Star Story


Jeudi 31 Juillet
11:23

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (10)

Lundi 6 Février 2012 - 18:52

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames. Un siècle passionnant et passionné.


Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (10)
Neuvième partie

1945-1958, LA DROLE D’EPOQUE DE L’APRES-GUERRE

Un réfractaire : Jean Robic
Champion du monde de cyclo-cross et vainqueur du Tour 1947, celui que ses ennemis surnommaient « Tête de cuir » et que les intimes appelaient « Biquet » ne laissait personne indifférent. Un personnage haut en couleurs, ce Jean Robic (photo de Une) ! Il remporta le premier Tour d’après-guerre dans une équipe de l’Ouest dirigée par Pierre Cloarec avec Pierre Cogan, Jean-Marie Goasmat et Eloi Tassin… sans avoir porté le maillot jaune une seule journée ! Il fut sélectionné après avoir animé Monaco-Paris et terminé 5e du Dauphiné Libéré. Robic épouse la fille d’un restaurateur breton installé en face de la Gare Montparnasse quelques jours avant le départ. N’ayant aucun sou en poche, il lui promit une dot un peu particulière. « Je te donnerai le prix du vainqueur du Tour à mon retour. »
Des paroles, toujours des paroles… Comme celle donnée à Edouard Fachleitner lors de l’ultime étape Caen-Paris en 1947. « Tu ne peux plus gagner le Tour de France car je ne te laisserai pas partir. On roule ensemble et je te donne 100 000 F. » Robic n’avait aucune discipline de course. Impatient, il sautait sur tout ce qui bougeait. En 1943, au cœur du conflit mondial, il participe à la Flèche Française, course par équipes mise en place par Jean Leulliot. Il débarque avec « Génial Lucifer », son équipe, mais lâche tous ses équipiers pour terminer seul, au grand dam de son directeur sportif. Le jeune Breton avait pourtant tout intérêt à rester discret : il aurait pu être transféré outre-Rhin dans le cadre du S.T.O., le Service du travail obligatoire en Allemagne.
Robic continua de s’entraîner pendant la guerre. Il y avait 60 km à parcourir pour aller creuser des tranchées autour de l’aérodrome de Passy et autant pour revenir. Pour se préparer au premier Tour d’après-guerre, il fourbit ses armes sur toutes les routes dont celles de Paris-Roubaix. En 1944, il s’emmêle les crayons dans les rails du tramway à Amiens avant de rechuter après une nouvelle chasse. Il rentrera à Paris dans une camionnette bâchée qui le déposera Gare Montparnasse. Quand il arrive chez sa tante, il s’écroule devant la porte. On diagnostique une fracture du rocher à l’hôpital Boucicaut. Jean avait beau être un dur à cuire, il n’en restait pas moins homme.
Après ses exploits dans le Tour de France, il deviendra le premier coureur champion du monde de cyclo-cross. Un jeu d’enfant pour le Breton de Radenac, champion de France de la spécialité en 1945. Le podium de ce premier Mondial disputé à Paris, dans le bois de Vincennes, sur 23 km, sera 100% tricolore avec Roger Rondeaux et Pierre Jodet derrière Robic. « Tête de cuir » mit fin à sa carrière en 1960, à l’âge de 39 ans. Il disparut accidentellement le 6 octobre 1980.

Une création : Le challenge Desgrange-Colombo
Créé en 1948 pour désigner le meilleur cycliste de l’année, ce challenge devait initialement être lancé après la Première guerre mondiale. Les divergences entre organisateurs et la multiplicité des épreuves n’avaient pas permis de trouver un accord. Ce fut chose faite en 1948 : le Challenge Desgrange-Colombo prit le nom des organisateurs des Tour de France et d’Italie. Le trophée est remis selon un classement par points basé sur les courses à étapes et les classiques. Le premier vainqueur fut le Belge Albéric Schotte. Il précéda Fausto Coppi, Ferdi Kübler, Louison Bobet… Le challenge fut remplacé en 1959 par le Super Prestige qui apportait sponsor et argent au vainqueur.

Une échappée au long cours : Coppi l’original
Le bel Italien a été un peu oublié depuis le Giro 1940, une épreuve où il avait ridiculisé tous ses adversaires de Florence à Modène. Le Milan-San Remo 1946 lui permet de revenir dans la lumière. Le Piémontais mène une charge héroïque : 270 km d’échappée dont 140 en solitaire pour débouler, Via Roma, avec plus de 14’ d’avance sur le Français Lucien Teisseire et près de 18’ sur le trio Gino Bartali-Mario Ricci-Fermo Camellini. Les années qui suivirent virent bien d’autres chevauchées pour un Coppi vainqueur de 2 Tours, 5 Giro, 5 Tours de Lombardie, 3 Milan-San Remo, 1 Paris-Roubaix et 1 Flèche Wallonne, entre autres…

