre fausse lenteur et vraie nonchalance, ou l’inverse, on ne sait plus très bien, il gratte des ballons, il alterne, il joue juste, en une touche de balle s’il le faut, il perfore balle au pied, s’extirpe d’un duel dans le petit périmètre grâce à un toucher subtil. Il rend les ballons propres, un terme qui lui allait plutôt bien lors de ses premiers pas d’international. « J’étais vraiment heureux d’être réserviste avant l’Euro. Mais là, c’est encore plus fort. Plus officiel. »
Il ne s’est pas démonté au moment de monter sur l’estrade. Toujours le regard perçant et clair, les idées fixes et les mots justes. « Moi, capricieux ? J’ai grandi, j’ai mûri. J’ai essayé de changer quand il a fallu. Mais j’ai gardé mon caractère, je pense que c’est le plus important. » Il s’est blessé à Lens au soir de sa première contre la Côte d’Ivoire, une pointe musculaire derrière la cuisse. Un simple arrêt aux stands. Car Patrick Kluivert, le directeur du football du PSG, a déjà prévenu dans le « JDD ». « On veut prolonger Silva, Matuidi et Edinson Cavani mais pas seulement… Je pense à Rabiot. Un talent comme Adrien, à l’instar de Marquinhos, incarne l’avenir du club. »
Pour Nasser Al-Khelaïfi, ce n’est pas l’ischio qui mangera la bête : « Adrien est vraiment un grand joueur. L’un des meilleurs en France au milieu. Il est jeune, grand, intelligent et beau gosse. Je pense qu’il est le futur de l’équipe de France. Je crois beaucoup en lui. » Adrien aussi. 
* Le père d’Adrien est atteint du syndrome d’enfermement (lock-in syndrome), un état neurologique rare consécutif à un traumatisme ou un accident vasculaire cérébral qui a pour conséquence une paralysie totale du corps, à l’exception des yeux et des paupières, mais dans un état de conscience et avec des facultés intellectuelles intactes. Plus d’informations sur le LIS sur Internet : www.alis-asso.fr

Profil
Adrien Rabiot
Né le 3 avril 1995 à Saint-Maurice
1,88 m, 71 kg
Milieu
Roadbook :
Paris SG (2012-janvier 2013), Toulouse (prêt, janvier-juin 2013),
Paris SG (depuis juin 2013)
Palmarès :
– 4 championnats de France en 2013, 2014, 2015 et 2016 avec le Paris SG
– 2 Coupes de France en 2015 et 2016 avec le Paris SG
– 2 Coupes de la Ligue en 2015 et 2016 avec le Paris SG
– 2 Trophées des champions en 2015 et 2016 avec le Paris SG
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