Équipe de France

A quoi joue le Portugal ?

Sans briller, la Seleçao et Cristiano Ronaldo se retrouvent quand même en quarts de finale. C’est fade, c’est terne mais gare…

Avec l’Islande, la Hongrie et l’Autriche au menu de leur poule, on avait très vite étiqueté les Portugais comme les grands gagnants du tirage au sort. Les chanceux des petites boules. Ce 1er tour n’allait être qu’une mise en jambes, un tour de chauffe destiné à gonfler encore un peu les statistiques de « CR7 ». On est passé à un poil du désastre. Et eux, si près du vide. Dans une sorte de no man’s land du jeu, les protégés de Fernando Santos ont oscillé entre la peur du bide et le vertige des profondeurs.
Déjà, un nul poussif face à l’Islande. Surprise à Geoffroy-Guichard pour la mise en route. Mais c’est surtout l’acte 2 qui allait renforcer l’idée de l’inquiétude. Dans un Parc des Princes rempli de rouge et de l’écho d’« As Armas Portugal », la soirée devait presque être une fête nationale, une Sao Joao Porte d’Auteuil. Ce fut une purge jusqu’au bout, le frein à main bloqué sous le coude et le tableau d’affichage bloqué tout court. Timides, peut-être, ou trop timorés, écrasés par l’omniprésence, l’omnipotence du triple Ballon d’or, les Portugais avançaient l’un à côté de l’autre, jamais les uns avec les autres.
Puis, au terme d’un match assez dingue mais dont on aura du mal à tirer un quelconque enseignement, ils ont accroché un troisième match nul (3-3) contre la Hongrie. Qualifiés par la grâce d’une place parmi les quatre meilleurs troisièmes. Ou les quatre moins mauvais, c’est selon. Qualifiés sans avoir gagné. L’ultime accessit rendu possible par ce règlement nouveau et donc à parfaire, c’est le moins qu’on puisse dire, avec cet Euro à vingt-quatre équipes qui n’en aura éliminé que huit lors du 1er tour. Un écrémage a minima. Une sélection par le bas.
Ronaldo, lui, était moqué sur les réseaux sociaux, caricaturé en machine à frapper avec, c’est vrai, un léger côté compulsif sur sa feuille de stats : 33 tirs au but (sur les 69 de son équipe) au 1er tour ! Bon, il avait enfin trouvé le chemin des filets contre les Hongrois, avec une talonnade en pleine course du meilleur goût et une soirée à records, comme il les aime tant. Suffisant pour que Son Altesse conserve son calme mais question performance collective et idée générale, c’était encore bien flou.
Face à la Croatie, en huitièmes de finale, c’était sûr, il allait falloir hausser considérablement le niveau, monter d’un cran, voire de plusieurs, le curseur de la performance. Les masques devaient tomber. Encore raté. Voilà nos cousins lusitaniens qualifiés, une nouvelle fois au bout du bout de l’ennui, au terme d’un match fermé à triple tour qu’une seule statistique suffit à résumer : zéro tir cadré durant les 90 premières minutes ! Comment ? Ronaldo n’a pas trouvé le cadre ? Pire, « CR7 » n’a même jamais tiré ! Un grand écart qui illustre une nouvelle fois les errances d’une équipe qui, à force de marcher sur un fil, n’enchaîne pas deux pas consécutifs de la même manière. Les Portugais ont passé plus de temps à casser le jeu de leurs adversaires qu’à mettre en place le leur.
Oui mais… Contre la Croatie aussi, « CR7 » a fini par frapper. Une seule fois. Elle aura suffi. Au bout du bout de la prolongation, Danijel Subasic repousse et Ricardo Quaresma, dans le sens du poil, vient crucifier les Croates et emmener tout le peuple rouge et vert au paradis. Le Portugal se retrouve en quarts de finale. Sans avoir rien montré. C’est peut-être la seule chose à retenir.
« Parfois, il faut savoir être pragmatique, résume le sélectionneur Fernando Santos qui n’a jamais donné l’impression de douter depuis le début du tournoi. Le succès n’a pas été beau, c’est sûr, mais la performance fut, elle, on ne peut plus efficace. »
A l’image de Didier Deschamps avec l’équipe de France, l’entraîneur portugais n’a pas hésité à modifier les hommes comme les schémas. Passant d’un 4-3-3 à un 4-4-2 en huitièmes, n’hésitant pas à mettre sur la touche Ricardo Carvalho après que le défenseur de l’A.S. Monaco eut montré, c’est vrai, une lenteur de quarantenaire lors de la phase de poule. Joao Moutinho décevant, c’est un euphémisme, Eder sur le banc, c’est une habitude. On déplore un ensemble qui manque cruellement de liant, ce grand écart qui semble faire la loi dans cette équipe avec, d’un côté, Cristiano Ronaldo et, de l’autre, tous les autres. Seule éclaircie dans le tableau, l’arrivée de Renato Sanches, le prodige du Benfica Lisbonne et futur protégé de Carlo Ancelotti au Bayern Munich. Du haut de ses 18 ans, le rasta rocket ne s’est pas caché, bien au contraire.
Au final, les Portugais, sans que l’on sache vraiment ce qu’ils valent, se retrouvent en quarts de finale et c’est la sixième fois consécutive qu’ils passent le 1er tour de l’Euro. Là, ça parle mieux et ça signifie forcément une certaine idée de la constance et de la permanence. Ils peuvent monter plus haut, ils peuvent s’arrêter là. Ils sont couci-couça mais ils ont Cristiano.

L’insolite
Entre le Portugal et l’Euro, c’est souvent « Je t’aime, moi non plus ». Les Portugais ont touché le Graal de (très) près en 2004, quand il s’inclinèrent, à la surprise générale, contre la Grèce en finale et à Lisbonne. Ils flirtent depuis mais ne concluent pas. En s’imposant au terme de la prolongation contre la Croatie en huitièmes, ils étirent une série de cinq matches nuls en phase finale de l’Euro au terme du temps réglementaire. Quatre, donc, en France (1-1 contre l’Islande, 0-0 contre l’Autriche, 3-3 face à la Hongrie puis 0-0 contre les Croates). En 2012, il avaient accroché l’Espagne, futur vainqueur, 0-0 avant de plier à la roulette des tirs au but. Jamais très loin, vraiment !

Le chiffre : 240
Comme le nombre de passes (dont 208 avec succès, soit 87% de taux de réussite) de Pepe lors des quatre premiers matches du Portugal. Le pitbull lévrier, une nouvelle race dont il est le maître étalon, est le joueur qui a tenté et réussi le plus de passes parmi les Portugais. Si ce n’est pas révélateur, ça…

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