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (10)
Une période : 1938-48
Gino Bartali remporte le Tour de France à 10 ans d’intervalle. Si la guerre n’avait pas eu lieu, combien de Grandes Boucles aurait-il enlevé ? Les fans de Fausto Coppi répondront « Aucun ». Les Piémontais fous de Gino jurent qu’il avait suffisamment de classe pour faire aussi bien que Louison Bobet (3). L’histoire aurait été tout autre, c’est sûr. En 1938, Bartali fit un vrai numéro de Digne à Briançon (cols d’Allos, Vars et Izoard). Dix ans plus tard, c’est sur ce même Izoard que Gino Le Pieux (34 ans) se rappelle au bon souvenir de tous. Bobet en fait les frais. Gino n’a terminé « que » 8e du Giro mais il a encore des jambes de feu. Le Premier ministre italien, Alcide De Gasperi, lui a demandé de remporter ce Tour pour éteindre l’incendie qui couve dans la péninsule après la tentative d’assassinat sur un membre du parti communiste. Bartali gagnera les deux dernières étapes alpestres.

Une naissance : Le Dauphiné Libéré
L’idée de Georges Cazeneuve était de créer une nouvelle épreuve populaire et surtout de la placer juste avant le Tour de France. Evidemment, elle devait servir de tremplin idéal à ce qui était déjà la plus grande course cycliste au monde. Membre du conseil d’administration du « Dauphiné Libéré », Cazeneuve voit son projet prendre forme dès 1947 avec le premier critérium, remporté par le Polonais Edouard Klabinski. En 1967 et 68, l’épreuve ne sera pas disputée. Sept coureurs réussiront le fabuleux doublé Dauphiné-Tour de France : Louison Bobet en 1955, Jacques Anquetil en 63, Eddy Merckx en 71, Luis Ocana en 73, Bernard Thévenet en 75, Bernard Hinault en 79 et 81, Miguel Indurain en 95 et Lance Armstrong en 2002 et 03. En 2010, le groupe Ebra, propriétaire du quotidien, a souhaité se désengager de la course. Amaury Sport Organisation a récupéré le Critérium du Dauphiné Libéré.

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (10)
Une rumeur : Zaaf, le musulman aviné
En 1950, Abdel-Kader Zaaf est le héros du Tour malgré lui, à sa façon. Entre Perpignan et Nîmes, on roule sous la canicule. Le peloton consomme à chaque point d’eau dans les traversées de village. On repère un coureur effondré en bord de route, inconscient. On remarque surtout qu’il exhale une forte odeur de vin. Il est remis en selle mais au lieu de reprendre la route en direction de Nîmes, il part dans le sens inverse. Le bruit court dans la caravane que le dénommé Zaaf est saoul. Il terminera l’étape dans le bon sens… en ambulance. Le cycliste algérien n’avait jamais été ivre. Il fut abusé par un spectateur qui lui tendit un bidon contenant du vin. Il jouera de cette anecdote pour entretenir sa popularité et courir de nombreux critériums. Zaaf s’éteignit en 1986, à 69 ans.

---

A retenir…
- En novembre 1950, Fiorenzo Magni remporte le Bol d’Or, course sur piste de 24h derrière derny.
- Le résultat de Paris-Bruxelles 1952 est faussé à cause d’un train de marchandises. Bernard Gauthier, Julien Moineau et Wim Van Est ont quasiment 4’ d’avance sur le peloton quand le garde-barrière les bloque sur un passage à niveau à 20 km de Charleroi. Le peloton finira groupé sur Bruxelles dans un sprint enlevé par Albéric Schotte.
- Un gamin de 19 ans remporte le GP des Nations 1953 ! Son nom ? Jacques Anquetil. Il s’imposera huit autres fois.
- En mars 1954, la publicité fait son apparition sur les maillots des Italiens. La France veut résister avec un Jacques Goddet prompt à distribuer des amendes sur le Tour. Raphaël Géminiani contourne le règlement en associant son prénom avec Saint-Raphaël. Vive le quinquina !
- Paris-Roubaix 1955 est remporté par Jean Forestier pour une cinquantaine de mètres devant Fausto Coppi, Louison Bobet et Gilbert Scodeller, à 15’’. Ces derniers revinrent à fond de train… mais trop tard.
- La photo-finish est créée sur le Tour 1955 pour départager les sprinters à l’arrivée.

Armel LE BESCON et Jean-Jacques VOISIN / PLANETE CYCLISME

A suivre…


Notez
Lu 1676 fois

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Les insultes, menaces, propos incitant à la haine ou à la violence et propos discriminatoires de toutes sortes sont interdits dans les commentaires.

Football | Basket | Rugby | Cyclisme | Autres









SUIVEZ-NOUS…

Partager ce site

Inscription à la newsletter